Et maintenant, haro sur le spectre nationaliste des Européennes

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Le scrutin municipal derrière nous, place désormais à l'échéance européenne. Des premiers pas du Gouvernement dépendra l'ampleur de la victoire de l'idéologie nationaliste de Marine Le Pen.

Et si l'on regardait un peu plus loin que nous-mêmes pour mieux revenir ensuite à nos préoccupations ? Pendant que la France était toute entière concentrée (et repliée) sur le scrutin municipal puis la promotion de Manuel Valls puis la désignation des ministres puis le discours de politique générale puis la nomination des secrétaires d'Etat et de Jean-Pierre Jouyet au stratégique secrétariat général de l'Elysée, la terre continuait de tourner. Ici et là, des scrutins électoraux ou des « processus alternatifs » de démocratie tentaient, non sans peine, de trouver leur place dans les médias français. Et pourtant ils sont riches d'enseignements qui interrogent la prochaine échéance électorale : celle des Européennes.

L'exemple est-européen

En Hongrie le 6 avril, le Fidesz triomphait aux élections législatives. Avec 45% des suffrages, et profitant d'un dispositif constitutionnel et d'un système électoral taillés sur mesure, il assure au charismatique et populiste Viktor Orban de continuer de faire de la nation magyar un laboratoire de l'idéologique nationaliste unique au sein de l'Union européenne. Aux frontières de l'Europe, en Ukraine le processus sécessionniste gagne du terrain à l'est du pays. Les régions russophones, galvanisées par l'émancipation de la Crimée et armées, au sens propre comme figuré, par le machiavélisme poutinien, revendiquent une « libération » aux ressorts et relents en premier lieu nationalistes.

L'exemple turc

Toujours aux frontières de l'Europe, c'est en Turquie que le 30 mars le peu probable a été accompli : l'AKP de Tayyip Recep Erdogan raflait confortablement la mise des Municipales, et notamment les villes d'Ankara et d'Istanbul. Riche également de 45% des suffrages, lui dont les enquêtes journalistiques comme judiciaires mettent en lumière les pratiques de corruption massive et népotique, déjouait les pronostics. Et depuis, il multiplie les actes despotiques qu'il enveloppe d'une rhétorique nationaliste et fracture une nation par ailleurs capitale dans le paysage géopolitique et dans le dispositif de l'OTAN.

L'exemple indien

Encore plus loin, c'est en Inde qu'un processus électoral inédit est en œuvre. 814 millions d'électeurs sont appelés depuis le 7 avril et jusqu'au… 12 mai à désigner les parlementaires de la Chambre basse. Or qui les pronostics désignent-ils vainqueur ? Narendra Modi, chef du parti hindou Bharatiya Janata, qui a forgé sa popularité dans l'idéologie nationaliste. Dans un pays aux plans économique, social, ethnique et religieux aussi morcelé et antagonique mais aussi disposant de l'arme nucléaire, un telle perspective ne réjouit guère.

L'exemple français

Toutes ces manifestations de puissance nationaliste témoignent qu'une victoire du Front national le 25 mai prochain n'est pas une chimère. Lors des Municipales, il fut opportun pour la Gauche, épaulée par des médias quelque peu catastrophistes, de procéder à une stigmatisation en réalité disproportionnée - le parti et ses affidés conquérant 13 des 36 000 communes et 1 379 des 700 000 sièges de conseillers municipaux. Mais l'heure de vérité est bel et bien pour la fin du mois de mai.

D'ici là, le nouveau Gouvernement aura pour responsabilité d'adopter une politique mais aussi une stratégie, un comportement et un prêche - n'est-ce pas Arnaud Montebourg ? - tout entiers déterminés à conjurer la funeste perspective d'un triomphe frontiste. Marine Le Pen échafaude et nourrit sa diatribe sur le « cauchemar de la mondialisation » ; finalement Manuel Valls et son équipe doivent mettre en œuvre un plan d'action responsable et conquérant qui, s'il montre des signes encourageants, peut exhorter la France à se réinvestir dans la compétition internationale, à réévaluer son estime d'elle-même, à regarder le monde dans ses opportunités plutôt que dans ses menaces.

Alors le combat contre le spectre nationaliste pourra basculer favorablement. Et le "cauchemar" pour Marine Le Pen ne sera plus celui de la mondialisation mais celui des Européennes.   

 

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