V. Delplanque : "L'écosystème Lyon French Tech est riche, mais personne n'y comprend rien ! "

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Virginie Delplanque, nouvelle déléguée générale de Lyon French Tech.
Virginie Delplanque, nouvelle déléguée générale de Lyon French Tech. (Crédits : PICABEL)
La nouvelle déléguée générale de Lyon French Tech a dévoilé à Acteurs de l'économie sa vision et ses objectifs pour le numérique lyonnais. Virginie Delplanque plaide, notamment, pour un choc de simplification et de visibilité dans l'offre des structures d'accompagnement. Elle milite aussi pour la mise en place, pour les étudiants, d'un certificat universitaire assurant l'apprentissage des bases juridiques et techniques du digital.

Acteurs de l'économie - La Tribune : votre parcours professionnel est davantage porté sur la communication et l'événementiel. Vous sentez-vous légitime pour occuper ce poste de déléguée générale de Lyon French Tech, dans un domaine - le numérique - qui est assez technique ?

Virginie Delplanque : Les notions techniques, j'ai pu les acquérir lors de mon cursus universitaire. J'ai réalisé un master recherche en Sciences de l'information et de la communication. Les cours dispensés à Paris XIII et à Grenoble étaient très techniques. Par ailleurs, la trajectoire de mon mari (Xavier Delplanque a travaillé pendant plusieurs années à la Silicon Valley avant de développer le centre de recherche d'Evernote à Lyon, Ndrl), m'a permis de rester au contact de ces évolutions. Même si c'est la première fois que je travaille concrètement dans les "technos", j'ai toujours eu un pied dedans.

Par ailleurs, même si j'évolue au contact des startups qui peuvent avoir une activité très technique, mon rôle est avant tout d'être un "facilitateur", de faire un travail de veille et de mises en réseau entre les différents protagonistes.

Ainsi, mon rôle suppose beaucoup de communication et de relations publiques afin de véhiculer l'information, la clarifier, et, in fine, la distiller aux bonnes personnes.

Vous êtes désignée à ce poste stratégique seulement un an après votre arrivée à Lyon. Qu'apporte votre éclairage extérieur ?

D'abord, c'était une volonté du comité de pilotage de Lyon French Tech d'avoir une personne maîtrisant parfaitement l'anglais. Ensuite, choisir une personne extérieure répondait à une volonté de ne pas mettre en avant une structure plus qu'une autre.

La sélection d'une personne "neutre" répond à la nécessité d'avoir une vision parfaitement objective.

Ainsi, quels sont les points forts que vous avez identifiés ?

Je trouve qu'il y a déjà une très bonne effervescence au sein de l'écosystème. Elle se caractérise, notamment, par de nombreux événements dédiés au numérique. Les bases sont présentes pour monter en puissance.

Et les points faibles de l'écosystème lyonnais ?

L'écosystème est très riche, mais personne n'y comprend rien. J'ai identifié deux problèmes. Le premier réside dans la visibilité des acteurs et de leur offre. D'un point de vue marketing, il faut rendre plus lisible le rôle de certaines structures afin de les intégrer davantage.

Mais outre cette publicité, il faut également s'assurer que ces différents pôles se positionnent sur un secteur précis. Pour cela, l'idée est de proposer aux structures qu'elles assurent une description précise de leurs activités par rapport aux autres. Cela doit déboucher sur une clarification de l'écosystème et d'en montrer la complémentarité. C'est essentiel afin d'orienter rapidement les porteurs de projets vers les bons interlocuteurs dans le but d'accélérer leur processus de développement.

Par exemple, BoostInLyon se présente à la fois comme un espace de coworking et comme un accélérateur. Certes, il peut y avoir des complémentarités dans ces deux activités.

Mais il est fondamental, quel que soit l'accélérateur ou l'incubateur, d'identifier son audience. Il n'est pas possible d'être un accélérateur multi-domaine, car les mentors ont des spécificités et des domaines d'expertises précis.

Lyon French Tech

La délégation Lyon French Tech avec Virginie Delplanque au centre, en déplacement à Shenzhen, en Chine, fin juin 2015. (Crédit photos MH)

Quelle est la feuille de route de Lyon French Tech ?

Le 16 juin, le deuxième conseil d'administration de l'association a permis d'établir les chantiers prioritaires. Six axes ont été identifiés :

  • La Halle Girard (le lieu totem de Lyon French Tech, ndrl) : ce projet est porté par la Métropole avec une volonté de faire un vrai lieu d'animation afin d'assurer la cohésion de Lyon French Tech. Plusieurs structures se sont déjà positionnées, comme l'Atelier des médias et la Cuisine du web. Cette dernière aura une part importante dans l'expression de ce lieu totem.
  •  L'éducation : il s'agit de recenser et de lister toutes les formations académiques lyonnaises qui existent dans le digital. Le but est ensuite de peser sur la création de filières manquantes. Nous souhaitons également créer un certificat fédérateur et propre à Lyon. Celui-ci serait même transversal à des disciplines qui ne sont pas initialement "digitales". Ainsi, ce certificat imposerait aux étudiants, qui évoluent dans des filières qui pourraient être en lien avec la création numérique (économie, marketing, droit), d'obtenir ce document afin qu'ils certifient leurs connaissances minimums dans le code, le développement d'un projet digital, le droit lié au monde du numérique (protection des données, monétisation de celles-ci, etc).
  • L'accompagnement : nous souhaitons réfléchir avec l'ensemble des structures  d'accompagnement déjà en place (Fablab, accélérateur, incubateur, etc.), à une structuration plus précise, afin d'avoir une vue d'ensemble de qui fait quoi et à quel moment dans la business chains. Le but est d'identifier les manques puis de les combler.
  •  Le relationnel institutionnel et territorial.  Nous devons mettre en place un interlocuteur unique qui soit spécialisé dans ces relations afin de favoriser les échanges entre les différents acteurs. La Caisse des Dépôts pourrait jouer ce rôle d'intermédiaire.
  • Attractivité du territoire lyonnais : celui-ci sera essentiellement piloté par l'Aderly. Ce programme vise à renforcer les atouts lyonnais, à structurer et identifier précisément nos domaines d'excellence, avec la nécessité d'attirer des étudiants étrangers à haut potentiel. Le but est ensuite de les maintenir à Lyon grâce à une chaîne d'accompagnement très large et efficace.

virginie delplanque

La problématique du financement est au cœur des difficultés des startups. Quelles sont vos pistes de travail sur cette question ?

Il faut qu'on arrive à attirer des investisseurs capables de mettre la main à la poche pour des levées importantes, de six millions d'euros et plus. Cela passe par une légitimité du territoire dans la compétition mondiale du numérique. Cette légitimité s'acquiert en prouvant notre excellence dans ce domaine.

Ce gage de qualité peut passer par des entreprises lyonnaises au développement fulgurant. Mais aussi par des sociétés internationales qui s'implantent à Lyon, à l'image d'Evernote.

Ce deuxième axe de réflexion permet d'attirer et de mettre en valeur le potentiel lyonnais en termes de R&D. Les entreprises étrangères peuvent trouver leurs avantages. Les salaires sont d'une part plus bas. De plus, à la Silicon Valley, le marché est en tension. Les entreprises perdent leurs ingénieurs, car il y a une surenchère permanente. En France, et à Lyon, il y a cette faculté à conserver cette masse salariale, et à capitaliser et construire dessus.

A Lyon, le Premier Ministre a déclaré, en mai, "aimer les entreprises de la French Tech". Les moyens étatiques délivrés dans le cadre French Tech, une enveloppe de 200 millions d'euros, sont-ils suffisants ?

Dans le domaine de la communication, j'estime que oui. La marque French Tech a mobilisé les troupes. Mais l'Etat n'est pas tout et ne peut pas tout. Les investisseurs, les grands groupes qui génèrent des bénéfices doivent davantage investir dans les startups, ce qui peut également constituer, pour eux, une perspective d'avenir.

L'idée est d'avoir une continuité entre ces acteurs, de construire une chaîne qui se répond. Cette relation entre grandes entreprises et startups doit encore être largement améliorée. Les banques doivent également prendre leurs responsabilités. J'espère que la campagne French Tech a réveillé les consciences chez ces acteurs.

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