Jérôme Salord, PDG de SantéVet : "L’assurance santé animale est d'utilité publique"

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Jérôme Salord, PDG de SantéVet.
Jérôme Salord, PDG de SantéVet. (Crédits : Laurent Cérino/ADE)
La France compte près de 60 millions d’animaux de compagnie, soit autant que d’habitants. Néanmoins, seuls 5 % disposent d’une assurance santé, contrairement au marché anglais et du nord de l’Europe, où le taux atteint plus de 30 %. Échaudées par une expérience peu concluante, les grandes compagnies d’assurances se sont longtemps désintéressées de ce secteur, pourtant prometteur. De quoi donner l’idée à Jérôme Salord de se lancer à sa conquête en créant SantéVet, en 2003.

Acteurs de l'économie-La Tribune. 2016 est une année de changement pour SantéVet, puisque vous venez d'emménager dans de nouveaux locaux dans l'immeuble du garage Citroën, à Lyon. Par ailleurs, vous lancez une nouvelle identité de marque et une campagne de communication et avez de nouveaux projets de développement, notamment à l'international. Est-ce un nouveau cycle qui démarre ?

Jérôme Salord, PDG de SantéVet. Je parlerais davantage de la continuation de nos actions et de la récolte du fruit du travail accompli depuis notre création, il y a 13 ans. Intégrer nos bureaux dans l'ancien garage Citroën nous permet d'offrir de meilleures conditions de travail à nos salariés, dans un souci de bien-être et d'efficacité.

2016 montre également que l'effort réalisé vers l'international, en ouvrant nos services à la Belgique francophone dans un premier temps, puis à la Belgique néerlandophone, a porté ses fruits. Le test a été concluant.

Nous avons mené ces actions avec Axa qui va prochainement proposer nos produits sous notre propre marque, SantéVet. Le tout dans une logique de poursuite des efforts et d'amplification. Ceci nous donne envie d'aller plus loin. Toujours avec l'assureur, nous devrions conquérir le marché espagnol dès la fin de l'année.

Vous affichez une bonne santé économique : une croissance de 25 % par an et un chiffre d'affaires de 34 millions d'euros. Le marché de l'assurance santé animale connaît pourtant une faible croissance annuelle. De 4 % en 2012, il vient à peine de dépasser 5 %, alors que la France compte pratiquement autant d'animaux de compagnie que d'habitants. Comment l'expliquez-vous ?

Nous avons le sentiment que le marché est en croissance. D'ailleurs, nous commençons à voir de grandes enseignes, telles que BNP Paribas, Axa, Allianz ou AG2R La Mondiale, distribuer des produits dans leur réseau. Autre signe positif, la fédération des agents cynophiles (agents de sécurité possédant un chien) a rendu obligatoire l'assurance santé pour les chiens de leurs agents fédérés. Cela est significatif.

On se rend donc compte qu'aujourd'hui, ce genre de produits possède une utilité et répond à un besoin. Nous avons franchi quelques étapes, mais il est vrai que cela prend du temps. L'assurance santé animale concerne, en France, quelque 500 000 animaux assurés, soit un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros. SantéVet occupe un peu plus de 30 % de son marché.

Au Royaume-Uni, pays similaire à la France en nombre d'animaux de compagnie, 35 % de ceux-ci sont assurés. Et l'entreprise leader, Pet Plan, possède 1,2 million de clients et réalise 350 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Jerome salord

Pourquoi ce retard en France ?

Le problème repose sur trois éléments : la taille de l'entreprise, le marché et la Sécurité sociale. Cela fait 12 ans que nous sommes connus des réseaux de vétérinaires, mais le relais vers le grand public est compliqué. Nous sommes quasiment les seuls en France à proposer ce type de produits et les autres se raccrochent à nos wagons.

En faire un problème de santé publique passe par un travail d'information. L'assurance santé animale demeure encore confidentielle. C'est donc avant tout un problème de communication. Aussi, dans un avenir proche, allons-nous communiquer plus largement vers le grand public, afin de sensibiliser le plus grand nombre.

Notre stratégie de développement intègre la marque blanche. Mettre un outil à la disposition de BNP Paribas nous permet d'utiliser d'autres réseaux pour évoquer l'assurance santé animale. Peu à peu, le dispositif s'enclenche.

En outre, l'idée que se font les gens de la Sécurité sociale ne nous aide pas. Elle leur donne l'impression que la santé est gratuite. Le tiers payant et la mutuelle renforcent ce sentiment. En matière de santé, un Français est bien couvert et n'a pas le sentiment d'avoir payé un centime. Le coût de son animal de compagnie est donc, pour lui, compliqué à analyser, de même que la nécessité de l'assurer.

Au Royaume-Uni, au contraire, la santé humaine étant avant tout privée, les personnes s'assurent à titre personnel, et leur animal de compagnie suit les enfants dans le programme d'assurance.

Chat Chamourai

Selon  vous, « l'assurance santé animale est de l'ordre de l'utilité publique ». Faudrait-il la rendre obligatoire comme pour les humains ?

On pourrait le penser, mais laissons chacun libre de choisir. Ne comparons pas la santé des animaux à celle des humains. Ce n'est pas le même impact sociétal. Il faut remettre les choses à leur juste place. Cela dit, pour certains foyers dans lesquels l'animal de compagnie est central, c'est la catastrophe s'il tombe malade. Certains font même passer les animaux avant eux.

Il y a donc une forme d'utilité publique dans ce cas-là. Mais le coût de la santé animale n'est pas la même que celle des humains. Une journée d'hospitalisation pour un homme est de l'ordre de 2 000 euros ; pour un animal, elle s'élève à 100 euros. Notre devoir d'assureur est donc de développer chez le propriétaire d'un animal le sens de la responsabilité et de la prévention. Il doit faire en sorte de le maintenir en bonne santé.

Peut-on imaginer une carte vitale pour animaux de compagnie ?

On pourrait. Ce n'est, au final, qu'un problème matériel. Mais restons conscients d'une chose : une fois de plus, la carte vitale désensibilise face au prix. Tout propriétaire doit rester responsable et conscient du coût de son animal. « Ce qui ne coûte rien ne vaut rien », entend-on à juste titre. Nous n'avons ainsi jamais été favorables au tiers payant.

Afin d'apporter un second souffle à ce marché qui pourrait peser davantage, l'État peut-il être moteur ?

Économiquement parlant, le marché de l'assurance santé animale a-t-il un sens au niveau de l'État ? Je n'en suis pas sûr, et j'ajoute que ce n'est pas son rôle. Que l'on existe ou pas n'a pas de conséquences irrémédiables sur la vie des gens. Restons à notre place.

Jérôme Salord

Le marché est beaucoup plus important en Europe du Nord et au Royaume-Uni. Pour quelles raisons, les grandes compagnies d'assurances ne sont pas lancées avant en France ?

Elles l'ont fait... il y a 25 ans ! Mais ce sont des produits qui, très rapidement, se sont retrouvés déficitaires. Les assureurs l'ont réalisé tardivement et ont décidé de tout arrêter. Vous savez, en France, nous sommes un peu au-dessus des autres, nos idées sont meilleures et on ne copie pas.

Nous avons, de notre côté, senti le potentiel du marché. Nous sommes arrivés en 2003 dans un marché moribond, où les vétérinaires avaient été quelque peu refroidis. Au bon moment, car il n'y avait plus de concurrence, mais dans une situation très compliquée. C'était à nous que revenait le défi de convaincre à nouveau les vétérinaires et montrer patte blanche.

Quelles sont les origines de la création de SantéVet ? Qu'est-ce qui fait qu'on se lance dans l'assurance santé animale ?

Pour l'anecdote, j'ai rencontré une difficulté financière liée à la prise en charge d'un animal. Je possédais un chien qui a été renversé par une voiture. Cela m'a coûté 1 900 euros en frais vétérinaires. Cela a fait office de déclencheur.

Plus sérieusement, dans la société pour laquelle je travaillais, j'ai pu me rendre compte de la réalité du marché anglais et des produits proposés. Avec mon tempérament de chef d'entreprise, et après une étude de marché, j'ai donc sauté le pas et lancé SantéVet. Je me suis entouré de personnes compétentes, j'ai levé 1,6 million d'euros et rebâti les produits d'assurance.

Après 13 années, ce sont désormais les grandes compagnies d'assurances, certaines échaudées par l'expérience dans ce domaine, qui viennent vous voir...

Les compagnies ne sont plus des distributeurs. Les métiers se sont scindés. Elles laissent faire à d'autres. Au départ, nous avions cinq ans pour prouver qu'elles allaient arrêter de perdre de l'argent. Nous devions faire nos preuves.

Progressivement, nous avons réussi à trouver les bons ajustements. En 2007, nous avons totalement revu notre tarification, plus pertinente, et instantanément, nous avons gagné de l'argent - elles aussi -, en notoriété, en image de marque. À partir du moment où l'on a un portefeuille bénéficiaire, qui va refuser de travailler avec nous ?

Mais ont-elles compris les enjeux de ce secteur ?

C'est encore timide. Cela viendra, car la croissance chez elles n'est pas si grande que cela.

Jérôme SAlord

Face à ce constat, quelles sont les ambitions de SantéVet ?

Hormis au Royaume-Uni, où l'on réfléchit plutôt à un partenariat ou à un rachat, nous voulons nous installer en Europe. Nous avons les moyens de devenir leader. Nous avons commencé avec la Belgique, mais il y a encore de nombreux marchés à pénétrer, en s'associant avec des grandes compagnies. Et d'ici cinq à huit ans, notre objectif est d'atteindre 100 millions d'euros de chiffre d'affaires et d'employer 200 personnes.

De quelle manière comptez-vous les atteindre ?

Dans 18 mois, nous atteindrons la fin d'un cycle. Nous sommes donc en train d'essayer d'imaginer la suite qui nous permettra d'atteindre nos objectifs de croissance. Cela peut se traduire par une entrée en Bourse.

Nous avons un profil de société correspondant aux attentes d'un marché boursier avec une certitude de croissance, de prévisionnel et de résultats. Nous étudions aussi l'émission d'obligations, l'arrivée d'un fonds qui abonderait en compte courant pour nous permettre de la croissance externe et des investissements en communication . À nous de trouver le bon partenaire.

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Commentaires
a écrit le 19/12/2017 à 14:50 :
monsieur vous dite que votre experience vous a permis de créer santé vet trouver vous normal quand souscrivant 32e par mois le prix d'une mutuelle pour nous mon chien tombe dans l'escalier se luxe la rotule et quon vous dit son refuser les luxations il faut quon dise a notre chien tombe pas comme sa car je paye tout les mois et sa cest pas pris en charge je trouve sa intolérable la mutuelle exclu toutes les tragédies les plus répéter comment voulez vous etre satisfait devoir payer 739e plus le retrait de la broche et visite 1100e presque et non pris en charge scandaleux les gens croivent etre tranquille avec cela mais au final des quil doivent rembourser cest le bordel des documents en plus etc et nous pour payer on fait pas de chichi et on se fait avoir alors votre discours au dessus nest pas daider les gens car la preuve pour moi!!!!!!!!!
a écrit le 11/03/2016 à 13:53 :
LUTTE NATIONALE ET EUROPEENNE CONTRE L'HIPPOPHAGIE.
NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !
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