"Nous sommes bien une banque régionale" (Vincent Thiéry, BNP Paribas Rhône-Alpes Auvergne)

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(Crédits : DR)
A la tête d'une région stratégique pour le réseau BNP Paribas, le tout nouveau directeur de la région, Vincent Thiéry, dévoile les ambitions, les engagements et les projets du groupe pour Rhône-Alpes Auvergne.

Quel regard portez-vous sur la région que vous dirigez ?

BNP Paribas en Rhône-Alpes Auvergne, avec une partie de la Franche-Comté, représente près de 3 000 collaborateurs, dont un peu moins de 2 000 pour le réseau commercial dont j'ai la responsabilité. Le reste de nos équipes est réparti sur nos différents métiers spécialisés (immobilier, leasing, etc.). Nous travaillons néanmoins en étroite collaboration avec eux pour répondre à l'ensemble des besoins de nos clients.

Au niveau du territoire, notre réseau de 221 agences permet un maillage complet, tout aussi présents dans les métropoles que dans les villes rurales.

D'un point de vue économique, tous les indicateurs de la région sont globalement au vert, que ce soit au niveau des résultats des entreprises, le nombre de créations, leur santé. L'ensemble est positif, malgré quelques disparités, et s'inscrit dans la durée.

Rhône-Alpes Auvergne est la première région du réseau banque de détail hors Ile-de-France de BNP Paribas. Quelle est votre feuille de route pour cette région clé ?

Dans ma feuille de route, il y a une constante : c'est de démontrer au quotidien que nous sommes bien une banque régionale. BNP Paribas n'est pas, contrairement aux idées reçues, uniquement la banque des grands comptes et des grands clients. Nous accompagnons aussi les étudiants, les TPE/PME, 2 ETI sur 3 en France ou plus de 3 000 startups !

Nous disposons des mêmes capacités de décision que nos confrères : la grande majorité des dossiers de crédit sont décidés soit dans nos territoires, soit à Lyon, au cœur de la direction régionale (un immeuble rue de Grenette, au centre-ville de Lyon, NDRL). Cette direction en est la preuve. Nous sommes au cœur de l'économie locale et régionale ; et cela représente un fort axe de développement.

Ceci dit, nous ne sommes pas une banque régionale comme les autres. Notre atout, c'est aussi d'être une banque mondiale, implantée dans 72 pays avec de nombreux métiers spécialisés. C'est un vrai plus. Par exemple, une entreprise suivie à Grenoble n'aura pas besoin de repartir à zéro dans ses pays cibles, car son pilote local, qui la connaît, va l'aider à ouvrir ses comptes là où il faut. Notre ambition, c'est de poursuivre notre engagement auprès de nos clients et de gagner des parts de marché sur l'ensemble de nos marchés (objectifs chiffrés non communiqués, NDRL). C'est un enjeu très fort, dans un monde complexe où la concurrence est forte.

Surtout, nous souhaitons inscrire ce développement dans notre stratégie d'entreprise responsable. C'est au cœur de nos préoccupations depuis plusieurs années. Il y a deux ans, le groupe BNP Paribas a nommé un directeur de l'Engagement d'entreprise au Comité Exécutif. C'est un signe très fort. Il intervient au niveau mondial. Notre Directeur Général dit souvent "On ne gagne pas dans un monde qui perd", je trouve que cette phrase illustre bien notre démarche.

Aujourd'hui, je m'attache à poursuivre ma découverte des équipes et des clients du territoire. Nous construirons plus précisément notre feuille de route ensuite.

Cette concurrence très vive, vient-elle aussi des nouvelles façons de consommer la banque ?

Nous avons lancé notre banque en ligne, Hello bank!, en 2013, qui compte plus de 448 000 clients aujourd'hui. Nous avons racheté Nickel (les comptes peuvent être ouverts dans les bureaux de tabac, avec une gestion au quotidien, NDRL) qui affiche une croissance phénoménale, rentable aujourd'hui, qui a passé le cap d'un million de clients à l'été dernier alors qu'elle n'avait pas 4 ans d'existence. Elle fait désormais partie du groupe mais a gardé son autonomie. Il est essentiel pour les ex startups de garder ce modèle d'agilité, même quand elles intègrent un grand groupe. On apprend aussi beaucoup de notre collaboration avec les Fintech.

Je vois tous ces mouvements comme des challenges. C'est le consommateur qui va décider de ce qu'il souhaite, on est là pour s'adapter à ses demandes et lui offrir la palette d'outils la plus large possible à condition d'apporter le même niveau de qualité relationnelle et de services.

La banque de demain sera-t-elle purement digitale ou purement physique ? Je crois beaucoup à cette notion de "phygital" car, s'il faut investir dans la technologie, il ne faut pas oublier l'aspect humain, essentiel dans la relation bancaire.

Le groupe a initié un grand projet de réorganisation de son réseau d'agences. Où en êtes-vous ?

Nos clients ont besoin de rapports plus directs avec nous, et nos collaborateurs aussi. Pour y répondre, nous avons simplifié notre organisation afin de rapprocher la décision du terrain, car nos clients attendent des réponses de plus en plus rapides. Je pense d'ailleurs que le pilotage d'unités à taille humaine est beaucoup plus efficace que les très grands périmètres. Ainsi, nous avons supprimé une strate managériale pour constituer des entités de travail sur des périmètres moins larges : on est passé de 80 groupes en France à 160 territoires.

Désormais, nos directeurs de territoire ont sous leurs responsabilités une quinzaine d'agences bancaires au maximum, quand nous avions des groupes de 49 agences réparties sur 4 ou 5 départements auparavant. Pour les constituer, on s'est appuyé sur des critères d'homogénéité économique et d'accessibilité : il faut faire moins de 45 minutes de route pour se rendre dans chaque agence de son territoire. Et cela fonctionne vraiment en toute transparence pour nos clients. Ils se positionnent au centre du système, via un lieu de contact, l'agence bancaire, le centre d'affaires, et nous évoluons autour de lui.

En tant que directeur de région, je vois les bénéfices de cette nouvelle organisation au quotidien : quand je me rends dans un territoire, j'arrive à rencontrer jusqu'à une quinzaine de directeurs d'agence, et ainsi être en contact avec le terrain. Je salue les équipes qui ont préparé cette réforme et la capacité d'adaptation de nos équipes terrains. Car nous avons dû changer notre façon de travailler.

Pour que cette nouvelle organisation soit efficace, nous avons considérablement accru les pouvoirs du directeur d'agence, ils doivent désormais pouvoir traiter 80 % du business quotidien. Par exemple, pour l'octroi d'un crédit immobilier, leur délégation peut maintenant aller jusqu'à 600 000 euros. En complément, nous avons lancé un très large programme de formation et de pédagogie pour permettre à nos collaborateurs d'exercer leur métier avec sérénité.

Si nous avons dû modifier des postes, nous avons là aussi fait de gros efforts de formation, pour leur permettre d'évoluer vers d'autres fonctions. Pour le reste, nous sommes dans la logique du pacte social : il n'y a eu aucun départ contraint au regard de notre pyramide des âges. Cela nous a permis de réduire nos effectifs de façon raisonnable et raisonnée.

Concrètement, comment ce traduit cet "engagement" dont vous parlez pour la région ?

On essaie de travailler avec toutes les formes d'entreprises et d'associations qui contribuent à un impact positif sur la région, la France ou le monde. Cela peut être sous le volet entrepreneurial ou dans l'économie sociale et solidaire, autant de secteurs où la notion de profit immédiat n'est plus le seul axe de décision.

On s'engage dans le monde associatif, on travaille sur l'inclusion, les jeunes, l'emploi des jeunes, l'accueil des réfugiés, toutes les formes d'entrepreneuriat : innovant, féminin et à impact positif. Et c'est valable pour l'interne : nous avons entrepris des programmes de détection des talents féminins, avec des objectifs stricts. En étant au cœur de l'économie, on ne pouvait pas avoir uniquement un objectif de profitabilité à court terme. Cette démarche d'engagement, c'est une attente de nos clients, nos fournisseurs, nos salariés - et notamment les jeunes générations qui nous rejoignent.

Au niveau mondial, le Groupe BNP Paribas a décidé de se retirer du financement d'activités très polluantes comme l'exploitation du gaz de schiste ou du pétrole issu des sables bitumineux. En région, on accompagne toutes les entreprises qui œuvrent pour lutter contre le réchauffement climatique et toutes celles qui souhaitent investir dans une démarche de transition énergétique.

Est-ce que cela implique un regard différent lorsque des dossiers sensibles arrivent sur vos bureaux ?

Les impacts RSE font clairement partie des critères qui nous amènent à fonder notre décision sur tel ou tel dossier. Bien sûr, tout n'est pas pondéré ou scoré, nous gardons encore notre âme de banquier. Mais il est évident que l'impact de l'entreprise sur son environnement et ses perspectives d'avenir doivent être pris en compte.

On s'est demandé comment on pouvait les accompagner dans cette démarche, en changeant aussi notre approche des dossiers. Comme nous avons beaucoup de clients PME et ETI qui se demandent comment démarrer, on a imaginé le dispositif Wai & Connect, une initiative qui leur permet de rencontrer des associations. Ce programme connecte les ETI et les startups, les premières vont chercher des idées, des projets et les secondes des fonds et des débouchées commerciales.

Pour le moment, nous n'avons pas d'incubateur dans la région, mais c'est un projet qui pourrait trouver son sens. Tout cela regroupe l'idée de la banque dans la ville, de banque responsable avec un impact positif en interne comme en externe.

A l'heure où se déroule l'Open Parc de Lyon, votre engagement pour le sport et la culture est-il toujours aussi fort ?

Le tennis est étroitement lié à l'histoire de BNP Paribas : nous soutenons ce sport depuis 46 ans ! Je calculais que désormais, tous les salariés qui travaillent aujourd'hui dans le groupe y sont entrés après la signature du premier partenariat ! Dès qu'il y a un peu de tennis, nous ne sommes pas loin ! Nous soutenons naturellement dans la région l'Open Parc de Lyon, mais aussi l'Engie Open Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes.

L'autre axe fort, c'est le cinéma. J'ai hâte de participer au Festival Lumière par exemple. Nous sommes également aux côtés de la Maison de la Danse et, pour la première fois, partenaires de la soirée d'ouverture de Jazz à Vienne.

Nous travaillons toujours sur cette idée de "banque dans la ville", en adaptant nos objectifs nationaux à des enjeux régionaux.

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