Confiscation des CCI par les Régions : une farce ?

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Denis Lafay, directeur de la publication d'Acteurs de l'économie
Denis Lafay, directeur de la publication d'Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Le gouvernement chercherait à mettre les CCI sous la coupe des Régions. Info ou intox ?

Même Jean-Jack Queyranne, président PS de la Région Rhône-Alpes, a jugé utile, jeudi, de publier un communiqué de presse, affirmant qu'à ses yeux « le transfert de la tutelle des Chambres de commerce et d'industrie aux Régions n'était pas souhaitable. Il n'y a aucune raison de réformer aujourd'hui le régime des CCI alors que celles-ci viennent de l'être. La récente réorganisation de la carte consulaire devrait d'ailleurs leur permettre d'être plus efficaces dans l'accomplissement de leurs missions». Dont acte.

Pourquoi un nouveau séisme?

Lequel faisait suite à la déclaration, signée par Jean-Paul Mauduy (CCI Rhône-Alpes), Bernard Gaud (Medef Rhône-Alpes) et François Turcas (CGPME), manifestant leur « indignation » face à ce spectre repéré dans le projet de loi sur la décentralisation. « Nous refusons l'OPA hostile orchestrée par le gouvernement », claquait même le président de la CCI de Lyon Emmanuel Imberton. Effectivement, quelle mouche aurait donc piqué le gouvernement ? Pourquoi provoquer un nouveau séisme au sein du mouvement consulaire déjà engagé dans une profonde, délicate, cahoteuse mais nécessaire réforme déplaçant au niveau régional et devant rationaliser aux plans financier comme organisationnel une grande partie des compétences territoriales ? Pourquoi vouloir ainsi déposséder les chambres consulaires, censées représenter le monde de l'entreprise, d'une compétence et d'une légitimité alors rapatriées dans la « machine » politique régionale ?

 Farce

 Absolument aucun argument valable ne pourrait crédibiliser une telle perspective. Certes, depuis deux ans le gouvernement a habitué le cénacle patronal à des prises de position relevant de l'amateurisme, de l'inconsistance, ou de l'incompétence, mais tout de même, pas au point d'imaginer une aussi inepte réforme. Tout cela ressemble plutôt à une farce. Et d'ailleurs, la rigueur intellectuelle exige de remonter à la genèse des déclarations et à mettre en lumière les preuves sur lesquelles elles s'appuient. Or là, que découvre-t-on ? La plume des hiérarques patronaux et consulaires fait état d'une « rumeur fondée ou de bruits de couloirs insistants. Les entreprises ont trop l'habitude des « bonnes nouvelles » fiscales ou sociales pour ne pas réagir à cette dernière avanie : des informations convergentes rapportent que le gouvernement préparerait en catimini ce transfert ». Le président de la Région Rhône-Alpes lui-même glisse au milieu de sa prise de position qu'à « ma [sa] connaissance, il n'existe aucun texte et aucun avant projet de loi prévoyant la mise en place d'une telle tutelle ». Alors, tempête dans un verre d'eau ?

 Fracture de confiance

 Ledit projet de loi indique pourtant bel et bien le souhait de « confier aux régions le soin de coordonner l'action des collectivités en faveur des entreprises ». Mais souhait pour l'heure vague, nébuleux, sibyllin, en riposte auquel la violence des réactions patronales et consulaires peut être jugée disproportionnée, voire relever de motivations périphériques et d'interprétations « politiques » au moment où se négocie le Pacte de responsabilité et à quelques encablures des élections municipales. Toutefois ces réactions sont aussi le marqueur de la méfiance, même de la « fracture de confiance » viscérales et épidermiques que leurs auteurs entretiennent à l'égard du gouvernement. Et c'est là le plus grave. Seule (quasi) certitude : après une levée de boucliers aussi unitaire, le spectre sera écarté.   

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