L'Asie mute

 |   |  433  mots
(Crédits : DR)
« Quand la Chine s'endormira... le monde tremblera. » Ce clin d'œil à l'ouvrage visionnaire d'Alain Peyrefitte paru en 1973 montre à quel point les pays émergents, et plus particulièrement la Chine, sont au cœur des problématiques économiques liées à la mondialisation des échanges.

Si l'essor extraordinaire de la Chine depuis 30 ans a bouleversé les économies occidentales, obligeant à de douloureuses mutations, la crainte aujourd'hui affichée d'un ralentissement trop marqué, voire d'un affaissement de cette économie, nous fait tout autant trembler.

Sino-dépendance

Alors, serions-nous devenus sino-dépendants ? C'est déjà le cas pour un nombre croissant de secteurs d'activité : automobile, luxe, énergie... et bien d'autres encore demain. On comprend mieux l'inquiétude des marchés à l'annonce des prévisions de croissance du PIB chinois. Cet indicateur est devenu central dans l'élaboration des stratégies d'investissement. Ainsi, sommes-nous progressivement devenus schizophrènes, craignant à la fois la puissance économique et l'hégémonie chinoises, mais redoutant aussi son affaiblissement.

Ce leadership qui s'affirme au fil des ans repose sur des bases solides : une démographie galopante, des capacités financières d'envergure, une compétitivité inégalée sur le plan industriel... Mais tout ceci s'avère fragile dans un environnement de faible croissance mondiale. Tout comme l'Europe, la Chine doit faire évoluer son modèle en privilégiant davantage son marché intérieur, porté par une classe moyenne importante avide de consommation et très influencée par le mode de vie occidental.

La vision stratégique de la Chine

Toutes les réformes ne nécessitent pas le même engagement. Les réformes structurelles sont souvent ardues (car elles s'attaquent inévitablement à des groupes d'intérêt), complexes, et peu lisibles par le commun des mortels. On comprend mieux qu'elles soient accueillies par un grand scepticisme de la part des investisseurs qui ont d'ailleurs boudé les marchés émergents depuis 2011. Mais une des forces de la Chine est d'avoir une vision stratégique. « Un homme qui ne réfléchit pas sur le long terme connaitra des déboires à court terme », dit un proverbe chinois. C'est donc cette nouvelle politique économique, davantage tournée vers le marché intérieur, qui a été entérinée lors du dernier Congrès du parti communiste chinois fin 2013.

Cette mutation des grandes économies asiatiques est en marche et rééquilibrera progressivement les échanges mondiaux. Nous en avons besoin, surtout en Europe où l'adaptabilité à la nouvelle donne mondiale, contrairement à l'économie américaine, est plus lourde à mener.

Si l'avenir de l'Asie se conjugue toujours au futur, celui de l'Europe reste au futur antérieur, temps préféré de Jean d'Ormesson, mélange de doute, de crainte, de passé et de futur. Ainsi, l'Europe, toute auréolée de la gloire des grandes nations, n'a pas encore totalement pris la mesure des changements en cours. Aurons-nous donc été si vaniteux ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :