Politiques publiques : trompe-l'œil et court-termisme

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(Crédits : Medef Rhône)
Il faut bien l'admettre, l'État français n'est vraiment pas doué en matière de prévisions de ses recettes publiques et de ses dépenses ! Par Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes.

L'écart de recettes publiques par rapport au budget initial s'est élevé à quelque 10 milliards d'euros en 2014, creusant ainsi le déficit public à deux fois son niveau d'avant-crise et interrompant de fait la tendance à la baisse constatée depuis plusieurs années.

Malheureusement, ce n'est pas mieux du côté des dépenses. Certes, elles se sont stabilisées, preuve pour certains que, malgré une boule de cristal défaillante, de réels efforts sont réalisés pour améliorer structurellement nos comptes publics. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux.

Circulez il n'y a rien à voir

Comme l'avait souligné la Cour des comptes, cette stabilisation des dépenses s'explique davantage par des annulations de crédits en cours d'année et des reports de charges sur 2015, liés notamment à un faible niveau d'inflation et à des taux d'intérêt très bas. Circulez, il n'y a rien à voir : aucune économie structurelle significative.

Pis, lorsque l'on regarde encore un peu plus dans le détail, certains postes de dépenses augmentent de nouveau, en particulier celles de fonctionnement, à l'instar de la masse salariale des agents publics et de la contribution pour leurs pensions.

Au point que les dépenses de fonctionnement, de personnel et de la charge de la dette de l'État représentent désormais à elles seules les trois quarts du budget général. L'investissement, lui, est réduit à portion congrue, avec seulement 3,7 % du budget, en retrait d'un point par rapport à 2013. Vraiment pas glorieux.

Myopie publique

Derrière ces quelques chiffres se cache une réalité bien inquiétante. Au-delà des tours de passe-passe de Bercy, dont nous avons l'habitude, ce sont l'attractivité de notre territoire, notre capacité de rebond et donc nos emplois de demain qui sont en danger, victimes de la vision court-termiste de nos pouvoirs publics qui, ironie de l'histoire, exhortent en même temps les entreprises à investir davantage et donc à penser long terme.

Car ne nous y trompons pas : les deux facteurs clés qui détermineront la croissance à venir sont la capacité compétitive de notre économie et l'évolution de l'investissement, privé et public, et ce principalement dans nos territoires, en opposition au traditionnel autocentrisme parisien.

Ne pas laisser passer le train

Les conséquences de cette myopie publique se font déjà sentir. Si, à titre d'exemple, la qualité des infrastructures et des réseaux constitue jusqu'à présent l'un des points forts de notre pays, cet atout se déprécie inexorablement.

Il suffit de voir, en Rhône-Alpes, les difficultés auxquelles nous devons faire face pour renforcer les capacités de transport de gaz naturel dans le sud-est du pays ou bien encore les récentes tergiversations irresponsables autour de la construction du Lyon-Turin, des investissements pourtant indispensables pour assurer le développement économique et la création d'emplois dans notre région. Attention à ne pas laisser passer le train !

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Commentaires
a écrit le 02/07/2015 à 18:19 :
Dans un proche immédiat, le rétablissement d'une liaison routière fiable toutes saisons (RD 1091, par le col du Lautaret) entre l'Italie et la France est une priorité plus pressante qu'un TGV Lyon Turin et ses tunnels à rallonge. Du reste, qu'elle est dorénavant l'utilité sociale de cet investissement aussi poudre aux yeux que les manips' de Bercy?

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