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Homme augmenté : "Nous serons tentés de remplacer tous nos organes, même notre cerveau"

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(Crédits : DR)
Emporté par l'accélération des progrès technologiques dans les NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le secteur des prothèses est en pleine expansion. Mais les questionnements politiques, législatifs et éthiques suivent-ils ces innovations de rupture, qui pourraient bien dessiner un nouveau clivage au sein de nos sociétés contemporaines ? L'éminent prospectiviste James J. Hughes, directeur exécutif de l'Institute for Ethics and Emerging Technologies, apporte son éclairage.

ACTEURS DE L ECONOMIE - LA TRIBUNE. Le fameux homme augmenté sera, à priori, une réalité d'ici quelques années. L'évolution et la réflexion actuelle autour de l'éthique dans les technologies émergentes suit-elle celle des innovations ? Sont-elles généralement respectées ou y a-t-il une défiance montante contre elles ?

JAMES J. HUGHES. Le traitement social et les conséquences éthiques des technologies sont devenus des éléments incontournables face à l'accélération des innovations technologiques. Le CRISPR - une technique de manipulation de l'ADN - avait déjà soulevé de vifs débats autour des problématiques sociales et éthiques concernant l'ingénierie génétique. Cependant, les potentiels risques de la biologie synthétique, de la nanotechnologie et de l'intelligence artificielle, des technologies intégrées aux prothèses de demain, sont exclus du débat public. Toutes ces questions deviennent très urgentes.

Existe-t-il dans le domaine de la prothèse des spécificités que vous avez repérées par rapport aux autres domaines technologiques émergents ?

Pour le moment, les prothèses actuelles pose pour le moment peu de défis éthiques et sociaux. Les humains ont utilisé des membres prothétiques depuis des milliers d'années. Les organes prothétiques ne semblent pas poser la question d'un éventuel "avenir cyborg" dans le débat public.

En revanche, ces problématiques émergeront lors qu'apparaîtront des prothèses fournissant des capacités supérieures à des membres et des organes humains ordinaires. Une fois que les gens seront tentés de remplacer des organes et des membres sains par des prothèses, nous devrons déterminer si cela devrait être autorisé et qui devra payer pour cela. Les prothèses d'interface cerveau-ordinateur, qui seront capable de stimuler l'intelligence, la mémoire et l'humeur, poseront encore plus de défis à elles seules. Il s'agit de technologies qui pourraient accroître les capacités mentales de leurs utilisateurs à l'aide de la réalité virtuelle immersive ou encore de la télépathie cerveau-cerveau. Nous aurons donc besoin de développer un contrôle strict sur la vie privée des individus.

transhumanisme

Que pensez-vous de la direction que prennent les fabricants de prothèses ? Semblent-ils plus préoccupés par la résolution du handicap ou à trouver le prochain produit tendance pour des personnes en bonne santé ?

Le travail sur les membres et organes prothétiques destinés à des fins thérapeutiques étant lui-même peu développé, la recherche pour des prothèses ciblant les personnes en bonne santé reste embryonnaire. Jusqu'à ce qu'ils offrent une fonctionnalité supérieure, l'accent est mis sur la réduction des maladies et des handicaps. Pour l'instant, on reste loin d'un marketing de la prothèse destiné aux valides.

Quelles sont vos prévisions d'évolution sur le marché de la prothèse ?

Aujourd'hui, la médecine progresse au rythme des grandes innovations technologiques. On le voit dans les progrès faits dans les matériaux dits biocompatibles par exemple, c'est-à-dire qui ne sont pas rejetés par le corps humain. On le voit encore avec le développement des interfaces nano-neuronales nous permettant de contrôler mentalement des prothèses reliées à notre système nerveux. À mesure que ses techniques se perfectionnent, le fait de s' "équiper" de prothèses se banalisera et deviendra socialement accepté.

Tout cela nous conduit vers un futur proche où il y aura autant de prothèses "fonctionnelles" que de prothèses à but thérapeutique. C'est alors qu'il sera nécessaire de moderniser les systèmes de santé nationaux pour rendre ces dispositifs disponibles en priorité aux handicapés pour la restauration de leurs fonctions perdues. À terme, et cela est inévitable, la demande pour utiliser ces dispositifs sera croissante chez les personnes en bonne santé. Nous voudrons tous éventuellement remplacer nos parties biologiques et organes par une sorte de prothèse supérieure à mesure que nous vieillirons. Et cela, des pieds à la tête... y compris notre cerveau.

 Ce phénomène pourrait-il diviser les composantes de la société en une nouvelle distinction : les personnes augmentées et les personnes "naturelles", qui ne peuvent se le permettre ? In fine, un nouveau clivage sociétal peut-il se dessiner dans nos sociétés contemporaines ?

C'est une possibilité si les prothèses ne sont disponibles que pour les riches. C'est pourquoi il est essentiel que l'augmentation de base soit rendue accessible à tous grâce à des systèmes de santé universels adaptés aux nouvelles réalités technologiques. En effet, ce sont les systèmes de santé qui pourraient avoir ce rôle de régulateur, évitant au possible les abus et les inégalités. Si certaines prothèses sont trop chères et trop puissantes pour être mises à la disposition de tous, elles peuvent être uniquement mises à la disposition des utilisateurs autorisés qui en ont besoin tels que les forces de l'ordre et l'armée. Une chose est sûre, de nouvelles régulations seront indispensables.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2017 à 13:40 :
On parle pour quand là ? Dans 50 ans au moins pour le corps et 100 pour le cerveau non ?

L'avantage de tout ces gens qui veulent à tout prix ne pas mourir c'est qu'ils ne font que nous rassurer sur la mort en fait, finalement ça à l'air vraiment sympa à côté de tout ce qu'ils nous proposent comme alternatives.

Merci.

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