L'Europe du management de transition : rêve ou réalité ?

 |   |  868  mots
(Crédits : DR)
La France est encore à la traîne sur le marché européen du management de transition (MdT). Le secteur est particulièrement varié dans l'Union Européenne avec des niveaux d'informations très variables selon les pays. Par Jacques Burtin* est l'auteur du guide du management de transition 2015

Le marché européen du management de transition (MdT) est très éclectique, tant sur les volumes que sur les périmètres d'intervention. La culture, le droit social, le tissu industriel et la performance économique ont une influence directe sur le dynamisme du secteur. Les tentatives des cabinets français depuis 5 ans pour acquérir une dimension européenne sont laborieuses.

Des données très parcellaires

Le niveau d'information est très variable d'un pays à l'autre. La Belgique donne des informations chiffrées très précises, permettant d'avoir une bonne vision de son marché du MdT. À l'inverse, aux Pays-Bas la notion de transition est très spécifique (l'appellation regroupe les indépendants, toutes fonctions confondues). De plus la communication est aussi défaillante qu'en France.

Le FEACO (Fédération Européenne des Associations de Conseils en Organisation), dont le SYNTEC en France est adhérent, a mesuré le poids de chaque pays européen dans le conseil en management, qui englobe le MdT. L'Allemagne et le Royaume-Uni, avec respectivement 33 % et 22 %, sont les plus gros utilisateurs. Suivent l'Espagne et la France (12 % et 10 %), puis l'ensemble des autres pays pour une part inférieure à 5 %. La fédération européenne mesure également le poids du conseil en management par rapport au PIB national. Toujours les mêmes en tête (DE, UK), avec respectivement 1,15 % et 1,14 %, et loin derrière NL, FR et BE (0,55 % - 0,43 % - 0,35 %).

L'Allemagne et le Royaume-Uni font la course en tête

Le MdT représente une faible part du conseil en management. En France il pèse 3 %, comme dans la plupart des pays cités. Voici un panorama des principaux pays européens en matière de management de transition.

L'Allemagne et le Royaume-Uni font la course en tête, avec respectivement 1400 et 1200 M€ de volume annuel. Ces pays jouent la carte de la transparence en publiant, via différents organismes, des statistiques détaillées. Il n'existe pas de représentation unique, mais les informations diffusées sont concordantes et objectives. La progression du marché allemand a été fulgurante, passant de 400 M€ en 2004 à plus du triple aujourd'hui. Le dynamisme économique, notamment dans l'industrie, explique en grande partie ces résultats.

Le Royaume-Uni est le marché le plus mature et le plus structuré d'Europe, avec 500 cabinets pure players enregistrés. La culture sociale et le dynamisme des activités tertiaires sont très porteurs, depuis plus de 20 ans.

Aucune donnée de marché officielle en France

Les Pays-Bas se situent probablement en 3e position, mais il n'existe aucune donnée fiable sur le volume annuel en équivalence métier des autres pays. En effet, on constate un amalgame entre les managers de transition et les salariés indépendants, ces derniers étant très représentés, mais pas toujours assimilables au MdT. Les chiffres diffusés par la FEACO tendent à positionner les Pays-Bas entre la France et l'Allemagne, soit un volume annuel de 200 à 300 M€.

En 4e position la France, pour laquelle il n'existe aucune donnée de marché officielle. Plusieurs facteurs expliquent cette lacune : la relative jeunesse du marché (1 cabinet en 1990, 16 en 2000, 55 en 2015) ; la volonté des intervenants historiques de vivre cachés (la moitié des cabinets ne publient pas leurs comptes) ; et enfin l'absence d'instances représentatives dignes de ce nom. Une extrapolation à partir des comptes publics fait ressortir un CA annuel de 160 M€, dont à peine 100 M€ pour les cabinets.

La Belgique exemple à suivre

Enfin la Belgique, qui est le seul pays européen à disposer d'une véritable instance représentative (70 membres). Le volume annuel de 76 M€, hors indépendants, est conséquent pour ce pays. La fédération gère également les autres prestations RH, ce qui lui permet d'anticiper les interactions entre les différentes branches. Une certification LRQA a été mise en place et adoptée par presque 20 % des adhérents. En termes d'organisation et de représentation du marché, la Belgique est très clairement un exemple à suivre.
Les volumes des autres pays européens sont marginaux. Il existe quelques embryons d'instances représentatives, des velléités isolées de développement, mais ces marchés n'ont pas encore déclaré d'intérêt significatif pour des prestations en MdT.
Présence européenne pour les cabinets français
Il existe quelques regroupements internationaux de cabinets, dont le dernier, annoncé en 2014 : WIL Group, cofondé par le cabinet X-PM. Executive Interim Management France (EIM) fait également partie des très rares cabinets français à opérer régulièrement au niveau international.

Un enjeu finalement secondaire

Le développement international reste un pari d'anticipation, qui mise sur un développement mondial du MdT sur le modèle des grands cabinets d'audit internationaux. D'autres pistes franco-françaises sont étudiées en parallèle par les cabinets dynamiques : les regroupements de cabinets multi-secteurs, ou le déploiement d'antennes en régions. Objectivement, le développement international parait très secondaire par rapport aux priorités françaises, qui restent toujours les mêmes : créer une instance représentative, définir un statut du manager, et structurer un marché dont la nébulosité est devenue bloquante.

*Jacques Burtin est l'auteur du guide du management de transition 2015, IM éditions, mai 2015.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :