L'hirondelle monétaire fera-t-elle le printemps ?

Par Acteurs de l'économie  |   |  349  mots
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Les marchés financiers reprennent vie en Europe, largement arrosés au quantitative easing de la Banque centrale et enrichis aux engrais que constituent la baisse du prix du pétrole et celle de l'euro. Cette floraison précoce était attendue, tant l'environnement devenait favorable depuis le début de l'année, et certains voient déjà le millésime 2015 comme le meilleur de la décennie. Par Guillaume Alberto, directeur commercial banque privée chez CIC - Lyonnaise de Banque.

Les investisseurs ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. La recherche de rendement passe inévitablement par le terrain des actions, celui des taux étant devenu totalement aride et inhospitalier. Qui se risquerait sur dix ans pour un modeste 0,5 % d'intérêt ? Le rendement, même faible, et le risque sont maintenant indissociables et représentent les deux facettes d'une même problématique.

Nietzsche a finalement bien résumé la situation : « Le secret pour récolter la plus grande fécondité et la plus grande jouissance de l'existence consiste à vivre dangereusement. » Ainsi, les investisseurs scrutent l'horizon, guettent avec angoisse l'arrivée de cumulonimbus et écoutent quasi religieusement les sermons des banquiers centraux pour déjouer tout retournement de tendance.

Ne pas s'emballer trop vite

Pour l'instant, tout se passe pour le mieux. Les entreprises européennes revoient à la hausse leurs résultats et une belle moisson de dividendes se profile à l'horizon. Néanmoins, il ne faut peut-être pas s'emballer trop vite. Si cette politique monétaire « non conventionnelle » a porté ses fruits aux États-Unis ou au Royaume-Uni avec un retour rapide à la croissance, c'est aussi parce que le terrain était favorable : réformes fiscales, libéralisation de l'économie, etc.

Si la zone euro ne se réforme pas plus vite et plus profondément, cette création monétaire se déversera inévitablement dans le gouffre insondable des déficits ou viendra réveiller, ici ou là, quelques bulles spéculatives encore endormies. De même, les risques politiques et institutionnels existent, comme l'ont démontré les dernières élections en Grèce. L'euroscepticisme gagne du terrain un peu partout, en France, en Espagne, au Royaume-Uni, etc.

Les résultats économiques tardent à venir et les réponses politiques sont souvent inadaptées. À cet égard, les prochaines échéances électorales au sein de l'Union européenne seront cruciales. L'euphorie pourrait donc vite retomber et le retour de manivelle serait alors violent sur l'ensemble des marchés. Tout reste donc à faire et l'Europe contemple toujours le grand livre du temps, avec le vertige de ses pages blanches.