Santé publique vétérinaire : un enjeu économique et sanitaire

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Emmanuelle Soubeyran lors de la conférence Santé publique vétérinaire : Tous concernés !
Emmanuelle Soubeyran lors de la conférence "Santé publique vétérinaire : Tous concernés !" (Crédits : Emmanuel Foudrot/LT)
"Parent pauvre" du système global de santé, la santé publique vétérinaire y joue pourtant un rôle déterminant, garant de l'équilibre économique, social et sanitaire de toute une population. Quels sont ses enjeux véritables ? Comment concilier mondialisation et maîtrise des épidémies ? Comment protéger les consommateurs et le bien-être animal ? Autant de questions soulevées lors d'une grande conférence "Santé publique vétérinaire : tous concernés" organisée, en partenariat avec La tribune, le 14 janvier dernier dans les locaux du laboratoire Boehringer Ingelheim.

Depuis l'été 2018, le virus de la peste porcine africaine - une "vieille maladie née en 1906" — fait des ravages dans les élevages de porcs asiatiques, et spécialement en Chine. Une maladie hautement transmissible entre animaux pour laquelle on ne dispose pas de vaccins.

"La seule technique efficace reste l'abattage", rappelle Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de VetAgro Sup, un établissement d'enseignement supérieur qui forme à la fois des vétérinaires, des ingénieurs agronomes et des inspecteurs de santé publique vétérinaire.

Selon les autorités chinoises, 1 200 000 porcs ont déjà été abattus. "Mais certaines études néerlandaises évoquent plutôt le chiffre de 200 millions de porcs", glisse Emmanuelle Soubeyran.

Conséquence immédiate : les cours du porc ont été multipliés par deux depuis le début de la crise même s'il est encore difficile d'évaluer l'impact de l'épizootie (épidémie animale) sur l'ensemble de la filière et sur les consommateurs - la Chine est le premier producteur/consommateur de porc.

Propagation mondiale

Une chose est néanmoins quantifiable : la menace qu'elle fait peser sur l'équilibre mondial. Même si la maladie ne menace pas les humains, la viande n'est pas comestible. La maladie entraîne alors des risques de pénuries en matière de protéine animale.

"La mondialisation favorise la propagation des maladies. Il est important de préparer nos interventions en prenant en compte les facteurs socio-économiques de l'impact des maladies. Une personne sur cinq dans le monde est impliquée dans l'élevage, l'économie des familles est impactée par la santé vétérinaire", rappelle, par videoconférence, Monique Eloit, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

En France, les autorités restent en alerte.

"Les éleveurs sont inquiets. L'ensemble des professionnels agricoles sont mobilisés. Il faut éviter l'importation d'un cas, car la contamination est rapide et fulgurante", avance Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA et président du Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE).

Car si l'interdiction officielle d'importer du porc chinois est facile à faire respecter, il est plus difficile de contrôler l'importation de sangliers "dans des circuits non organisés" en provenance par exemple de Pologne ou de Belgique.

"En France, nous travaillons en étroite collaboration avec le monde de la chasse. Il y a nécessité absolue de se protéger. Car la faune sauvage peut-être touchée. Et ensuite atteindre nos élevages", insiste-t-il.

D'où, selon lui, la difficulté, en temps de crise, de concilier élevage en plein air et biosécurité.

"Il est plus facile de les maîtriser avec des bâtiments fermés. Les circuits courts sont une chose, mais l'abattage sur place, pour éviter qu'un animal ne souffre, pose la question de la garantie des règles sanitaires pour le citoyen. C'est l'abattoir qui permettait de les garantir", poursuit Joël Limouzin.

De la santé animale à la santé humaine

Si la peste porcine africaine n'affecte pas les hommes, ce n'est pas le cas des grandes épidémies humaines marquantes, qui toutes sont issues de l'animal : l'influenza aviaire (grippe aviaire), la rage (chien), la tuberculose, Ebola, etc. Toutes représentent des risques mondiaux de santé publique.

"Le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) de type Coronavirus qui est apparu en Chine en 2003 a fait au moins 9000 morts et près de 100 milliards de dollars de dégâts. Notre rôle est de rechercher la source animale afin de mieux prévenir et contrôler les épidémies, la santé animale est au cœur de la santé humaine", indique Sébastien Cognat, directeur par intérim du bureau de l'OMS à Lyon.

"Le vétérinaire est une sentinelle : il est le garant de la santé animale sur le territoire. Un bon maillage est essentiel pour une détection rapide des crises", rappelle Emmanuelle Soubeyran.

 "Certains pays ont fait des efforts pour se préparer et gérer les crises. Les interfaces restent un point à améliorer. La Chine a tiré les leçons du Sras. Elle communique régulièrement sur ce cas dont on commence à parler, où des gens sont morts après avoir visité un marché. Ce qui n'était pas le cas avant", abonde Sébastien Cognat.

En France, ce sont les antennes de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail qui sont chargées de ces questions.

"Nous nous appuyons sur trois piliers pour nous préparer à la gestion de crise : l'anticipation, notre capacité à animer un réseau d'experts et nos interactions régulières avec nos collègues européens et internationaux. Nous avons tout intérêt à collaborer avec la santé humaine", souligne Laurent Lempereur, directeur du laboratoire lyonnais de l'Anse.

Car Lyon est en pointe dans le domaine. Son histoire a commencé avec la création de l'Institut français de la fièvre aphteuse (IFFA), fondé par Charles Mérieux il y a 70 ans. Elle continue à s'écrire dans un large écosystème de laboratoires, d'unités de recherche, de grandes agences internationales adossées à des industriels de renom. La création récente, par 9 acteurs régionaux, du HUB international dédié à la santé publique vétérinaire en est un autre exemple.

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