Innovation et formation : un duo à réinventer ?

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(Crédits : DR)
Terreau de compétitivité, l'innovation trouve notamment ses racines dans la formation. Si les cursus en sciences "dures" sont souvent plébiscités, quid, dans nos processus d'innovation, dans nos formations aux autres matières, des sciences dites "molles" ? Par Gilles Sabart, docteur en droit public, directeur régional Sud-Est Alixio.

Dans ses buts, la question de la formation divise. Certains considèrent qu'elle doit être orientée de manière directe et entière vers un emploi identifié. D'autres soutiennent que former permet de donner des cartes pour s'adapter aux enjeux des emplois présents ou futurs. La vérité est certainement entre les deux.

Fertilisation croisée

Il faut toutefois envisager la question de la formation et de son apport à l'innovation sous deux aspects. Dans nos pays occidentaux, d'abord, l'innovation est l'outil qui nous permet de faire la différence dans un contexte de mondialisation. Elle est surtout fondée sur les sciences de l'ingénieur et nos écoles sont parmi les meilleures mondiales.

En effet, quand on parle d'innovation, on pense très souvent à l'innovation par l'apport des sciences dites "dures" : chimie, physique, mathématiques, génie civil, mécanique, informatique, etc. Le second aspect de l'innovation serait le modèle Silicon Valley, cette alchimie entre écoles, startups et territoires organisés en filières comme le sont les pôles de compétitivité français. En effet, l'innovation a besoin, pour fonctionner, de fertilisation croisée avec toutes les ressources du territoire.

Apple démontre l'importance des sciences "molles"

De ces deux aspects, la question de fond qui se pose est la suivante : quid, dans nos processus d'innovation, dans nos formations aux autres matières, des sciences dites "molle" (droit, psychologie, anthropologie, sociologie, sciences politiques). Les enjeux sont pourtant énormes.

En amont, elles sont le moteur qui permet d'agréger les initiatives, de les mobiliser, de faire travailler ensemble des profils différents. En aval, elles procurent de l'efficacité : peut-on aujourd'hui affirmer que l'on ne tient pas compte des impacts d'une usine chimique et de ses effets sur l'acceptabilité de la population ? Peut-on dire aujourd'hui que le sentiment d'insécurité a disparu dans nombre de domaines ? Cette perception doit-elle demeurer dans un champ de l'irrationnel ? N'existe-t-il pas des outils pour la combattre ? Peut-on dire aujourd'hui que la surinformation liée à Internet ne change pas nos modes de consommation ?

Former participe à la culture d'innovation

Le modèle Apple n'est pas technologique - il n'a pas de supériorité sur ses concurrents -, il est psychologique : procurer un bien dont le service est d'interfacer la technologie avec la psychologie du consommateur, de lui rendre la technologie plus facile et utile. Il est même anthropologique : procurer un bien qui permette au consommateur d'atteindre ses différents univers, de les nourrir dans sa vie mobile. Il est en outre sociologique : permettre de constituer des modes de fonctionnement de groupe. Il est enfin juridique : le droit à l'image, à sa vie privée, se pose fortement.

En bref, former participe à la création d'une culture de l'innovation, constitue une capacité à donner aux entreprises, aux institutions, des outils de progrès économiques ou sociaux, mais à condition qu'innovation et formation soient en mode ouvert sur leur environnement extérieur et qu'elles organisent la relation entre sciences dures et dites "molles". N'est-ce pas le meilleur moyen de se procurer un avantage concurrentiel ?

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Commentaires
a écrit le 06/02/2016 à 11:14 :
Analyse très ouverte et intéressante, qui permettrait d'ouvrir plusieurs débats : à la fois sur la formation et ses objectifs et, sur l'innovation et la façon d'être abordée par trop d'entreprises françaises, cad par le bout de l'invention plutôt que par l'utilisateur et par le bout du produit plutôt que par l'usage... merci pour cette analyse !
a écrit le 02/02/2016 à 9:40 :
"Cette perception doit-elle demeurer dans un champ de l'irrationnel ?"

Tendancieux votre article à la limite du discours sectaire même, je ne pense pas que, j'en suis même certain, la solution pour lutter contre la crise de la consommation soit de trouver des idées afin d'imposer aux gens une philosophie matérialiste, vous pourrez faire tout ce que vous voulez si le consommateur a 500 euros à dépenser par mois vous pourrez lui dire que c'est un dieu, qu'il est formidable s'il utilise tel phénomène consumériste, il ne pourra pas dépenser 50 euros de plus et ira donc à l'essentiel, nous devons d'abord manger, dormir sous un toit, nous soigner, il y a des priorités que la manipulation mentale ne pourra jamais changer.

La formation est un sujet un peu plus sérieux et nombre de salariés y sont favorables cependant quand ils y arrivent on leur dit que la formation dont ils ont envie n'existe pas, ou bien est trop compliquée à mettre en place ou bien pas adaptée à sa formation actuelle (et là on se demande bien à quoi peuvent servir ces formations du coup...).

D'un autre côté on a les patrons qui sont aussi pour la formation mais impérative, une formation du salarié afin de l'adapter à ses besoins à lui donc deux points de vue diamétralement opposés qui font que la formation bénéficie de milliards d'euros de réserve sans que celle-ci au final ne soit exploitée alors que tous y sont favorables. La communication entre salariés et patronnant n'existant plus car hommes d'affaires et politiciens partent du principe que c'est le patron qui a forcément raison, nous nous retrouvons dans une situation de statu quo et on peut se demander où vont les milliards attribués chaque année à la formation.
a écrit le 22/01/2016 à 11:41 :
Oui, mais le véritable savoir faire d'Apple est de s'appuyer sur les sciences humaines pour élaborer une chaine de "coopérations consensuelles" dans laquelle les réseaux socio-techniques sont à l’œuvre et aboutissent in fine à des performances économiques et sociétales.
a écrit le 22/01/2016 à 8:54 :
Très juste analyse
a écrit le 22/01/2016 à 8:33 :
La fertilisation croisée fait partie de l'action que mène l'ARDI (Agence Régionale du Développement et de l'Innovation) en Rhône Alpes avec l'aide de la Région pour déployer le Plan PME qui a comme Objectif d'accompagner et de former les entreprises avec près de 6000 participations depuis2011

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