La politique du yo-yo

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©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie
©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Il semble parfois que ceux qui portent la responsabilité de notre avenir aient retrouvé le goût de délices, du yo-yo emmenant tour à tour la Nation du haut vers le bas. Avec cette technique il est plus facile de perdre de la hauteur de vue que d'en gagner.

Quand, pour distraire les enfants, l'électronique ne servait à rien, il y avait au moins le yo-yo. Jeu d'adresse qui permettait à chacun, à partir d'une ficelle enroulée autour d'un axe, de mesurer sa dextérité à faire remonter un disque qui y était attaché. Sans doute y avait-il  plus de bas que de hauts ; il est toujours plus facile  de perdre de la hauteur que d'en gagner. Il semble parfois que ceux qui portent la responsabilité de notre avenir aient retrouvé le goût de ses délices, promenant tour à tour la Nation des cimes aux abysses.

Certes le rêve est plus accessible, car il n'a besoin que de mots. Ils finissent par gaver la démocratie, au point de la rendre futile Nos gouvernants n'en sont pas avares, ils ne l'ont d'ailleurs jamais été, citant volontiers, sans suivre son exemple, Winston Churchill qui, au cœur du combat, promettait à son peuple du sang et des larmes. Il tint parole et la victoire fut au bout de ce chemin semé d'épines. Sans doute  l'imiteraient-ils volontiers si de telles promesses n'exigeaient qu'on donne l'exemple, que les souffrances nécessaires au bien commun soient partagées, que ceux qui les recommandent soient les premiers à en prendre leur part. Révolutionnaire, non ?

"Les intérêts de quelques uns finissent par l'emporter sur ceux du plus grand nombre"

Alors il reste à faire semblant, à construire un avenir à défaut de pouvoir nous assurer le présent, laissant ainsi espérer à des millions de nos compatriotes dépourvus de ressources que ce sera mieux demain. Encore faudrait-il se doter des moyens pour y parvenir, prendre des décisions qui ne constituent pas autant de dérobades. Le peut-on encore dans un pays où les intérêts de quelques uns finissent par l'emporter sur ceux du plus grand nombre. Sous cet angle, il y a peu à espérer, par exemple, de la réduction des dépenses de santé ; les corporatismes y veillent autant que les entreprises qui s'y consacrent.

Pas davantage d'une carte institutionnelle qui sacrifierait les baronnies à l'efficacité. Encore moins d'une fiscalité qui reste résolument avantageuse pour les plus fortunés. Au point de s'interroger parfois sur les liens qui unissent ceux qui font la loi et ceux qui en profitent. Plus que la naissance ou les convictions, la richesse et l'espérance qu'elle suscite semblent constituer pour les élites le plus pernicieux des ciments.

L'Europe pourrait nous laisser de l'espoir, si du moins les intérêts nationaux parvenaient à se fondre, même au prix du renoncement, dans ceux qu'elle pourrait collectivement satisfaire face à l'invasion de concurrents mieux armés. Les perspectives paraissent toutefois bien sombres quand l'abstention du plus grand nombre laisse la place aux partis qui ne songent qu'à s'y faire élire pour s'en défaire.  

De la cohérence dans l'action

Il y faudrait aussi de la cohérence dans l'action et, quant à la pression fiscale notamment, ne pas finir par adopter ce qu'on refusait obstinément hier comme ruineux. Comme si l'on n'y avait pas suffisamment réfléchi. Ces avatars, peut être propices à ceux qui s'y résolvent, ne paraissent pas de nature à installer cette stabilité dont se nourrit aussi la croissance.  Alors, entre les économies à réaliser et les dépenses assurées, il devient difficile de faire le compte. Mais il faut se rappeler que ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent. La cohérence est pourtant indispensable pour conduire l'économie.

Encore faudrait-il ne pas tolérer ses imperfections comme si elles étaient inéluctables, ne pas admettre qu'elle nous impose des sujétions contraires au bien public, que la Bourse ait plus d'influence sur nos existences que nos besoins n'en ont sur les marchés où rodent librement tant d'appétits. Il semble difficile d'y parvenir dans un pays qui ne parvient pas à choisir entre dirigisme et libéralisme, contraignant sans cesse les responsables de la politique économique à faire, non sans talent parfois, du pédalo sur un nuage. Les entreprises ne sont pas mieux loties qui rejettent l'intervention de l'Etat ou la réclament, selon qu'elles y retrouvent ou non leurs profits, quand ce ne sont pas seulement des financiers qui veulent accroître encore les leurs.

"On nous distrait sans vraiment nous amuser"

En attendant ce jour où la politique parviendrait enfin à sublimer les gains électoraux et les prébendes qui en découlent, on nous distrait, sans vraiment nous amuser. L'un des principaux dirigeants de l'opposition, cessant un instant de barboter dans les eaux troubles d'une piscine privée, mais peut-être également soucieux d'occulter les nuages qu'amassent les soupçons qui pèsent sur les comptes de son parti, désigne à l'opprobre une ministre pour ne pas avoir chanté la Marseillaise.

Peut-être la banane, qu'entre deux injures ne cesse de lui tendre l'indécence, l'y contraignait-elle le jour où l'on célébrait la fin de l'esclavage ; à moins que, mieux placée que d'autres  pour en mesurer le poids et l'humiliation qu'elle imposait à son peuple, elle ne se soit alors rappelé que nous n'y avions renoncé qu'en 1848. De quoi faire silence, non ? Notre pays serait morose. Quand il a perdu la capacité d'adapter ses trains aux équipements destinés à les recevoir, on ne peut s'en étonner. Les clowns sont devenus trop tristes pour ne pas généraliser l'angoisse. Depuis quelque temps, mais ce n'est pas si récent, le yo-yo reste en bas. La ficelle serait-elle cassée ?  
                                  
                                                        
                                                                                                               
                                                                                                         
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

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Commentaires
a écrit le 29/05/2014 à 7:52 :
C'est un grand réconfort de lire et d'écouter des hommes tels qu'Eric de Montgolfier, qui représente pour moi la lucidité, la dignité et le courage: où se cache la poignée d'hommes et de femmes politiques qui résiste à cette veulerie généralisée et qui doit bien exister quelque part?

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