Manuel Valls pris au piège

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Demande-t-on à un entrepreneur de bâtir sans les moyens de ses ambitions ? Non. Manuel Valls, lui, est confronté à cet antagonisme.

Sans doute est-ce le pire piège pour Manuel Valls : lui confier les rênes du gouvernement sans lui octroyer les moyens d'expérimenter ses convictions et d'accomplir ses ambitions. Benoit Hamon à la tête de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : trois univers rongés par le corporatisme et le sectarisme, encalminés dans un retard (en attestent les classements, même discutables, PISA et de Shanghai) qui exige justement d'affronter des réalités sans tabou.

Parmi lesquelles figure, dans le public supérieur, le double problème de la sélection et du financement de la scolarité. Alors que l'État exsangue ne peut plus assurer seul ce financement ni combattre les inégalités consubstantielles, imagine-t-on Benoit Hamon proposer une consultation honnête sur un sujet aussi explosif et idéologiquement clivant ?

Marylise Lebranchu, l'inconsistance

Arnaud Montebourg aux commandes de l'Économie : comment espérer que l'incontrôlable ministre maîtrise son impulsivité, ses récurrents dérapages doctrinaires, ses dérives médiatiques et répare l'incompréhension même le rejet qu'il a creusés avec le monde de l'entreprise ?

Marylise Lebranchu maintenue pour piloter la réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique : sans doute est-elle l'un des ministres du gouvernement Ayrault qui ont le plus failli dans leur mission, d'une part en conduisant l'essentiel aggiornamento de la cartographie administrative française au rythme d'un escargot, d'autre part en se faisant remarquer par quelques rares mais emblématiques initiatives.

Parmi elles l'injuste et irresponsable abrogation du jour de carence grâce auquel l'absentéisme des 5,2 millions de fonctionnaires français avait chuté en 2011-2012 de 43,2% dans les collectivités territoriales et de 40,6% dans les établissements de santé.

Sylvia Pinel, l'incongruité

Sylvia Pinel au Logement ? Celle qui doit son inexplicable irruption en mai 2012 au seul fait d'être très proche du Président du Parti Radical Jean-Michel Baylet, hérite d'un ministère ô combien essentiel, aux plans autant économique, social que sociétal, preuve une nouvelle fois après le « passage » Duflot que cet enjeu est relégué très loin sur l'échelle des priorités.

François Rebsamen au stratégique Ministère du Travail ? Mais pourquoi y désigner celui que seul le portefeuille de l'Intérieur, qu'il s'était fait souffler en 2012 par… son nouveau patron, intéressait ? Quant à Christiane Taubira, on imagine les pressions que le désormais Premier Ministre a subies pour la maintenir Garde des Sceaux.

Solide Michel Sapin

Reste heureusement quelques valeurs sûres : Michel Sapin aux Finances et comptes publics, Ségolène Royal à la tête d'un large ministère, heureusement délaissé par une Cécile Duflot qui, au contraire des lucides et constructifs parlementaires réunis autour de François de Rugy, a montré son vrai visage dogmatique.

Jean-Yves Le Drian aux commandes d'une Défense en grande souffrance budgétaire et organisationnelle, ou Aurélie Filippetti, qui à l'été 2012 sut contester courageusement et avec succès à sa hiérarchie l'inconscient projet de démanteler le dispositif Aillagon en faveur du mécénat.

Fractures idéologiques

Il n'y a pas de confiance sans crédibilité. Or pour chacun de ceux qui ont examiné minutieusement la pensée de Manuel Valls et eu l'opportunité de dialoguer en profondeur avec lui, la photographie de cet aréopage fait sourire. Jaune. Les lignes de fractures idéologiques sont trop marquées pour espérer accomplir le cap social-libéral qui lui est propre et qui peut dessiner une perspective solide.

L'ombre de l'immobile François Hollande, rongé par son incapacité à trancher et par sa culture du consensus, porte trop loin sur les marges de manœuvre du nouveau locataire de Matignon. Et font d'ailleurs redouter un remake de 1988, lorsque François Mitterrand nomma Michel Rocard pour mieux pulvériser sa carrière et son ambition présidentielle.  

Plus grave, alors que Bruxelles vient de s'opposer à accorder pour la troisième fois à la France un délai pour tenir ses objectifs budgétaires, cette composition gouvernementale inquiète. Bien sûr, et la métaphore plaira au Catalan supporter du Barça, les exemples ne manquent d'équipes qui, en changeant d'entraîneur, ont connu des sursauts, même furtifs. Mais la comparaison s'arrête là. La politique n'est pas le football.

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Commentaires
a écrit le 04/04/2014 à 19:17 :
Il n'est pas pris dans un piège, sauf celui de son ambition incontrôlée, car il connaît la règle du jeu: Hollande décide de tout et lui premier ministre est chargé d'appliquer. Quand on accepte d'appliquer une mauvaise politique dans une mauvaise équipe qui vous est imposé, cela reléve du suicide.
a écrit le 04/04/2014 à 18:25 :
Pertinence et lucidité dans cet édito!

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