Candidat Hollande, le premier coupable

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
La crise de régime, en premier lieu idéologique, que révèle cette folle rentrée gouvernementale, trouve son origine dans la Primaire socialiste puis dans la synthèse programmatique du candidat Hollande. Promesses irréalistes, doctrines délétères, exhortations incompatibles avec le cap social-libéral appelé à être mis en oeuvre : deux ans plus tard, députés, électeurs... et Parti socialiste sont pris au piège.

La colère, le rejet, même l'opprobre se sont abattus sur les trois dissidents Aurélie Filippetti, Benoit Hamon et surtout bien sûr Arnaud Montebourg. Coupables de tous les maux, l'ingratitude et l'incohérence en tête, les sécessionnistes concentrent, au-delà de leur cénacle, les pires anathèmes. Certes, personne n'est dupe des manœuvres politiciennes que le désormais ex-ministre de l'Economie poursuit en se plaçant en marge d'un gouvernement qu'il sait, mieux que d'autres, condamné à court et moyen termes à de piètres résultats et dont il pourra s'autonomiser d'ici la campagne des primaires en 2016 - 2017. Mais sont-ils pour autant les premiers et principaux responsables de cette crise de régime ?

Chimères

Ce premier et principal responsable est celui qui, finalement, aura été le plus épargné (pathétiques images sur l'Ile de Sein exceptées) depuis le début de la semaine : François Hollande. Non pas "seulement" le Président de la République, mais le candidat de 2012, celui qui avait pour « ennemi la finance », celui qui promettait l'irréalisable, celui qui maintenait le « rêve » d'une économie égalitaire, celui qui si peu souvent défendit publiquement les vertus de l'entreprise et la cause entrepreneuriale.

Celui qui, obsédé par le confort du consensus, jamais n'osa affirmer une ligne politique claire. Celui qui jamais n'assuma ce qu'il demande aujourd'hui à Manuel Valls de mettre en œuvre : une politique courageuse de compétitivité. Comment, lorsqu'on a à ce point, c'est-à-dire de manière aussi démagogique, admonesté l'argent pour rallier les suffrages, peut-on justifier auprès de l'opinion publique la nomination d'un ancien banquier associé chez Rothschild ? Comment peut-on demander aux citoyens d'aimer l'entreprise et le travail, de nourrir l'ambition et la réussite, lorsqu'on s'est escrimé avec méthode à les discréditer ?

Députés piégés

Or, c'est sur la foi de promesses à ce point populistes que les députés furent élus. Députés au contact d'administrés que l'incompréhension gagna peu à peu pour désormais exploser. Dans ces conditions, de quel droit peut-on fustiger ces parlementaires « frondeurs » ? Ne se sentent-ils pas légitimement floués et même trahis par l'exécutif ? Un Président est désigné sur la foi d'un programme ; croire ou espérer que les électeurs l'oublient est une lourde erreur.

Quoi d'autre que les espérances illusoires du candidat Hollande est donc responsable de l'opposition endogène à laquelle le gouvernement Valls II va être confronté, et cela dès l'examen du budget 2015 ? Et que personne ne se méprenne : même si l'Assemblée nationale souscrit officiellement aux propositions de loi - ni les parlementaires de la majorité originelle ni une droite républicaine totalement déliquescente n'ont intérêt à risquer la dissolution -, leur application dans les territoires se heurtera à d'autres formes de résistance, celle-ci souterraines.

Primaires symptomatiques

Il faut remonter à l'automne 2011 pour comprendre le séisme du 25 août 2014. Un automne in fine symptomatique et même emblématique d'une évidence : le Parti socialiste n'est plus. Souvenons-nous des « projets pour la France » portés par François Hollande, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet. Au-delà des traditionnels poncifs, qu'avaient-ils en commun ? Qui a oublié la joute bien davantage que programmatique : idéologique, qui opposa Manuel Valls et Arnaud Montebourg, plus tard réunis sous le même toit gouvernemental, sur le thème, ô combien significatif, de la TVA sociale ? A vouloir « marquer » leur territoire et se différencier, tous prirent le risque d'une synthèse et d'une quintessence finales, conduites par François Hollande, finalement inaudibles, incohérentes, insolubles. Et inapplicables.

« Ultralibéral » Gérard Collomb

Concilier l'inconciliable, réconcilier l'irréconciliable, mettre en oeuvre des engagements antithétiques est une vue de l'esprit. Qui, en cette rentrée, se paye au prix fort et fait la preuve que certains hiatus sont irréparables. Lorsque dans ces colonnes un internaute se félicite que le maire de Lyon Gérard Collomb n'entre pas au gouvernement au nom de « l'ultralibéralisme » qu'il incarne, la messe est dite.

En matière de dogme économique, Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg sont aussi éloignés l'un de l'autre qu'Alain Juppé et Hervé Novelli. Et nombre de convictions partagées par l'aile sociale-libérale du PS se superposent sur celles d'une partie de la droite républicaine. Qu'est-ce qui distingue le nouveau ministre de l'Economie du directeur de cabinet du président du Medef Pierre Gattaz, Olivier Gainon, social-libéral assumé ? L'heure est peut-être à clarifier définitivement un paysage politique rongé par l'effacement des frontières idéologiques traditionnelles - ce qui simultanément affaiblit la santé de la démocratie et fait les beaux jours du Front national.

Une gauche de trop ?

Pour toutes ces raisons, compréhension et respect doivent être assurés aux parlementaires et à certains ministres dissidents. Mais la question se pose à chacun d'eux : demain, que signifiera « être et agir en responsables » ? Se résigner, étouffer leurs convictions, et soutenir malgré tout le gouvernement afin de lui donner l'opportunité de réussir ? Ou prendre le risque de déclencher une crise institutionnelle aux dramatiques répercussions ? Douloureux écartèlement. Et cruel dilemme.

Premières réponses ce week-end à la Rochelle, lors d'une Université d'été du PS qui s'annonce explosive. Seule certitude : la "guerre des gauches" ainsi résumée par François Bayrou n'est pas compatible avec la résolution des enjeux titanesques que le gouvernement doit accomplir. L'une des deux est de trop - non, bien sûr, dans le débat démocratique, mais dans le processus décisionnel. Comment, sinon, l'équipe sociale-libérale du nouveau gouvernement pourra-t-elle donner les preuves de la "déclaration d'amour pour l'entreprise" que Manuel Valls a partagée avec les patrons réunis mercredi par le Medef ?

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Commentaires
a écrit le 02/09/2014 à 20:04 :
J'apprécie, humblement, Denis LAFAY depuis pas mal de temps : S'il élaguait son discours, il serait peut-être davantage "communicant" et, de ce fait, convaincant. Voilà pour la forme !
Sur le fond je suis plutôt d'accord. Une dernière remarque mais cette fois-ci sur le commentaire de "Bets" : je ne suis pas certain du tout que DL fréquente les chapelles "de droite" !
a écrit le 30/08/2014 à 0:13 :
L'auteur de l'article n'aime pas la gauche , je le sens, mais je le sens ... Cependant, il ne crie pas son amour pour la droite ... Ce brave M. Coppé dont la société est en liquidation, ce brave M. Jacob qui, se prenant pour une banque, accorda un prêt à l'UMP en toute discrétion, auraient-ils placés également leurs électeurs dans un piège ?
a écrit le 29/08/2014 à 11:22 :
Le socialisme français n'est pas compatible avec le libéralisme, comme cela a été fait en Allemagne ou dans d'autres pays d'Europe. D'ailleurs, l'UMP, lui même n'est pas un parti libéral... d'où les similitudes entre la politique actuelle de Valls et Hollande et le programme de Sarkozy. Ne parlons même pas du FN dont le programme économique est presque entièrement identique à celui du PC.
Hollande et Valls sèment la confusion en se déclarant issus du courant social libéral. En réalité, ils ne sont que des socialistes contraints à composer avec les réalités économiques. Le social-libéralisme est un courant clairement issu de la philosophie libérale. C'est le courant dont font parties la plupart des démocrates américains et qui n'a strictement rien à voir avec ce qui est fait par Hollande et Valls en France.
Réponse de le 01/09/2014 à 15:18 :
très juste, les partis politiques ne proposent pas un programme du 21 siècle.
Le FN est effectivement très proche de l’ultra gauche, ils se passent des voix mais ne l'admettent pas.
a écrit le 28/08/2014 à 13:29 :
La concentration de tant de pouvoir sur une seule personne implique que cette personne ne puisse jamais être vraiment à la hauteur. Et les primaires ne font qu'accentuer ce phénomène en imposant deux campagnes électorales successives. La "réforme structurelle" vraiment utile au pays serait de revenir à une régime parlementaire permettant un exercice collégial, une culture du compromis utile, la considération des vrais problèmes de fond, etc.
Réponse de le 28/08/2014 à 14:54 :
La concentration de pouvoirs, qu'elle soit dans les mains d'un homme ou d'un collège ne change pas le problème du fait que ceux qui l'exercent ne seront jamais compétents.
Il y a un moment, il faut arrêter d'augmenter les missions, arrêter d'augmenter le pouvoir, arrêter de politiser la société.
Un pouvoir éclairé, c'est celui qui considère qui accepte ses limites.
a écrit le 28/08/2014 à 12:55 :
" En réalité la France applique une politique libérale et mondialiste "

Non, la France est un Etat socialiste, ou l'allocation d'argent est décidé à 87,5% par l'Etat (chiffres de 93, ça n'a pas due s'arranger).
a écrit le 28/08/2014 à 12:39 :
Ben non, Mr, la crise (du régime) elle ne date pas de 2011. Mais de la c....... de Jospin de faire coïncider la présidentielle (Si 7 ans ce n'était pas bien, 5 cela l'est encore moins...; on aurait pu trouver un moyen terme, ex: un septennat non renouvelable, ou bien tentative de réélection à 5 ans révolus, sans toucher à la séquence des élections parlementaires). Ni le Président, et encore moins le Parlement (fantoche sous Sarkozy) ne peuvent s'opposer à la "finance". La déclaration de Gattaz hier est sans voile: "nous (les patrons) voulons les pleins pouvoirs". Et, pour ne pas froisser l'opinion, nous dirons que c'est dans le but de générer de l'emploi; sans aucune relation au fait que nous délocalisons dès que c'est possible... Sarkozy a "sauvé" le système bancaire... en prêtant de l'argent aux banquiers... lesquels s'empressaient au guichet de l'Etat pour répondre au besoins de la France; le différentiel de taux d'intérêt allant où ??? Le "libéralisme" se joue des politiques (soit en nommant un de ses pantins (Sarkozy), soit en minant un adversaire potentiel (Hollande). Dans l'appellation social-libéral, quel est le terme majeur ? Lorsque les tenants de pouvoir économique parleront de libéral-social, alors la balance aura (peut être) évolué.
Réponse de le 29/08/2014 à 11:43 :
Le terme social libéral est impropre. Le terme initial était "Nouveau libéralisme", un courant clairement issu du libéralisme, mais qui tend à mettre l'individu au centre du système (contrairement aux libéraux classiques). Strictement rien à voir donc avec les idées fondatrices du PS français et rien à voir non plus avec les initiatives prises par Valls et Hollande, des politiques clairement Étatistes. A leur décharge, la droite française (UMP) n'est pas loin. Ses discours ont des relents de libéralisme, mais dans les faits les politiques appliquées ne sont pas libérales. On l'a bien vu avec Sarkozy... à l'exception peut-être de l'auto-entreprise.
Le libéralisme est sensé développer l'initiative individuelle et par conséquent les petits business. C'est tout le contraire de ce qui se passe aujourd'hui avec le CICE de Hollande, qui n'est qu'une prolongation des initiatives Sarkozy en matière de financement des entreprises. Un véritable social-libéral ne mettrait pas en place un système de financement dont le 1er bénéficiaire est la Poste, par exemple, ou tout autre grand groupe d'envergure internationale.
Dans la définition académique du "social-libéralisme", comme entendue au niveau international, ce qui prime normalement c'est la notion de libéralisme pas de socialisme. Un social--libéral se présentera comme libéral, mais certainement pas comme socialiste (cf. PS) ou Républicain (PS ou UMP).
a écrit le 28/08/2014 à 11:55 :
Hollande, le PS et nombre de ces représentants ont plutôt une politique libérale dans un pays avec une administration d'Etat a orientation libérale. Les entreprises française ont été plus que beaucoup d 'autre pays orienté par les politiques vers la mondialisation et le libre échange forcené. En réalité la France applique une politique libérale et mondialiste pour ces entreprises et ces citoyens depuis des décennies ce qui ne correspond pas a son idéal de fonctionnement Colbertiste pour lequel elle a été forgé dans nombre de ces réussites. De toute façon les dés sont pipés car cette mondialisation aux doubles standards dominée par une poignée d'oligarques américains et dans l'intérêt de l' impérialisme allemand en Europe est une véritable escroquerie pour le citoyen lambda et un boulet pour la réussite de notre pays.
Réponse de le 29/08/2014 à 11:46 :
Révisez vos classiques ! Impossible de dire qu'un pays est libéral quand 57% de son PIB est consacré au fonctionnement de l'Etat ou à la redistribution via les pouvoirs publics. C'est tout le contraire du libéralisme.
a écrit le 28/08/2014 à 10:30 :
La gauche doit disparaitre, confondue avec la droite, elle est de trop faute d'avoir oser promouvoir la sortie de l' Union qui seule permettait de tenir ses engagements de gauche...

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