La culture, le défi insolent du « sert à rien »

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(Crédits : DR)
La culture, par le biais de l’artiste, permet de percevoir ce que nous sommes. L’artiste vient de l’autre, c'est-à-dire de nous. In fine, la culture autorise une société quelle qu’elle soit, à s’interroger, se poser des questions sur ses propres évolutions, changements, fragilités, ruptures, urgences

Pour le plus grand nombre d'entre nous, la culture, surtout quand elle s'exprime par des activités, des productions artistiques, est un autre monde supérieur, naturellement peu accessible, réservé, dans lequel s'est hissé, parce qu'il en a reçu le don, l'artiste.

Et puis, en écoutant la vie d'un livre, en reculant du pas de plus qui anime la toile du peintre, en se déplaçant autour d'une sculpture posée avec son immobilisme apparent pour en capter le mouvement, nous comprenons que la culture, c'est finalement nous, notre bien commun, notre façon de percevoir ce que nous sommes.

L'Artiste vient de l'autre, c'est-à-dire de nous

Notre culture avec ses oublis, ses abandons, ses relâchements, ses renoncements mais aussi ses potentiels impatients de création, ses énergies téméraires d'exploration d'espaces inconnus, ses capacités courageuses de remises en cause, ses promesses de refondation de notre monde.

L'artiste nous restitue ce que nous pensons, nous rêvons, nous faisons, et nous en apprend heureusement sur nous-mêmes en changeant l'angle de nos certitudes et en perturbant notre quotidien que nous avons tant de mal à stabiliser.

Et la vérité s'impose, nette, tellement simple, la porte est ainsi ouverte pour comprendre : l'Artiste vient de l'autre, c'est-à-dire de nous.

La vie et le rôle de l'artiste sont dans cette affirmation. Son regard sur les autres, sa manière unique de les comprendre ou pas, le façonne artiste et lui donne la force d'accéder au monde de l'Art. Et son talent  alors s'exprime.

Le regard de l'autre le nourrit. Le partage de sensations, de sensibilités, d'émotions, de silences préalables à la communion artistique, aux explosions créatives, lui ont donné cette force de surmonter, d'apprivoiser la peur de renoncer à l'œuvre créée pour en fonder d'autres, de se remettre en cause pour autoriser la naissance de l'œuvre à créer, qui elle-même se donnera pour que l'art nous garde vivants.

La culture pour faire société 

Et nous tombe ainsi dans les mains comme un cadeau de la réflexion sur nous-mêmes, une définition limpide de la culture : l'indispensable pour nous garder vivants, et avec l'artiste, nous garder aussi guetteurs, protecteurs,  vigilants et tolérants.

Guetteurs et vigilants contre le « tout utile »  le «  tout rentable » qui ne laissent aucune place à ce qui ne « sert à rien ».

Une société existe parce qu'elle est capable de créer, de vivre, d'accompagner l'inutile, et ajoutons le « non rentable », parce qu'elle est suffisamment forte pour se lancer des défis dans le « sert à rien ».

Comme le sport avec le dépassement de soi, où l'homme avec sa conquête de l'inutile sans cesse répétée, se prouve qu'il n'est pas fini. Comme la culture, qui seule autorise une société quelle qu'elle soit, à s'interroger, se poser des questions sur ses propres évolutions, changements, fragilités, ruptures, urgences. Culture qui revivifie les capacités à réinventer le futur improbable, à tracer la courbe capricieuse du destin et surtout à donner du sens à la vie vécue et celle à construire. 

Alors de guetteurs et vigilants, en revendiquant d'être un défi insolent du « sert à rien » la culture nous apprend aussi à être collectivement protecteurs et tolérants de et sur nous-mêmes.

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Commentaires
a écrit le 14/05/2014 à 18:32 :
Bravo pour ce vibrant plaidoyer qui me rappelle le vers de Victor Hugo " borné dans sa nature, infini dans ses voeux, l'HOMME est un dieu déchu qui se souvient des cieux"
Réponse de le 16/05/2014 à 6:49 :
''L'homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant...'´

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