Sylvie Goulard : "Il faut sortir du principe d'unanimité"

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©Stéphane Audras/Rea
©Stéphane Audras/Rea (Crédits : Stéphane Audras/Rea)
Sylvie Goulard est tête de liste UDI-Modem pour la circonscription du Grand Sud-Est pour les élections européennes du 25 mai 2014. Gouvernance, intégration, fiscalité, compétitivité, elle répond aux questions d'Acteurs de l'économie.

 Acteurs de l'économie : L'Europe est-elle naïve dans son approche de la concurrence mondiale?

Sylvie Goulard : Il est abusif de dire que l'Europe est naïve. Les allocataires de la PAC ont par exemple, bénéficié de la préférence communautaire. Mais il y a des secteurs que l'on peut améliorer. Il y a des pratiques commerciales déloyales. Mais nous avons les instruments pour cela. Le tout est de les utiliser. Il faut se donner les moyens d'appliquer les règles.

Je vous donne un exemple, l'Union douanière est une des rares compétences des 28. Ce sont des douanes nationales qui contrôlent dans chaque pays les entrées de marchandises. A Naples ou à Rotterdam, on ne travaille pas de la même façon. J'attends de l'UE une stratégie avec moins de mesures de protections, plus de contrôles et un véritable corps de douaniers européens. Moi, je suis surtout inquiète de la montée en puissance d'économistes qui revendiquent plus de protectionnisme.

 Certains avancent l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses ?

L'Europe à plusieurs vitesses existe déjà avec la zone euro. Les traités prévoient la possibilité pour les Etats membres d'avancer sur des questions communes, à condition d'être au moins neuf. Ce débat sur un noyau dur et les thèses archaïques de Laurent Wauquiez, c'est un faux débat.

Nous avons les outils adéquats pour adapter les institutions. Nous, nous souhaitons un gouvernement politique de l'euro. On a fait l'élargissement pour de bonnes raisons. Le problème c'est quand on refuse ensuite d'avancer. On ne gouvernerait pas une commune ou un pays à l'unanimité. Avec le principe de l'unanimité que vous soyez 28 ou 6 ça se bloquera. Il faut des lieux et des procédures où l'on aplani les divergences pour avancer.

La raison de la désaffection des citoyens pour l'Europe, c'est la différence entre ce qu'on a prétendu faire et la réalité. Par exemple, sur la diplomatie, on a créé un poste, confié la mission à Catherine Ashton mais avec quels moyens? Il y a une illusion à tout vouloir imputer à l'Europe. Mais je suis persuadée qu'on peut sortir de ce marasme.

Peut-on envisager une fiscalité européenne ?

Si on veut faire une Europe fiscale, il faut déjà sortir du principe de l'unanimité. Je pense que l'UE s'honorerait aussi à respecter le marché intérieur. Prenons l'impôt sur les sociétés, il faut la même assiette pour tous et une fourchette de taux dans laquelle chaque état peut s'inscrire. Dans ce domaine il faut proposer des choses qui puissent convenir à nos partenaires.

On peut imaginer d'autres impôts d'une autre nature pour financer un budget européen. On peut aller vers un verdissement des taxes. Prenons l'éco taxe, on voit bien la difficulté de la mettre en place dans notre seul pays. Les transports et les échanges de marchandises, c'est le marché interne européen. Il faut mettre dans le panier d'une fiscalité commune ce qui concerne le grand marché européen, y compris la fiscalité de l'épargne.

La taxe sur les transactions financières va-t-elle dans le bon sens ?

Je suis réservée. Je ne suis pas contre le principe, mais je crois qu'on est parti sur une fausse piste. Il manque des pays de la zone euro. De la part des Etats on a observé une schizophrénie, avec des déclarations dans un sens et des réalités dans l'autre. Au final, on a exclu les produits dérivés, la dette et on se retrouve avec quelque chose de mal taillé, qui aura, je pense, des conséquences sur les entreprises. Ce n'est pas un bon résultat. On encourage une évasion des capitaux vers Londres ou Singapour.

Etes-vous favorable à l'instauration d'un SMIC européen ?

C'est une mauvaise idée. Non pas qu'il ne faille pas un revenu décent pour tous. Mais que veut dire SMIC européen ? Le SMIC dépend aussi des conditions de chaque pays, des conditions du coût du logement… Ce n'est pas un SMIC décidé à Bruxelles qui permettra de faire avancer les choses. Mais on peut voir à ce que chaque État travaille vers un revenu décent pour les citoyens.

Quelle est votre vision des relations entre l'Europe et la Méditerranée ?

J'étais septique sur l'Union de la Méditerranée imaginée par Nicolas Sarkozy. C'était parti de travers. Imaginez, on pensait établir un grand partenariat, une grande Union avec des dictateurs comme Kadhafi. Cela revenait à faire l'Europe avec Hitler ou Mussolini. Ensuite il y a eu les Printemps arabes. La zone est aujourd'hui instable, mais avec des points sur lesquels il faut s'appuyer. Je pense notamment à la Tunisie, où l'on peut commencer avec des projets concrets : éducation, agriculture, etc.

Mais le problème de la Méditerranée se règlera, quand on arrêtera de penser qu'il s'agit d'un problème de pays riverain. C'est une question globale qui doit intéresser la Pologne ou la Finlande et pas seulement les pays riverains de la Méditerranée.

Une remise à plat des accords de Schengen est-elle souhaitable ?

Là on est dans le délire. La Roumanie ou la Bulgarie sont hors de Schengen. Schengen c'est quand même ce qui permet à des milliers de frontaliers français d'aller bosser tous les jours en Allemagne, en Belgique, où ailleurs. Ce qui nous permet de couper les files dans les aéroports. On a oublié comment on voyageait avant Schengen. Après, ponctuellement, il y a la possibilité d'examiner des assouplissements. S'il y a des abus ou des afflux de personnes, c'est prévu par les traités.

Derrière se pose la question des migrants...

Il y a un besoin de politique commune par l'UE, sur des questions avec une vraie police aux frontières européennes, et non des nations. Il faut une approche beaucoup plus globale. On ne peut pas abolir les frontières internes et en rester là.

Quelle est l'influence des eurodéputés français aujourd'hui quand on voit qu'ils sont nombreux à ne pas siéger ?

Le FN a beau jeu de dire que rien ne se fait à Bruxelles, que l'Europe ne sert à rien, mais ils ne font rien eux-mêmes…Quand vous avez un vrai réseau européen vous pouvez peser au Parlement. Il y a des partis qui se servent de l'UE et qui foulent l'UE. Ils n'ont aucun scrupule et c'est pour ça que nous avons ce débat farfelu en France.

Ce qui me fascine c'est que la plupart des partis, pour ce scrutin, font des propositions, pour une Europe dont nos partenaires ne veulent pas.

La vérité c'est qu'une grande partie des difficultés de la France vient de la France. On a ici une tendance au bouc émissaire. Je veux bien qu'on parle du bilan de l'euro fort mais la plupart des positions vendues en France ne sont pas imputable à Bruxelles. L'appareil productif français est plombé et ce n'est pas la faute de l'UE. Des pays comme l'Italie ou les Pays-Bas sont des exportateurs excédentaires. Les conditions du marché sont les mêmes avec un euro fort et ils exportent, alors qu'en France nous perdons des parts de marché.

 

 

 

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a écrit le 27/05/2014 à 9:58 :
Eurogaga qui veut imposer encore plus de dictature Europeenne.Sachez que les deux pays qui se sont le plus opposes a des legislations EU sont UK et Germany.Tous les pays se sont opposes a des legislations de temps en temps ces 5 dernieres annees.TOUS SAUF UN, la France.
Nos deputes ne nous defendent pas et acceptent tout, ils ne sont que de simple sous-fifres de Berlin.
a écrit le 24/05/2014 à 21:59 :
Le centre a gouverne depuis 50 ans d'une maniere ou d'une autre il a participe aux gouvernement Giscard, Mitterand ,Chirac ,Sarkozy , en europe et en france il est responsable de la catastrophe .
a écrit le 24/05/2014 à 19:49 :
Un attentat... La veille des élections ... bien entendu une pure coïncidence...Ils ne reculent décidément devant rien à l'oligarchie, comme on l'a vu en Ukraine, en Libye ou en Syrie ! Et les moutons béééélent !
a écrit le 24/05/2014 à 18:34 :
Il faut sortir du principe de l'unanimité, notamment en réforme/alignement de la fiscalité au sein e l'U.E des 9, OK on fait comment ?
a écrit le 24/05/2014 à 17:38 :
L'unanimité tout comme la majorité voulu par d autres pour s appliquer à un pays , ne sont pas démocratiques .Un ex ; quand on est trois si deux sont d accord pour que le troisième soit leur esclave sont ils démocrates.
a écrit le 24/05/2014 à 14:21 :
Une dérive dictatoriale pour ne pas dire autrement. La démarche du coup de poing sur la table, s'il en reste une, puis assez rapidement dans la gueule, qui est coutumière de la pensée progressiste socialisante suivie avec intérêt forcément par les prédateurs financiers de tout poil. Bien entendu ils désapprouvent mais financent quand même comme d'habitude. C'est pour cela que cet attelage bien connu forme un global-parti et que la dérive générale en est un libéralisme forcené. On pense aux "grands" de la seconde guerre mondiale qui eux aussi voulaient faire du social autoritairement. Une dérive que nous éviterons en éliminant ces fous. le scrutin des décisions ne doit pas être simplement majoritaire, il doit l'être largement à 60 ou 70% des votants. Il n'y a pas de "modernes" qui sans devoir d'expliquer auraient tout compris et seraient chargés (par qui ?) dans une démarche mystico-idéologique de l'imposer. Ce qui s'énonce clairement se comprend aisément dit le dicton. Rien ne presse à commettre des erreurs.
a écrit le 24/05/2014 à 11:28 :
Il y a de très bonnes choses dans le programme UDI MODEM, les propos de Sylvie Goulard sont honnêtes et assez justes sur la réalité. Cà change des arguties populistes souvent erronées du FN. Les débats dans les régions qui ont souvent permis de rentrer dans les détails et situations propres à chaque région l'ont démontré. Les centristes auront d'ailleurs un assez bon poids en Europe.
Réponse de le 24/05/2014 à 12:26 :
Avant je votais Modem et j'étais un européiste forcené ... Depuis 2008 et la main mise des banksters et des oints du seigneur sur nos ex démocraties, je me réveille avec un arrière goût de pi... dans la bouche !
a écrit le 24/05/2014 à 11:21 :
L'Europe de Shengen est effectivement plus efficace que la Grande Bretagne qui n'est pas dans Shengen, même si évidemment Frontex est très insuffisant et qu'il y a de nets progrès à faire. Donc les arguties du Fn sont encore une fois erronées face aux réalités et même si Shengen et l'aspect le moins abouti de l'Europe.
Réponse de le 24/05/2014 à 12:28 :
Le seul retour de Leonarda sous passeport croate suffit à démolir le mensonge du troll UE bientôt au chômage ...
a écrit le 24/05/2014 à 10:06 :
Trop forte, la bonne sœur, capable de dire la phrase "On a fait l'élargissement pour de bonnes raisons" . Ah, oui, ben faut dire les bonnes raisons des lobbyistes .
Elle se plaint du principe de l'unanimité , ben faut sortir des traités , donc sortir de l'Europe.
Elle veut des contrôles douaniers sans protectionnisme.....euh....ce sera pour contrôler quoi ?
Elle a tellement de consensus (dessous) dans ses propos que son discours devient illogique.
Réponse de le 24/05/2014 à 10:36 :
Les VRAI extrémistes (Ces idéologues qui n'ont pas compris que l'on fait de la politique avec des RÉALITÉS), de part leur discours illogique se dévoilent effectivement tout seul...
Réponse de le 24/05/2014 à 11:17 :
Tu les mets où tes frontières et avec quel argent ? tout autour de tous les 28 pays ? C'est une idée loufoque des le Pen çà. C'est irréalisable. Rien qu'à Tourcoing tu as plus de 15 grandes rues en accès direct à la Belgique. En Alsace, Espagne etc tu as plus d'une dizaine de nationalités de camions différentes qui passent chaque jour. Tu les bloque pour les contrôler chacun ? et avec quel argent et moyens ? Ouvre les yeux on te ment pour prendre le pouvoir, tu vas te faire berner.
Réponse de le 24/05/2014 à 15:56 :
Dommage pour vous, mais je ne vote pas extrémiste et surtout pas FN .
a écrit le 24/05/2014 à 8:22 :
Une vraie synthèse : bonne sœur donneuse de leçons et moralisatrice de la sainte technocratie, une "ointe du seigneur" comme dit Charles Gave !
Réponse de le 24/05/2014 à 11:19 :
Charles Gave qui se trompe quasiment tout le temps dans ses analyses, quel modèle ! Pourquoi pas Delarmarche tant que vous y êtes.
Réponse de le 24/05/2014 à 13:00 :
Ben voyons ! Et 15 prix Nobel, des gens aussi différents que Friedman et Kissinger, Todd ou Melenchon, Sapir etc. se trompent tous en disant qu'une monnaie d'essence technocratique dans une zone non optimale, c'est à dire sans aucune convergence fiscale, sociale, sans aucun transfert de budget etc. est voué à l'échec total ? Vous pouvez raconter vos jolies histoires, le malheur des peuples grecs, espagnols, portugais, irlandais etc. est là pour nous rappeler CONCRÈTEMENT l'ineptie de la religion européiste !
Réponse de le 24/05/2014 à 20:36 :
C'est bien pourquoi il faut aller au delà de l'UE actuelle, essentiellement marchande et monétaire, et faire une union fiscale, budgétaire et sociale.
a écrit le 23/05/2014 à 21:15 :
Le parlement a un peu de pouvoir dans le cadre des 28 aucun dans le cadre des pays de la zone euro qui eux dépendent de l'eurogroupe. pour ce qui des parlementaires JAMAIS un rapport aux électeurs; L'Europe était un espoir pour les citoyens espoir déçu par les pieds nickelés des partis politiques qui siègent dans cette mascarade de vision européenne cette dame est comme les autres politiciens du blabla avant puis un silence pendant la législature. Pour que les citoyens aient encore un espoir il faudra que la nomenklatura des élus viennent rendre des comptes et non se gaver sur le dos du contribuable le parlement un bon placement pour des questions alimentaires des élus pas pour une vision de l'Europe forte.

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