« J’ai mis fin aux pyramides de Ponzi de l’INSA de Lyon »

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La bibliothèque de l'INSA de Lyon ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie
La bibliothèque de l'INSA de Lyon ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Patrick Dorp était l’agent comptable de l’INSA de Lyon de 2007 à 2010. Dans l'enquête du n°120 d’Acteurs de l’économie, « L’INSA de Lyon s’en sortira-t-il ? », des témoins, et particulièrement l’ancien directeur Alain Storck, pointent ses responsabilités. De Singapour où ce fonctionnaire exerce désormais comme directeur financier aux affaires étrangères, Patrick Dorp nous adresse un courrier. Dans un souci d’équité et pour nourrir le débat, nous décidons de le publier dans son intégralité.

Dans votre article, Alain Storck me met concrètement en cause. C'est un comportement indigne que de reporter la totale responsabilité de sa gestion pharaonique (2001-2011) sur mes épaules (2007-2010). L'actuel directeur Eric Maurincomme a raison de dire que son prédécesseur « savait » depuis 2004. Il est sidérant que l'on me fasse un procès par contumace depuis maintenant 4 ans alors que jamais un inspecteur, juge, membre de l'équipe en place ne m'a jamais contacté à ce sujet…

J'ai toujours alerté Alain Storck de nos difficultés et vous seriez surpris de voir combien de fois j'ai pu écrire « nécessité de préserver notre sécurité financière ». J'ai d'ailleurs conservé tous les mails et rapports sur la question. Un jour il m'a dit : « Patrick, moi je suis le politique de cette maison, tu comprends ? J'ai une ligne à suivre quel qu'en soit le prix. Alors, tu ne vas pas m'emmerder avec tes considérations financières ! Les 150 000 euros que je te demande, tu vas bien me les trouver non ? ».

Où est l'arnaque que l'on me prête ?

J'ai toujours été seul pour les arbitrages de l'INSA, seul aux commissions budgétaires avec les représentants du CA, seul pour la préparation des budgets avec des pressions énormes de toutes parts. J'ai raccourci les délais de mise à disposition des crédits, mis en place le rattachement des charges et produits à l'exercice pour rendre le budget sincère, j'ai mis fin aux pyramides de Ponzi qu'étaient le système des reports de crédits et celui des recettes des projets de recherche pluriannuels dépensées à d'autres fins que les dits projets de recherche.

J'ai considérablement simplifié la structure budgétaire (87 centres de dépenses au lieu de 450 à mon arrivée). J'ai mis en place une vraie cellule d'achats publics alors inexistante, j'ai initié le récolement des immobilisations afin de rendre le bilan plus sincère. J'ai été félicité par les membres du CA qui comprenaient « enfin » les informations financières… Où est l'arnaque que l'on me prête ? Les menaces de dépôt de plainte sont sensées porter sur quels points ?

Dès 2008 j'alertais

Dès 2008, j'avais écrit à Alain Storck que nous risquions à ce rythme des cessations de paiement dans les 2 ans à venir. Je possède tous ces documents sur mon ordinateur. Un jour il m'a reproché de « polluer » (sic) le mail de l'INSA avec les informations financières (environ 20 mails par an) que je transmettais aux responsables d'entités pour afficher une information transparente... Il est vrai que j'ai considérablement dérangé tant l'inertie au changement est forte à l'INSA. J'ai même été insulté par le directeur de la recherche qui me reprochait de ne pas lui donner des crédits qu'il avait imaginés…

On ne peut pas m'accuser de défauts de prévision en masse salariale, je travaillais avec les données que la DRH me transmettait et il est notoire qu'il n'y avait aucun contrôle sur les heures complémentaires qui donnaient chaque année lieu à des dépassements énormes. J'ai gardé tous les mails dans lesquels j'alertais la DRH et le service des traitements que nous étions dans l'illégalité la plus totale sur le paiement (ou plutôt le non-paiement) de la RAFP. Je note d'ailleurs que jamais vous ne faites référence au directeur général des services, George Roqueplan, qui était mon supérieur hiérarchique pour les questions budgétaires. C'est bien à propos car son action dans le secteur budgétaire a été inexistante. Il a d'ailleurs suivi Alain Storck à l'Université technologique de Compiègne.

« Formidable travail »

Pour parler de points plus techniques, le compte de résultat de - 8,4 millions de 2008 consistait essentiellement en des opérations pour ordre, cet exercice a abouti à un prélèvement de seulement 740 000 euros sur le fonds de roulement. Il est vrai en revanche que l'exercice 2009 a produit un résultat bénéficiaire mais un prélèvement énorme du fait du règlement de toutes les factures d'investissement immobilier qui résultent de projets engagés bien avant mon arrivée, non provisionnés et ayant donné lieu à des surcoûts importants.

Et voici ce que Alain Storck a écrit le 3 mai 2010 sur ma dernière évaluation : « Patrick Dorp a su mener un formidable travail de clarification et d'amélioration du système financier de l'INSA de Lyon, dans des conditions difficiles compte tenu du poids culturel et des résistances au changement. Cause des écarts constatés dans l'atteinte des objectifs assignés : inertie face aux changements, force des habitudes des responsables d'entités, important dépassement financier (environ 5 millions d'euros) dans la mise en oeuvre d'opérations immobilières (bibliothèque, Dépt TC, réhabilitation du campus, IMBL) ».

N'oublions pas que je n'ai été en poste que 3 ans et que l'on vient de très loin sur le fonctionnement budgétaire de l'INSA… Avant mon arrivée, les actes du CA n'étaient même pas transmis au rectorat et n'avaient donc théoriquement aucun caractère exécutoire. Si j'ai mal fait, que l'on me dise précisément quoi. Je répondrai factuellement.

 

 

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a écrit le 25/03/2015 à 11:54 :
Un éclairage qui méritait effectivement d'être publié. Et qui en dit long sur la gestion - ou plutôt l'absence de gestion - de ceux qui sont censés diriger ce genre d'établissement, et qui arrivent toujours à se recaser.
a écrit le 14/05/2014 à 9:13 :
Le budget de Mr. Dorp a toujours tiré parti du cadre légal de la LOLF pour opacifier les lignes budgétaires. Jamais il n'a été
possible aux membres du CA de connaître par exemple le budget de réprésentation de la direction qui était noyé dans une unité budgétaire
beaucoup plus large.
La présentation des rapports entre Mr. Dorp et Mr. Storck est ici très différente du bloc solidaire qu'ils formaient au CA pour défendre leur budget.
Mr Dorp pourrait peut-être nous donner le coût de la délégation au Japon en décembre 2007 ou plus d'une dizaine de personnes ont voyagé
en businesss et séjourner en 5 étoiles ...
L'INSA s'est prise pour un groupe du CAC 40 sous la présidence Storck, elle en paie malheureusement aujourd'hui les conséquences.
a écrit le 13/05/2014 à 14:40 :
Connaissant l'INSA de l’intérieur, tout ce qui est dit par P. Dorp n'est pas faux.
L'INSA est une usine qui ne supporte pas les changements, certaines entités sont des forteresses inattaquables et intouchables encore aujourd'hui.
Des dépenses sont encore engagées sans contrôle, des marchés sont passés dont on peut se demander quelles en sont les finalités...
Cet institut doit revoir ses objectifs et sa gestion en profondeur, et avoir un suivi budgétaire plus drastique.
a écrit le 07/05/2014 à 19:25 :
Alain Stock semble plus préoccupé par son aura que par les finances et prompt à se dégager de ses responsabilités. Lorsque l'on a la charge d'une entité, ne doit-on pas avoir comme toute priorité l'équilibre des finances (surtout publiques) et sa pérennité ?
En période de disette, cela est très inquiétant pour les étudiants et la recherche.
A la place de l'UTC, je m'inquièterai de la suffisance du personnage surtout aux vues des conclusions du rapport de l'AERES (Prendre garde à la réduction des marges financières de l’établissement ...)

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