Montessori aujourd’hui, quels adultes demain ?

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Vers une génération Montessori en 2050 ?
Vers une génération Montessori en 2050 ? (Crédits : Emilie Spertino)
En 2017, les écoles publiques ont perdu 30 000 élèves au profit d'autres modèles, dont les écoles Montessori. Centrée sur la volonté naturelle des enfants et sur leur besoin de comprendre le monde par l’expérimentation, la méthode Montessori, pourtant vieille de plus d’un siècle, semble pouvoir, enfin, s'imposer. Simple mode ou tendance lourde au point d'influencer la société de demain ? Enquête. Cet article s'inscrit dans le cadre du second forum Génération 2050, organisé par la Tribune avec Acteurs de l'économie, qui se déroule le 3 décembre 2018 à l'Opéra de Lyon.

Mardi matin, à l'École Montessori de Villeurbanne, on a échappé de peu au drame. Envieux des carottes de son petit camarade, un élève a violemment poussé ce dernier. On s'attendait à une crise de larmes. Pourtant, tout est rapidement rentré dans l'ordre. L'éducatrice est juste intervenue pour rappeler les petits gourmands au respect mutuel. C'est tout le principe de la pédagogie Montessori. Les éducateurs - qui refusent l'appellation de "professeur" - se veulent de simples guides de la volonté de l'enfant.

"Respect mutuel et coopération"

Face à la crise du système traditionnel, beaucoup de familles se laissent séduire par les écoles alternatives. Isabelle Curé, l'une des mères de famille à l'origine de la création du collège Montessori de Lyon, conserve une grande rancœur contre l'Éducation nationale. Elle estime que le système n'était pas adapté à sa fille, précoce et dyslexique.

"On casse les enfants dans les écoles publiques. La méthode Montessori constitue un palliatif aux problèmes sociétaux en général," avance Isabelle Curé.

Les adultes éduqués à Montessori seraient plus enclins à l'empathie et à la bienveillance envers autrui.

"Ces notions de respect mutuel et de coopération permettent une meilleure adaptabilité dans une société qui change beaucoup", abonde Diane Vandaele, coordinatrice de l'Association Montessori de France.

Mais cette pédagogie vieille de plus de cent ans sera-t-elle toujours adaptée pour former la société de 2050 ?

"La pédagogie Montessori est universelle. Elle était déjà novatrice il y a cent cinquante ans, elle sera toujours adaptée aux besoins des enfants dans cinquante ans. D'ailleurs, ces enfants pourraient devenir des contributeurs de la paix humaine parce qu'ils auront appris à suivre leur volonté naturelle", estime Manuel Pénin, directeur du collège Montessori de Lyon.

L'éducation Montessori vise également à créer des adultes autonomes et créatifs, soucieux de protéger l'environnement. Dans le collège lyonnais, les adolescents prennent soin d'un potager : "ils cultivent les fruits et légumes qu'ils utilisent pour leur propre consommation, mais vendront le surplus au marché," poursuit le directeur.

Résultats pédagogiques encore limités

L'individualisation permise par les écoles alternatives pose cependant la question du vivre ensemble.

"On manque encore de recul sur ce que ces principes peuvent donner sur le long terme. Je remarque que les enfants Montessori sont plus ouverts et plus heureux durant leurs années d'apprentissage. L'entrée dans le monde professionnel peut être douloureuse, car ils arrivent avec des valeurs et références que ne partagent pas toujours leurs collègues", explique Sandra Ripamonti, neuropsychologue spécialisée sur les troubles de l'apprentissage chez les enfants.

Pour Françoise Carraud, sociologue spécialiste des questions d'éducation, "l'un des gros problèmes de la pédagogie Montessori concerne la socialisation : c'est un modèle très individuel. Les élèves sont censés apprendre seuls et à leur rythme, en faisant les ateliers qu'ils ont choisis et les activités collectives sont exclues".

Cette tendance à l'individualisation pourrait conduire à une plus grande fragmentation de la société.

Tous Montessori en 2050 ?

Difficile enfin de savoir si la réussite des enfants Montessori est due à la pédagogie mise en œuvre ou aux conditions exceptionnelles dans lesquelles elle s'épanouit.

"La réussite peut dépendre de "l'effet maître", mais aussi du nombre d'élèves ou encore du capital social des familles. Il n'est pas dit que les valeurs d'entraide et d'autonomie ne puissent être développées dans le système classique" analyse Françoise Carraud.

De plus, la pédagogie Montessori requiert des conditions matérielles spéciales (groupes réduits, beaucoup de matériel) dont ne disposent pas la majorité des établissements. Sans compter la dimension élitiste induite par le coût de la scolarité : 4 500 euros en moyenne par an et par enfant. "On sent que c'est un réel choix de budget familial", concède Marie Borrel, éducatrice à l'école Montessori de Villeurbanne.

"Le boom de ces écoles alternatives s'explique aussi par une volonté nouvelle : nos sociétés se sont lancées dans une véritable course au bien-être, au bonheur, ce qu'on retrouve dans ces écoles", estime Sandra Ripamonti.

Manque de recul

Pour le moment, l'efficacité de la méthode n'a pu être prouvée sur le long terme et sur un groupe d'enfants suffisamment représentatif. Seules quelques expériences isolées ont été menées comme celle de Céline Alvarez, chercheuse en sciences du langage, qui décide, en 2011, d'appliquer les principes Montessori dans une classe de maternelle à Gennevilliers.

Les résultats s'avèrent satisfaisants, mais l'enseignante a bénéficié de financements importants ainsi que d'une assistante agréée Montessori, ce qui peut biaiser le résultat selon certains experts.

"Il n'existe à ce jour aucune étude comparant deux groupes témoins pour déterminer l'efficacité réelle de cette méthode," conclut Françoise Carraud.

Seules 300 écoles officielles Montessori sont répertoriées en France, ce qui relativise l'impact qu'elles auront sur les générations de 2050. Si Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, s'est affirmé favorable aux principes Montessori dans son ouvrage, L'école de demain, le système éducatif français traditionnel ne semble pas encore calibré pour "produire" une génération entière capable de changer la donne.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2018 à 13:27 :
bonjour
pédagogie montessori = individualisme complètement FAUX c'est exactement le contraire. Si les présentations sont majoritairement individuelles chez les moins de 6 ans, la coopération est vivement encouragée et les regroupements collectifs ne sont pas absents. Le travail en groupe est essentiel chez les plus de 6 ans. Cela correspond au développemeent normal de l'enfant ! en ce qui concerne le recul si il y en a mais pas en France pour preuve la dernière parution en français d'un célèbre livre https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/montessori-une-revolution-pedagogique-soutenue-par-la-science-9782220095554
cordialement
a écrit le 01/12/2018 à 8:27 :
Bonjour,
Je souhaiterais réagir sur le témoignage de Françoise Carraud qui n’a pas du comprendre ou bien étudier le sujet. Concernant le travail individuel, jusqu’à l’âge de 6 ans, les enfants apprennent seuls et à leur rythme. Mais à partir de 6 ans, c’est tout le contraire. Leur travail est majoritairement collectif. Au collège encore plus. Madame la sociologue ne devrait pas juste se contenter de parler des classes 3-6 ans.

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