Carvest : "Nous doublerons nos investissements d'ici 3 ans"

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Raphaël Appert, Emmanuel Vey et Hans de Breda.
Raphaël Appert, Emmanuel Vey et Hans de Breda. (Crédits : DR)
Déjà présent dans une centaine d'entreprises dont GL events, Cerise et Potiron ou encore Selectour, Crédit agricole régions investissement*, branche capital investissement du Crédit agricole Centre-Est, annonce vouloir accélérer ses investissements en doublant le nombre de ses participations. Le banquier entend rester au niveau malgré un contexte économique moribond. Raphaël Appert, directeur général du Crédit agricole Centre-Est, Emmanuel Vey, son directeur adjoint et Hans de Breda, directeur général de Carvest apportent leur éclairage.

Acteurs de l'économie : En 2004, Crédit agricole Centre-Est créait Carvest, sa branche de capital investissement. Dix ans plus tard, quel bilan tirez-vous de votre activité ?

Raphaël Appert : Le Crédit agricole est engagé dans le capital développement avec plus de 2,5 milliards d'euros de capitaux injectés auprès des entreprises dont 885 millions le sont par les caisses régionales. Mais en 2004, nous avons décidé de créer cette structure pour permettre à notre caisse régionale de Centre-Est et à celles qui nous environnent d'avoir un accès direct aux entreprises afin de leur prêter nos fonds propres. A l'époque, le capital développement n'était pas assez connu et développé en France. Des grands acteurs étaient présents, mais l'offre était réservée à des initiés ou à des grandes entreprises mais finalement peu diffusée dans des entreprises de taille moyenne ou petite. C'est ce qui a justifié la création de Carvest. En dix ans, nous aurons donc accompagné 100 entreprises et engagé plus de 100 millions d'euros auprès d'elles. Ce qui, sur une année, représente en moyenne entre 15 et 20 millions d'euros investis. Un montant que nous espérons doubler dans les trois années à venir.

Hans de Breda : Avec cette dynamique de groupe, nous pouvons injecter jusqu'à cinq millions d'euros par opération, toujours en position minoritaire. En moyenne, le ticket est d'un million d'euros. Mais l'objectif, ce n'est pas le nombre de milliards que l'on met sur la table, mais plutôt le nombre d'opérations que l'on aide à vivre, à se développer, à grandir à l'international, le tout dans une logique de proximité avec les territoires.

A cette époque, le marché n'était pas le même, l'environnement économique non plus...

Emmanuel Vey : Il y a dix ans, nombreux acteurs avaient quitté le territoire de la PME et la capacité à investir 500 000 euros dans une entreprise. Il manquait cette dimension d'investissement au capital d'une entreprise. Il y a dix ans, Crédit agricole Centre-Est injectait dix millions avec effet de levier auprès des autres caisses régionales puis, progressivement, nous en avons ajouté un peu plus à chaque fois lorsque les capitaux étaient consommés, observant que le modèle était relativement robuste.

La création de Carvest remonte à 2004, soit quatre années avant que ne  survienne la crise économique. Cet événement dont les conséquences se font toujours ressentir a-t-il eu une incidence sur votre activité ? Carvest a-t-il dû revoir sa position et s'adapter ?

RA : Suite à la crise financière, le grand changement a été le regard du chef d'entreprise vis-à-vis du crédit. Le "trop de dette" est devenu dangereux. Il a pris véritablement conscience de l'importance de limiter la dette et de mieux équilibrer le mode de financement de son entreprise, en particulier, en apportant une vraie attention à consolider son capital. Le capital est ainsi la vraie arme anti-crise. Donc la crise a été très pédagogique sur ce point. Les chefs d'entreprise sont devenus plus demandeurs. De notre côté, cet événement nous a amené à compléter nos offres, à rendre encore plus disponibles nos fonds propres et à être davantage à l'écoute.

EV : La crise impulse deux choses : plus il y a de volatilité, plus vous devez assurer vos risques et donc vous sécuriser. Le fond propre est donc un formidable matelas. Puis, nous assistons à une nouvelle ère avec une génération de chefs d'entreprise qui communiquent, habitués des réseaux. Ils ont besoin d'échanger plus régulièrement.

HdB : Dès notre création, nous savions que des crises viendraient émailler l'activité. C'est pour cela que nous nous inscrivons dans le long terme en investissant dans des entreprises malgré les aléas. L'idée n'étant pas de rendre ces fonds avec des plus-values à des souscripteurs. Puisque tout ce que nous gagnons, nous le réinjectons. Et grâce à cet accompagnement, nous constatons que notre taux de défaillance est faible.

crédit agricole

De quelle manière le capital investissement s'est-il développé ces dernières années dans un monde confronté aux bouleversements économiques, aux réformes politiques, aux nouvelles générations d'entrepreneurs et au tout digital ?

RA : Le métier de capital investissement est en passe d'être démystifié puisque nous observons davantage de demandes. Néanmoins, il est encore loin d'avoir atteint son paroxysme. Nous, professionnel du capital investissement, nous devons encore mieux le faire connaitre car les idées reçues sont encore légion : c'est une erreur ainsi de penser que le capital investissement est une affaire des États-Unis. En France, l'offre est très présente notamment en région lyonnaise.

HdB : Annuellement, le capital investissement représente 1 500 opérations réalisées, tous secteurs confondus. Si l'on écarte les très grandes opérations et le secteur du numérique plus spécifique, on peut ramener ce nombre à 1 000 opérations annuelles, avec un montant investi dans les PME en 2013 de l'ordre de 5,3 milliards d'euros dont 657 millions juste pour la région Rhône-Alpes. Ce marché national, 300 acteurs se le partagent et l'offre est donc très dense, ce qui oblige à investir dans tous les domaines, en particulier la santé, le logement et l'agroalimentaire. Encore faut-il trouver les bons projets, des projets de croissance et qui rapportent. C'est toute la difficulté. Aujourd'hui, nous n'en avons pas assez. Le capital investissement est un outil de financement, malheureusement encore peu connu des professionnels alors que l'argent est là et disponible.

Aujourd'hui, une entreprise a le choix pour se financer entre les réseaux de business angels, la Bourse, les aides de l'État... Face à cette multiplicité des outils, quel est l'avenir du capital investissement ?

RA : Les entreprises ont besoin de moyens financiers et de fonds propres pour se sécuriser et se développer. A l'avenir, si l'on souhaite aller chercher encore plus de croissance avec elles, nous devrons donc encore mieux travailler à leur côté. La relation que l'on entretient avec les entrepreneurs dans une activité de capital développement est ainsi très différente : elle est plus intime. Nous allons donc continuer d'évoluer tout en restant dans une logique de coopération et en travaillant avec d'autres apporteurs de capitaux puisque nous sommes rarement seuls dans nos opérations sauf pour les très petites. C'est la raison pour laquelle nous avons développé des accords importants dans la région avec Siparex, Sofimac ou encore Rhône-Alpes Création.

HdB : Le marché du capital investissement est perturbé par deux éléments qui nous demandent de nous adapter. D'abord, nous sommes dans une période ou le rendement est moins fort, les investisseurs du capital investissement devront donc s'y habituer. Puis, des nouveaux acteurs voient le jour et viennent troubler les cartes. Des acteurs que l'on appelle des fonds de dette et qui prennent un peu moins de risque, mais qui font gonfler les prix et font redouter une nouvelle bulle. Nous devons alors être tous un peu moins gourmands. La rentabilité est certes nécessaire pour pérenniser l'activité mais ne doit pas se faire au détriment des entreprises.

La fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes interviendra en 2016. Remet-elle en cause votre activité puisque sur chacun de ces deux territoires, le Crédit agricole possède un fonds d'investissement différent (Crédit agricole Centre France développement et Carvest) ?

HdB : La région Rhône-Alpes constitue, avec Lyon, une base de lancement pour  rayonner sur plusieurs territoires, de l'Auvergne à la Franche-Comté jusqu'au sud de la France. Il s'agit de l'une des régions les plus dynamiques de l'Hexagone qui représente jusqu'à 20 % du marché du capital investissement français. Donc si nous arrivons à accrocher des régions plus faibles économiquement avec d'autres, plus fortes, des complémentarités sont à envisager. Mais pour l'heure, cette réforme territoriale n'aura pas d'impact réel sur notre activité. Si cela devait être le cas, les caisses régionales devront fusionner, mais ce n'est pas au programme dans l'immédiat.

Carvest investit dans des PME régionales déjà performantes. Cela étant, nombreuses sont les startups entre autres qui critiquent le manque d'accès au financement. Dans une précédente interview, Gautier Cassagnau, co-fondateur de Geolid regrettait qu'en France, il y ait un manque d'investisseurs lorsque l'entrepreneur est en phase de création. Un problème culturel, fiscal et juridique, disait-il. Qu'en pensez-vous ?

EV : Sur la place de Lyon, cela fait 17 ans que nous possédons une société dédiée à la création d'entreprises : Crédit agricole création, qui permet le développement de ces jeunes pousses avec effet de levier. Cela représente aujourd'hui cinq millions d'euros engagés, et une trentaine d'entreprises accompagnées. Un montant que nous avons l'intention de doubler en accompagnant 70 entreprises dans les deux prochaines années. Mais il est vrai que sur l'activité de capital-risque, nous sommes très peu à faire cela en région lyonnaise. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que des industriels ont monté leur propre fond.

Outre ce doublement des fonds et des entreprises accompagnées, de quelle manière cette activité du Crédit agricole Centre-Est va-t-elle se renforcer ?

RA : Lorsque l'on est sur les besoins de création, les capitaux d'accélération sont beaucoup plus faibles avec des montants individuels plus petits, mais plus risqués. Plus risqués dans la théorie, car lorsque l'on accompagne vraiment une entreprise, le nombre de défaillances reste faible. Néanmoins, nous avons besoin de compléter cette offre auprès des jeunes entreprises par d'autres services. Par quels moyens ? Nous commençons à travailler avec des incubateurs d'entreprises ou d'université comme celui de l'Isara. De leur incubateur sortent des projets validés que nous accompagnons. Une démarche que nous proposerons à d'autres grandes écoles.

crédit agricole

Le Crédit agricole a ouvert, à Paris à la fin de l'année 2014, un Village de l'innovation. Une pépinière destinée à accueillir une centaine de jeunes entreprises. Un concept bientôt dupliqué à Lyon ?

RA : Avant de faire quoi que ce soit à Lyon, nous avons souhaité ouvrir un Village de l'innovation à Bourg-en-Bresse. La première initiative prise en région après Paris. Le choix naturel aurait été la capitale régionale de Rhône-Alpes, mais nous avons souhaité prendre le contre-pied. Depuis trois mois, quatre y sont installées. Et douze autres caisses régionales ont commencé à faire la même chose. Objectivement, nous réfléchissons à notre stratégie à Lyon, pas tant d'un point de vue du logement, car nous avons la capacité de proposer des mettre carrés, mais davantage dans la manière dont nous pouvons apporter aux startups une offre utile, et toujours des fonds propres. Notre première étape est donc déjà de faire le lien avec des incubateurs pour faire utile et rapidement avant que l'on offre un site de référence à Lyon. En ouvrant des villages un peu partout en France, nous créons ainsi des connexions possibles entre les entreprises. Qu'une jeune entreprise lyonnaise puisse être en contact avec le marché bordelais via un village de l'innovation est essentiel et ouvre des opportunités. Le maillage du territoire est la clé de cette démarche.

*Carvest intervient en Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Rhône-Alpes, Bourgogne et Centre.

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