Ecosse : Vers une nation meilleure ?

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(Crédits : DR)
L'Ecosse est une vieille nation européenne dont l'identité nationale n'a pas disparu au moment de son union politique de 1707 avec l'Angleterre. Depuis trois cents ans, elle n'est plus un Etat mais elle n'en demeure pas moins une nation.

Les Écossais ont voté jeudi pour maintenir ce paradoxe apparent. Bien qu'on chante "Flower of Scotland" à tue-tête à Murrayfield, hymne qui incite le pays à « se redresser et redevenir la nation » qui avait gagné son indépendance il y a sept cents ans, une majorité du pays a préféré garder la sécurité du giron britannique.

Une identité nationale ouverte

L'expression de l'identité écossaise ces dernières décennies ne se résumait pas à des questions de culture folklorique, de victoires militaires ou d'histoire ancestrale. Pendant la campagne référendaire, on a souligné l'absence de problématiques identitaires, ce qui était en grande partie due à la conception très ouverte de l'identité nationale promue par le SNP ( Scottish National Party, initiateur du référendum, NDRL) qui rejette toute forme de xénophobie. Les débats, passionnés, affichaient d'autres préoccupations : la santé, le pétrole, l'emploi, la monnaie. Les arguments du SNP n'ont pas convaincu. Cependant, la légitimité même du débat était fondée sur une prérogative de représentation nationale et l'acceptation unanime de l'existence d'une identité nationale écossaise.

Rejet du néolibéralisme

Dans les publicités pour les single malts, l'Ecosse est une terre de landes et de brume alors que 80% de la population écossaise vit dans la zone très urbanisée située entre Glasgow et Edimbourg. C'est ici que la politique de désindustrialisation menée à pas de charge par Margaret Thatcher a provoqué la fermeture à tour de bras de chantiers navals, aciéries et mines de charbon.

Entre 1979 et 1997, les Ecossais ont voté contre les conservateurs à chaque élection, mais, du fait du poids démographique de l'Angleterre, dix fois plus grande, ils ont été dirigés par un gouvernement britannique conservateur. Ainsi, bon nombre d'Écossais articulaient leur spécificité nationale en termes d'un rejet du néolibéralisme et rattachaient la défense d'une Ecosse qu'ils espéraient plus égalitaire à la nécessité de réforme constitutionnelle.

Un gouffre entre Edimbourg et Londres

Un parlement semi-autonome vit le jour en 1999, mais des gouvernements britanniques successifs ont creusé le gouffre entre Edimbourg et Londres : la guerre en Iraq et la poursuite du projet thatchérien ont décrédibilisé le parti néo-travailliste ; la promesse d'un référendum sur la sortie éventuelle du Royaume-Uni de l'UE et la politique d'austérité menée par la coalition actuelle ont exacerbé le sentiment que l'avenir de l'Ecosse ne devait plus dépendre d'un gouvernement britannique qu'elle n'a pas choisi.

Pris de panique à l'idée que l'Union vivait ses derniers jours, la semaine dernière, les leaders des trois partis principaux ont promis, sans l'aval du Parlement de Westminster, de vagues nouveaux pouvoirs pour l'Ecosse. Cette annonce à la veille du scrutin d'une réécriture hâtive de la constitution britannique rencontre déjà l'hostilité des députés conservateurs.

Par frilosité autant que par conviction, les Écossais ont fait leur choix. Dans les années quatre-vingt l'écrivain écossais Alasdair Gray exhortait ses compatriotes à « œuvrer comme s'ils vivaient les premiers jours d'une nation meilleure ». Aujourd'hui, l'avènement de cette nation meilleure dépend encore de la volonté de l'Etat britannique à se réformer.

David Leishman est maître conférence en anglais à l'Université Grenoble Alpes. Il dirige la revue Etudes Ecossaise et prépare un livre sur l'identité nationale écossaise.

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a écrit le 20/09/2014 à 15:14 :
Aujourd'hui on sait que c'était le vote des étrangers et des vieux qui a fait échouer le référendum. Les écossais ont permis aux non-Ecossais de voter ce que s'est avéré être la cause de la défaite pour les indépendentistes. En Écosse il vit un demi-million de Britanniques et tous ils ont voté "Non". Les Pakistanais ainsi que les Polonais, les deux plus importantes colonies d'étrangers en Écosse ont voté "Non" aussi par peur de venir à perdre leur visas, ceux-ci accordés par Londres. C'est bête que les Ecossais de la diaspora ont été privés de vote !

Mais c'est surtout les vieux (quoique les médias anglais ne montrent que des jeunes gens en jubilant de la victoire du "non") qui ont entravé le processus d'indépendance car, soucieux de leur rentes ils perçoivent l’indépendance comme une remise en cause de leurs intérêts. Sans surprise, ce sont ces mêmes générations qui soutiennent l’immigration afin de “payer les retraites”(!!), la pyramide des âges résultant de leur faible taux de natalité ayant engendré une crise démographique.

Enfin, ils auront plusieurs enseignements à tirer de cette consultation. En quelque sorte, c’est la fin d’une certaine forme d’indépendantisme socialiste et le début d’un autre. Les petites nations d’Europe n’auront d’autre choix que de se doter de formations politiques résolument nationalistes en lieu et place de cet “indépendantisme de gauche” dépassé.
Réponse de le 20/09/2014 à 16:57 :
C'est fort de savoir qui a voté quoi dans une vote secret :-) Et il n'y a que 2.7% d'habitants d'origine asiatique, alors c'est forcement la faute des vieux - il faut les priver de vote. Curieuse conclusion qu'il faut s'enfoncer dans le nationalisme quand justement la partie nationaliste vient d'être carrément défait.
a écrit le 19/09/2014 à 21:40 :
UTOPIE... OUI !
a écrit le 19/09/2014 à 18:59 :
Dans les 25 ans depuis Margaret Thatcher, et pendant 10 ans, la Royaume Uni a eu deux première ministres Conservateurs - et deux Socialistes (et Ecossais) - Tony Blair et Gordon Brown. David Cameron lui même a un nom et d'ancêtres bien Ecossais. Difficile à croire alors que l'Ecosse avec 10% de la population de la RU n'était pas bien représenté. Et quel autre nation à part la RU permettra un référendum sur la dévolution d'une grande partie de sa patrie ? L'Espagne ? La France ? Le résultat est sans appel, et ceci dans presque tous les régions de l'Ecosse, des Highlands jusqu'au Borders. C'est le fin des ambitions de Mr Salmond et son partie nationaliste. L'Ecosse reste une nation fier, uni avec des autres nations dans la RU, par sa propre volonté ré-exprimé librement. Et pour information, la RU n'a pas de Constitution à réécrire...
a écrit le 19/09/2014 à 18:46 :
Votre tribune ne dit rien du tout, n'apprend rien et ne fait que répéter des éléments donnés maintes fois depuis que la presse française couvre la campagne référendaire, c'est absolument creux.
Réponse de le 20/09/2014 à 12:18 :
Cet article est au contraire une très bonne mise au clair des enjeux constitutionnels qui débordent largement l'Ecosse.

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