Les États-Unis seront-ils à l’origine de la prochaine crise financière ?

 |   |  515  mots
(Crédits : DR)
La prochaine crise peut-elle aussi venir des États-Unis ? C'est à craindre, avec les effets des flux de capitaux entre les États-Unis et le Reste du Monde estime Patrick Artus, chef économiste de Natixis et membre du Comité Exécutif. Il intervient aux Journées de l'économie, dont La Tribune est partenaire, qui se déroulent les 6, 7 et 8 novembre à Lyon.

On peut considérer que les États-Unis ont été à l'origine de la crise de 2000-2001, qui part de l'explosion de la bulle sur les actions des Nouvelles Technologies aux États-Unis et de la crise de 2008-2009, qui part de l'explosion de la bulle sur les prix de l'immobilier et la titrisation des crédits immobiliers, toujours aux États-Unis. La prochaine crise peut-elle aussi venir des États-Unis ? Nous le craignons avec les effets des flux de capitaux entre les États-Unis et le Reste du Monde.

Aujourd'hui, les flux de capitaux se dirigent vers les États-Unis, et il s'agit à la fois de capitaux à court terme, de capitaux en actions et en obligations. Ils sont attirés par les taux d'intérêt plus élevés aux États-Unis, et par la très forte hausse des cours boursiers liée à la réforme fiscale qui a dopé les profits des entreprises en baissant fortement les impôts des entreprises.

La première source de crise est alors liée à l'effet de cette attraction des capitaux vers les États-Unis qui se fait essentiellement au détriment des pays émergents. Les sorties de capitaux que subissent alors les pays émergents, en particulier de ceux ayant des déficits extérieurs, y conduisent à la dépréciation du taux de change, à la hausse de l'inflation et des taux d'intérêt, et au recul de la croissance.

Il faut alors se demander si cette crise des émergents peut se transformer en une crise globale

Dans une perspective de plus long terme, l'impossibilité pour les pays émergents de recevoir des flux de capitaux réguliers et stables interdit qu'ils financent leurs investissements par l'endettement extérieur, et diminue donc fortement leur croissance de long terme.

Si les flux de capitaux allant des pays émergents vers les États-Unis peuvent déclencher une crise financière partant des pays émergents, en sens inverse, l'arrêt des flux de capitaux allant vers les États-Unis déclencherait aussi une crise grave. Les États-Unis ont depuis longtemps un déficit extérieur structurel et ont accumulé une dette extérieure forte. Ils ont donc besoin d'attirer des capitaux depuis le Reste du Monde, ce qui est facilité par le rôle de monnaie de réserve du dollar.

La politique budgétaire expansionniste menée aujourd'hui au voisinage du plein emploi va dégrader encore plus le commerce extérieur des États-Unis. Tout recul du rôle du dollar comme monnaie de réserve, dû à une dette extérieure des États-Unis excessive, aux politiques (protectionnisme, sanctions) agressives des États-Unis, rendrait impossible le financement des déficits « jumeaux » des États-Unis (budgétaire et extérieur), imposerait aux États-Unis de faire disparaître ces déficits, d'où une récession très sévère.

Les flux de capitaux vis-à-vis des États-Unis sont donc, dans les deux sens, une source de crise : quand ils rentrent aux États-Unis, ils enlèvent aux pays émergents des financements qui leur sont nécessaires ; s'ils sortent des États-Unis, ils y provoqueront une crise de financement des déficits et une récession.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/11/2018 à 19:37 :
Moi qui pensait que l'économie était devenu une science... si la variation d'une donnée (sens des flux) ne modifie pas un résultat (crise), c'est par définition que cette donnée n'est pas signifiante dans l'équation... pourquoi faire un article là-dessus, voire même nous en parler?
Nous savons tous qu'au vu des endettements actuels, un éternuement pourrait déclencher une perte de confiance gelant les flux financiers et paralysant toutes nos économies.
Nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour empêcher les thésaurisations sans fin (et s'en servir pour se désendetter) et pour favoriser la détaxation des seuls investissements productifs (maximisant la création de valeur de tout le système), du coup le "réajustement" de plus en plus inévitable qui va suivre aura une ampleur considérable (et chaque minute qui passe empire la situation)...
J'espère seulement que quelques membres de l'espèce humaine survivront à ce "réajustement".
PS: EM m'a profondément déçu sur ce point là... il a conservé toute notre rhétorique mais n'a rien fait pour libérer le travail et la recherche comme il était censé le faire.
a écrit le 06/11/2018 à 17:48 :
" Si les flux de capitaux allant des pays émergents vers les États-Unis peuvent déclencher une crise financière partant des pays émergents, en sens inverse, l'arrêt des flux de capitaux allant vers les États-Unis déclencherait aussi une crise grave." : difficilement compréhensible puisque il s'agit plutôt d'un ralentissement des investisseurs américains vers les pays émergents (appréciation du dollar, hausse des taux). Les émergents sont confrontés aussi à la hausse du pétrole, ce qui rend plus difficile leur développement.
Si crise financière il y a, le dollar-roi en sera l'origine. Les EU exportent en bonne partie leur dette (107 % du PIB), Chine et Japon, premiers détenteurs, se débarrassent progressivement des bons trésor américains, préférant l'or, comme les russes.
Plus surprenant la France fait l'inverse : en avril 2017 elle détenait 66,9 Md de $ d'obligs US, aujourd'hui elle en détient 118 . Bon courage si il y a crise ...
a écrit le 06/11/2018 à 14:52 :
La crise sera répercuté sur l'euro qui est une création US qui doit disparaître!
a écrit le 06/11/2018 à 12:47 :
La dette intérieure va exploser.
La balance commerciale ne va pas s'arranger
Pour pourvoir exporter plus, les entreprises américaines vont devoir rogner leurs marges avec des restructurations accompagnées de licenciements.
Les investissements entrants plongent.
Donc le PIB va plonger, ne plus progresser assez vite pour compenser le choix d'une population qui croit toujours très rapidement for American First.
Résultat : moins de $$$ / tête.
Et boum badaboum !
Réponse de le 06/11/2018 à 14:20 :
Protectionnisme aux Etats-Unis.
Optimisme pour les France-PME-ETI exportatrices.
Je fonce, tu fonces, il fonce, nous fonçons !
Allez hop, c'est parti !
Merci Trump
a écrit le 06/11/2018 à 12:06 :
C'est dangereux de prendre les USA pour un casino, Donald.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :