Nicolas Sarkozy, "l'homme providentiel"... de Manuel Valls ?

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Les écueils qui entraveront une possible candidature de Nicolas Sarkozy à la Présidentielle de 2017 ne sont pas qu'« affaires » et détestations au sein de l'UMP. Le principal obstacle pourrait être l'accomplissement par Manuel Valls d'un programme économique étouffant dans l'œuf le positionnement de son rival.

C'est dans les prochains jours que Nicolas Sarkozy doit déclarer s'il concourt au sein de l'UMP à la candidature à la Présidentielle 2017. Si, comme l'entourage le distille depuis plusieurs mois, la décision est favorable, les obstacles qui se dresseront sur le chemin de la reconquête s'annoncent considérables. Voire infranchissables. Certains sont visibles.

D'abord les « affaires » : celle dite « Karachi » du financement de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, celle du généreux arbitrage de 403 millions d'euros accordé à Bernard Tapie, celle du financement libyen de la campagne de 2007, celle des écoutes téléphoniques mettant en lumière des collusions, celle des sondages commandés par l'Elysée et jugés irréguliers par la Cour des comptes, et bien sûr celle dite « Bygmalion » qui pour l'heure l'épargne - mais jusqu'à quand ? l'hypothèse de son ignorance des faits semblant perfectible.

« Peuple de droite » divisé

Autre écueils monumentaux : l'envergure des oppositions, certaines viscérales, que son départ en 2012 a libérées au sein de l'UMP. En témoignent aujourd'hui les déclarations de candidatures qui à la présidence du parti qui aux primaires, et demain les nouveaux pièges que ces mêmes détracteurs - et tous les autres, leaders ou lieutenants, Jean-François Copé en tête - ne devraient pas manquer de disposer afin de faire barrage au « revenant ». Lequel, d'ailleurs, fait fausse route s'il croit « le peuple de droite » tout entier et d'une seule voix disposé à le soutenir.

Bien sûr, il existe toujours les irréductibles qui, deux ans après sa défaite et ulcérés par l'inaction et les errements de François Hollande, demeurent hypnotisés par un charisme qui a dissimulé ou effacé, dans leur mémoire, la part d'ombre d'un bilan suffisamment contestable pour condamner sa réélection. Mais une partie de son électorat traditionnel ou autrefois conquis n'est pas dupe et renoncera à le soutenir. Qui donc d'ailleurs peut, en toute confiance, confier la gestion d'un pays aux caciques d'un parti qui a produit de fausses factures, accumulé une perte de 74 millions d'euros et est au bord de la faillite ?

Trouble

Mais peut-être le plus sérieux rival et la plus vive opposition aux desseins de Nicolas Sarkozy viendront de là où, avant le big bang gouvernemental du 25 août, personne ne les attendait : Manuel Valls et une politique économique social-libérale assumée. C'est en effet sur le terrain bien sûr de la personnalité mais surtout du programme économique que le « candidat » Sarkozy pouvait puiser matière à nourrir une offre singularisante, différenciante, même clivante.

Le tandem Hollande-Ayrault, ses multiples atermoiements, et l'illisibilité de sa ligne politique, constituaient une heureuse opportunité : il pourrait en être tout autre demain. Du discours à l'université du Medef au détricotage de la loi Dufflot en passant par l'appel de François Rebsamen à accentuer les contrôles auprès des demandeurs d'emploi, les premières décisions témoignent d'une stratégie qui pourrait couper l'herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy et sèmera le trouble dans les rangs des élus et des électeurs de la droite républicaine.

Privilégier le travail aux rentes

Et cela, surtout si Manuel Valls honore ce qui compose la substantifique moelle du social-libéralisme en riposte au libéralisme - d'ailleurs jamais véritablement assumé - de « droite », attelé à récompenser en priorité et, chez certains exclusivement, l'individu, et cela quel que soit son mérite véritable. Ce social-libéralisme doit privilégier le travail aux rentes et aux héritages, il doit libérer les initiatives, les énergies, les risques privés, et pour cela « vraiment » simplifier le carcan administratif - aucun ou presque des vœux formulés en 2013 dans le rapport Lambert-Boulard destiné au « choc de simplification » n'a été à ce jour engagé -, il doit réguler mais avec discernement.

Il doit reconnaître l'utilité de partenaires sociaux toutefois sommés d'être à la hauteur des enjeux, il doit combattre tout des pré-carrés, privilèges, réglementations, notamment dans le secteur public, qui enferme dans le malthusianisme, il doit aussi traquer sans tabou les délits - allocations chômage, sécurité sociale, fraude fiscale, absentéisme injustifié qui, en premier lieu, pénalisent les plus vulnérables - sans verser dans l'un des pires méfaits du Sarkozysme : la stigmatisation, et la fracturation d'une société grossièrement segmentée en camps « vertueux » et « coupables ».

Etre « sujet »

Il doit aussi travailler à une redistribution aussi généreuse qu'exigeante, aussi solidaire que rigoureusement arbitrée, et destinée à lutter contre les insupportables inégalités et un déterminisme malheureusement incontestable qui conditionnent la qualité de l'éducation, celle de la santé, l'avenir professionnel et donc la place dans la société, à l'endroit où l'on naît. Le sociologue Alain Touraine a raison d'exhorter la gauche à se réinventer, de telle sorte que l'individu devienne enfin « sujet ». Un « sujet libre », dont le rapport à soi et la conscience de soi réveillent un rapport et une conscience à l'autre aujourd'hui ensommeillés et, demain peut-être, enfin enclins à répandre l'universalité des droits.

Anoblir le mot « libéralisme »

Le « simple » libéralisme, que Nicolas Sarkozy avait essayé de diffuser de 2007 à 2012, à la fois était scandaleusement ultra-libéral - notamment dans la sanctuarisation de richesses individuelles qui le fascinent ou dans la décrédibilisation des institutions de la République - et scandaleusement peu libéral lorsqu'il s'adressait aux dirigeants d'entreprises. Le social-libéralisme, de son côté, porte en lui de régénérer ce que les dernières décennies de mercantilisme et de marchandisation incontrôlés ont étouffé : un sens.

Un sens partagé, un sens altruiste lorsque les gains initiés par la libéralisation des initiatives, notamment entrepreneuriales, et l'application universelle de la simple règle des droits et des devoirs, participeront à consolider ce qui fait ciment et lien dans la société : des institutions et un service public performants. Manuel Valls détient les cartes pour faire du libéralisme un noble mot. Et conduire Nicolas Sarkozy à la défaite.

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Commentaires
a écrit le 07/09/2014 à 21:28 :
Bah, manuel VALLS se rattrapera en devenant le Premier ministre de Nicolas SARKOZY, unis qu'ils seront contre le FN jusqu'aux prochaines élections et dans leur fuite en avant... Ils ont tellement à s'apporter mutuellement !
a écrit le 07/09/2014 à 17:03 :
Encore LUI??? mais c'est un cauchemar, ma parole?????!! il se fait attendre, soi disant comme la petite poulette qui veut se faire désirer, on en VEUT PLUS! oust!
a écrit le 07/09/2014 à 11:04 :
Eh oui , il y a longtemps que j'ai écrit ici que la seule chance de Valls en 2017 , c'est d'être opposé à Sarkozy . Contre Juppé , il perdrait ; contre Fillon , 50/50 ; Contre Le Pen il gagnerait . Malheureusement pour lui , d'ici là , Sarkozy ne peut pas ne pas avoir une condamnation à 3 ans d'inéligibilité . Tant pis pour Valls , tant mieux pour nous .
a écrit le 05/09/2014 à 10:33 :
... oui, sauf que Valls est un socialiste et qu'une majorité de personnes de ce parti sont anti-libéraux. D'ailleurs les dispositifs tels que le CICE ne sont pas libéraux... au contraire, ils sont en train de transformer les chefs d'entreprises en 'assistés' comme les autres. Valls est en train de perdre tous ces soutiens. Il a beau imiter les accents de Sarkozy, la grande majorité des personnes de droite ne sont plus dupes. Accepter ce poste de 1er ministre a été une erreur fatale. Il ne s'en relèvera pas avant un bon moment.
a écrit le 04/09/2014 à 16:58 :
La canditature de Sarko est la seule chance pour Hollande d'etre réélu en provoquant un 25 avril à l'envers. Il faut donc aider Sarko!
Réponse de le 05/09/2014 à 10:35 :
M'étonnerait... Vu le niveau d'agressivité de Hollande pendant la campagne, je pense que les militants de l'UMP ne soutiendront même pas Hollande, ni quelque candidat socialiste que ce soit contre Le Pen.
a écrit le 04/09/2014 à 15:15 :
Plein de bonnes choses dans ce papier. Sauf la fin. Ce n'est pas Valls qui conduira NS à la défaite. Que les partisans de l'UMP soient sensibles au "charisme" de NS (ce sont bien les seuls), c'est possible. Mais en 2017 (62 ans...) ce que l'on va consulter c'est l'électorat de toute la France. Alors, le seul viatique "je veux ma revanche" sera plus que court. Et assurerait l'accès de MLP au sommet de l'Etat. Endroit où son enfumage ne servira à rien, ses 2 (voire plus) prédécesseurs ayant démontré l'incapacité des politiques nationaux à "influer sur le cours des choses"...

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