Boris Cyrulnik : "Hier le progrès était bénéfique, aujourd'hui il est délirant"

 |   |  3218  mots
(Crédits : Emmanuel Foudrot/LT)
Progrès, capitalisme, environnement, infox, élites, t (T) erre, marche, esprit d'entreprendre... et celui qu'il traitera lui-même en ouverture, "Le bonheur, une nouvelle dictature ?" : les thèmes du forum Une époque formidable (7 octobre, Lyon), le neuropsychiatre Boris Cyrulnik les lie au "sens". Un sens qui sécrète les pires délires lorsqu'il est piétiné, qui ensemence l'accomplissement individuel, sociétal et même civilisationnel lorsqu'il escorte ou pave la réflexion et l'action. Une leçon universelle.

Passons en revue quelques grandes thématiques abordées lors du forum Une époque formidable (Lyon, le 7 octobre). Le capitalisme - d'ailleurs central lors de votre master class consacrée au bonheur - est au cœur du mécanisme de destruction de la biodiversité, du climat. Nonobstant les promesses des industriels partout sur la planète, ce capitalisme - débat avec Isabelle Delannoy et Pascal Picq - peut-il réparer ses propres exactions ? Ou ses poisons agissent-ils si puissamment sur le comportement des hommes qu'ils hypothèquent la guérison des hommes ?

Notre société est centrée sur la compétition des individus, elle fabrique du social dans la violence - une violence fondée sur la loi du plus fort et sur la consécration de la réussite individuelle, quel qu'en soit le prix humain à payer -, et à cela le capitalisme constitue le principal support. Cette conception de "fabriquer du social dans la violence" n'est pas nouvelle, comme l'ont étudié Freud, Lévi-Strauss ou Girard.

À l'époque des chasseurs cueilleurs, lorsque la végétation était abondante, ce qui faisait relation entre les hommes était une paisible coopération. Avec la glaciation, et donc la raréfaction des fruits et petits insectes, les hommes sont devenus tueurs, ont fabriqué des armes, conçu des stratégies, se sont coordonné pour obtenir le sésame - d'ailleurs devenu un symbole d'"organisation sociale" - : la viande. La violence a donc été une valeur adaptative, et ce contexte écologique aurait même favorisé l'exercice et les progrès de la parole.

Aujourd'hui, la violence est-elle toujours synonyme de "construction du social" ? Non. Elle est destruction. Nous vivons une modification écologique, le spectre d'une 6e extinction n'est pas fantasme, et cela va provoquer une nouvelle manière d'organiser la société. D'ailleurs, le temps où l'homme violent était glorifié, s'éloigne. Seule différence, notable : la glaciation s'est étirée sur une dizaine de milliers d'années, la transformation de notre climat et cette menace d'extinction se concentrent sur quelques générations.

À cela, bien sûr, l'homme capitaliste contribue de manière... capitale. Il semble tout à la fois conscient et sans réponse, ou plus exactement sans capacité de mettre en œuvre sa volonté de riposter.

"La terre ne nous appartient pas, nous appartenons à la terre". Dans cette phrase empruntée à un chef amérindien du XIXe siècle, se concentre l'enjeu du combat de Pierre Rabhi. Lui non plus ne croit pas en un capitalisme réparateur, et fonde sa foi en une "conscientisation de l'écologie", en une "insurrection des consciences", en une résurrection humaniste fécondées dans "l'amour". Mais les conditions d'"aimer" ne sont-elles pas, comme jamais, extraordinairement fragiles ?

Le système capitaliste est le plus fort, car il est fondé sur la récompense des plus forts. Il a triomphé de toutes les idéologies, de toutes les cultures, parce que cette double loi du plus fort et du sauveur, adaptée à une représentation de la survie, s'est imposée. Dans ce type de société, l'amour est une production culturelle. Pendant longtemps d'ailleurs, le mariage fabriquait du social mais n'impliquait pas l'amour. L'attachement, quant à lui, est un lien tissé du simple fait de s'entraider, il implique une solidarité, une interaction et une réciprocité affectives - je suis mal si mon épouse, mon enfant, mon ami est mal - et, contrairement à l'amour, exclut des relations sexuelles.

Pour faire écho à Pierre Rabhi, les ferments du capitalisme non seulement conditionnent l'exercice de l'amour, mais ne favorisent pas l'exercice de l'attachement. Et à propos de la terre, aujourd'hui objet d'un massacre organisé, il faut plutôt constater un détachement profond qu'un supposé - et fallacieux - attachement.

La terre et donc la Terre n'ont plus de sens. Autrefois, on mourrait pour défendre son lopin de terre, ce temps est révolu. Auparavant, les paysans savaient exploiter avec virtuosité les moindres parcelles de terre, aujourd'hui l'urbanisation et l'obsession de la ville ont jeté aux oubliettes l'attachement à la terre. Lorsque je suis venu au monde, il existait trois mégapoles dans le monde ; lorsque je le quitterai, il y en aura une vingtaine... Partout règne cette loi du plus fort, et dans son sillage se perd l'apprentissage, la culture, le respect de la terre.

Les récits font partie de l'écologie, et conditionnent la mise en œuvre de l'écologie physique et de l'écologie verbale. Or sur quoi ce concentrent les récits dispensés aux enfants ? Etre puissant, obtenir des diplômes, réussir... et cela sans aucun rapport avec la nature, les espèces vivantes, l'expérience sensorielle de la vie. À ces éléments constituant un récit écologique responsabilisant se sont substitué des repères abstraits, comptables, technologiques, financiers. Notre écologie change physiquement et verbalement.

Ce capitalisme est également au cœur des agressions éthiques que subit le progrès. Ce dernier est dépossédé de la majuscule espérée par le philosophe Etienne Klein - il en débattra avec Jean-François Delfraissy -, car ce qui "fait sens" au Progrès dépérit, notamment parce que l'accès au progrès est profondément inégalitaire et conditionné à des critères marchands. Le monde de la santé bien sûr n'y échappe pas. Une société, une démocratie, une civilisation qui en pleine conscience mettent en œuvre ce progrès à plusieurs détentes, préparent-elles leur implosion ?

Le progrès est soumis à une évolution de sa finalité, de sa vocation, de sa destination, et donc de son sens. Du néolithique jusqu'au XXe siècle, le progrès était synonyme, pour l'humanité, de "mieux se porter". La réduction des taux de mortalité - des enfants, des mères en couche, etc. - en est le symbole.

Puis surgit l'époque où le progrès se coupe de la réalité sensible, et... n'a plus de sens. Auparavant, créer le progrès pour ne plus mourir de faim ou de soif, pour se défendre contre des prédateurs, pour s'abriter des dangers, pour améliorer l'éducation et la santé, innover dans l'agriculture ou certaines industries, correspondait à une aspiration utile, à un besoin légitime, chacun donc saisissait le sens du progrès, et c'est ainsi d'ailleurs que la condition humaine s'est développée, jusqu'à la philosophie et l'art. Mais aujourd'hui...

Freud identifiait, dans les processus évolutifs, un "implicite délirant". Nous pouvons y faire référence aujourd'hui. À la parole, qui est elle-même un implicite délirant, s'est ajouté un phénomène encore plus symptomatique, généré par la technologie contemporaine. Celle-ci exerce un effet de "surlangue", c'est-à-dire qu'en étant coupée de la réalité sensible, en ne correspondant plus à ces besoins légitimes et visibles, palpables, compréhensibles de tous, elle écarte le progrès du sens qu'il est censé poursuivre. Internet, les écrans, les smartphones, les nouvelles technologies diffusent des récits sans rapport avec le réel, ce qui aggrave et accélère l'évolution vers le délire.

Ce contexte ouvre à toutes les formes de possible : de fortunes colossales construites en quelques années à la réapparition de théories totalitaires parmi les plus folles. Hier, le progrès était légitime et bénéfique, aujourd'hui il est délirant, pathologique... et logique, car il résulte d'un processus. A partir de cette logique, tout des dérives ou des méfaits du capitalisme peut être justifié. Même ceux qui font le plus déshonneur au progrès.

Dans L'éthique dans tous ses états (l'Aube, 2019), le généticien Axel Kahn établit une claire ligne de démarcation : dans le domaine de la santé, le Progrès éthique vise à réparer l'homme, le progrès non éthique travaille à augmenter l'homme. Une définition à même de tracer une ligne conductrice à l'emploi éthique des nouvelles technologies (intelligence artificielle en tête). Quelle est votre propre conception du Progrès éthique ?

Cette ligne conductrice d'Axel Kahn fait fidèlement écho à la mienne, lorsque je distingue progrès bénéfique (ou légitime) et progrès délirant. Et pour cela, prenons un exemple de progrès hier bénéfique aujourd'hui délirant : l'emploi de la pénicilline. Sa découverte a constitué une révolution dans le domaine infectieux, et notamment a permis de juguler un fléau planétaire et redoutable : la syphilis. Ce fut donc un formidable progrès bénéfique. Ce médicament était si puissant et efficace, que par la suite il fut dispensé pour n'importe quoi, dès l'apparition du moindre bobo. Au point que se sont mis à prospérer des germes résistants, et que la syphilis a resurgi. De bénéfique, ce progrès est devenu, par la faute de l'homme, délirant.

Féroce menace pour la démocratie, elle aussi corrélée à la force de frappe marchande : la prolifération des "infox" - cf. débat avec Géraldine Muhlmann, Dorie Bruyas et Thomas Huchon. Il y a celles, spectaculaires, qui ont pesé sur l'élection de Donald Trump ou le Brexit anglais, il y a celles, tout aussi délétères, qui infectent sournoisement et en profondeur les consciences individuelles, celles notamment des plus vulnérables - par leur âge, leur faible niveau de connaissance, la fragilité du contexte social et/ou familial. Fort d'outils technologiques redoutables, profitant d'une grande crise de confiance en la classe politique, les "élites" et les médias, jouant d'un déficit élevé de discernement et s'appuyant sur un cadre réglementaire défaillant, ce phénomène fait courir un immense danger. Plus que jamais, l'éducation dans et autour de l'école est convoquée. Or plus que jamais, elle n'est pas "la" priorité...

L'éducation n'a pas toujours eu pour enjeu d'améliorer le développement de l'individu. L'école en Grèce enseignait des techniques de prise de pouvoir - des gestes, une rhétorique grâce auxquels les candidats au pouvoir se reconnaissaient et pouvaient entreprendre ensemble, en "castes", à la manière des Enarques du XXIe siècle -, et non de développement personnel. Qu'est-ce qu'internet et les réseaux sociaux si ce n'est le bon et le pire, et donc une illustration complémentaire et supplémentaire de ce progrès à double facette, bénéfique et délirant ? Bénéfique car, en l'occurrence, il favorise le partage du juste savoir et soutient la démocratie, délirant car il diffuse de faux savoirs et fragilise la démocratie...

Effectivement, cette jeunesse par définition sans connaissance de méthodes comparatives ni maîtrise d'un discernement que l'on acquiert avec l'expérience, est extrêmement vulnérable face aux théories les plus fallacieuses et même intenables - notamment celles dites complotistes qui ont envahi la toile et les smartphones. Des théories auxquelles elle adhère volontiers et qu'elle colporte si puissamment qu'elles deviennent un poison civilisationnel.

Et que dire des puissants algorithmes qui désormais orientent les réseaux, les canaux d'information "là" où le destinataire se montre le plus sensible, "là" où il s'emploiera de la manière la plus virale, "là" où l'effet démultiplicateur se révélera le plus efficace ? Internet et les réseaux sociaux, où comment le progrès peut basculer du vrai bénéfice au vrai maléfice.

Cette évocation de l'école en Grèce formant les élites fait écho au débat mobilisant Pascal Perrineau et Jean Viard. La crise des gilets jaunes en fut le paroxysme, mais la défiance pour les secteurs d'activité, les métiers, ou les groupes de personnes qui leur sont communément associés en témoignent : ceux jugés faire partie des "élites" sont anathématisés. Pour autant, toute société fonctionne selon une stratification et "avec" des élites. Effacer leur existence a-t-il du sens ? Est-ce chimère démagogique et populiste ? L'enjeu n'est-il pas plutôt de réformer en profondeur la formation, la légitimation, le pouvoir des élites, et de démocratiser l'accès à l'élite ?

La "haine des élites" a fait irruption lorsque l'écriture est apparue et est entrée dans la culture. Le phénomène s'est amplifié lorsqu'ont commencé d'être publiés des récits ou des études psychologiques (biographies, romans, etc.). Pendant longtemps, ce qui était assimilé à "acquérir de la connaissance" était malvenu, méprisé. Moi-même ai connu ce phénomène : lorsque j'étais enfant, je vivais dans un quartier et un environnement social d'une grande pauvreté. Je fis savoir que je voulais étudier jusqu'au baccalauréat. Aussitôt, je perdis tous mes camarades. À leurs yeux j'étais un faible, une "famelette", même un homosexuel, à leurs yeux le seul destin des hommes était de montrer les muscles à l'usine et de donner son salaire - adolescent à ses parents, une fois marié à son épouse, ce qui constituait le ciment de leur fierté. Ce phénomène demeure au sein des familles magrébines lorsqu'elles sont encore insuffisamment intégrées.

Je me souviens d'un enfant que je suivais parce qu'il était particulièrement délinquant. Il était aussi particulièrement brillant à l'école, et j'appris plus tard qu'il fut admis au lycée Henri IV. Un jour que je me promenais près de l'établissement, il m'aperçut, me reconnut, m'interpella. Et me confia : "en cours, tout va bien, mais de ma mère je subis quotidiennement des pressions insupportables. Elle estime qu'en faisant ces études je l'ai trahie, j'ai trahi mon frère qui est en prison. Alors j'ai besoin chaque soir de déambuler pendant une à deux heures pour me détendre". Une à deux heures de trop, lorsqu'on sait ce que signifie préparer les concours aux plus grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs...

Heureusement, en une génération, ce rejet s'est retourné. La fierté, au sein des familles les plus vulnérables, résulte de la qualité des études et donc du rapprochement d'avec les élites. Ce que le père de Rachida Dati entreprenait pour que sa fille soit acceptée dans un établissement catholique lui assurant la meilleure éducation scolaire, en est un symbole.

Les élites sont donc devenues une valeur. Mais cette médaille a un revers : celui d'ostraciser ceux qui échouent ou ne comprennent pas. Et c'est particulièrement perceptible dans la différence d'expression verbale.

Votre parcours social, affectif, familial aurait pu vous prédestiner à la plèbe, vous avez sédimenté un "savoir" intellectuel et scientifique qui vous classe dans l'élite. Cette spectaculaire trajectoire a dû vous confronter à de singulières situations, riches d'enseignements...

En effet. Un jour, Je participais à une émission de télévision, et l'on me demande de réagir en direct aux propos d'un athlète, champion d'une épreuve de demi-fond particulièrement exigeante. Ce champion explique que lors des entraînements, souvent d'une dureté indicible, surgit le moment où la souffrance n'est plus subie mais dominée. J'interviens alors, et emploie un terme technique de mon lexique professionnel pour caractériser cette "bascule" : érotisation de la souffrance. Que n'avais-je pas dit...

L'athlète vit dans ce terme - dont il ne saisissait pas le sens - tout ce qu'il pouvait suggérer de "sensible" et à ses yeux de "dégradant" vis-à-vis des téléspectateurs, s'on offusqua, m'accusa de vouloir l'humilier, et m'agressa en m'assimilant à une élite méprisante. Le différentiel de vocabulaire est l'une des causes principales de la difficulté de communiquer, de se comprendre, de dialoguer, de construire ensemble, et parfois même de s'humaniser.

Pendant très longtemps, l'aristocratie fut bâtie et reconnue dans la violence et dans la force. La force du sang, la force du sacrifice, la force du pouvoir, la force d'asservir, la force de tuer. L'aristocratie contemporaine est fondée sur le diplôme. Dès lors, ceux qui, "pêle-mêle", sortent des grandes écoles, manient les nouvelles technologies avec dextérité, parlent plusieurs langues, maîtrisent des concepts savants, créent des startups, sillonnent la planète, et/ou gagnent beaucoup d'argent, sont jugés "humiliants". La population est composée d'une majorité de personnes "larguées", qui haïssent les élites parce qu'elles sont écrasées, non considérées, niées, malheureuses. Parce qu'elles sont humiliées, ou précisément parce qu'elles éprouvent le sentiment d'être humiliées.

Vous connaissez bien les trésors de la marche. Ses vertus sont physiques, psychologiques, émotionnelles, elle agit comme un antidote aux venins contemporains (matérialisme, hâte, solitude, égoïsme) ; comme l'évoque Jean-Christophe Rufin à propos de Compostelle, elle permet d'être en chemin vers soi, d'aller à l'essentiel, c'est-à-dire de découvrir son "Essentiel intime". "Marche ou crève" : ainsi conclurons-nous, avec Christine Janin, Etienne Klein et Axel Kahn, cette 4e édition d'Une époque formidable. Marcher - et symboliquement dans son sillage cultiver ces fameux trésors intellectuels, relationnels, physiques, éthiques - pour ne pas crever : voilà à quoi notre existence se résume...

Sujet là aussi fondamental. Lorsque j'étais praticien, nombre de patients me réclamaient des somnifères. Dans les années 60, l'usage - criminel - était de prescrire du Gardenal, remplacé plus tard par des anti-dépresseurs, moins toxiques. "Inscrivez-vous plutôt dans un club de marche" : combien de fois ai-je proposé cela ! Et cela fonctionnait bien souvent, car un tel effort soulage, et sécrète naturellement des substances chimiques et autres opioïdes propices à régulariser le sommeil. Personnellement je m'impose de jardiner, naviguer et me baigner l'été, de marcher l'hiver.

Là encore l'histoire récente ou contemporaine nous apporte des enseignements. Les femmes dites "au foyer" parcourent en moyenne 12 km par jour ! On devine leur épuisement au moment de s'endormir. Les hommes, qui travaillaient à l'usine ou à la ferme 10 heures par jour, n'avaient pas besoin de somnifères. Pendant la Seconde guerre mondiale, la synchronisation des rythmes - couvre-feu, interdiction de sortir, absence de télévision, déplacements à bicyclette - jugulait les insomnies. Lorsque j'exerçai à l'hôpital psychiatrique de Dignes, nous affections certains psychotiques dans des fermes : ils apprenaient les durs métiers de la terre et de l'élevage, se sentaient sécurisés, ne déliraient plus, progressaient de manière si stupéfiante qu'ils se libéraient des médicaments. J'ai fait l'expérience d'emmener sur un bateau sept personnes schizophrènes, dédiées à manœuvrer l'embarcation ; quatre d'entre elles, transformées par cette navigation, purent ensuite quitter l'hôpital.

Ces exemples offrent un double enseignement : solliciter son corps physiquement profite à la santé psychique ; l'effort physique démultiplie les bienfaits lorsqu'il est associé à un contexte d'humanisation. En cela, la marche concentre particulièrement ces spécificités. On transpire, on bavarde, on tisse des liens, et on "colle" : à la terre, au paysage, à la soif, à la faim, et au partage - d'un sandwich, d'une gourde d'eau, de quelques mots, du spectacle de la nature. Encore et toujours : un progrès bénéfique, aux antipodes du progrès délirant du monde virtuel et artificiel que fabrique notre culture.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/10/2019 à 8:32 :
Excellent article..... Merci.
a écrit le 05/10/2019 à 0:03 :
Excellent, excellent, mais les paysans sont ils tous -déjà morts ? À lire cet article on en a bien l'impression... il existe encore des gens qui mouraient pour un lopin de terre, des gens qui connaissent la valeur de la terre, qui la respecte, qui s'offusquent devant l'avancée de l'urbanisation... et ces gens là n'ont pas besoin de somnifères effectivement.
À vous lire on comprend bien l'état actuel de la société, à savoir la méconnaissance du milieu agricole par le citoyen lambda, la déconnexion à nos racines; la fracture entre producteur et consommateur s'explique.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :