Une époque formidable  : Pour défendre la liberté  !

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Philosophes, sociologues, avocats, paléoanthropologue, patron et syndicaliste, député européen et entrepreneure... Tous étaient réunis lundi 15 octobre au Théâtre des Célestins à Lyon, avec cette même volonté : donner matière à réfléchir à 5 000 acteurs de la transformation du monde inscrits au forum "Une époque formidable" organisé par La Tribune avec Acteurs de l'Economie.

Bousculer nos certitudes, nous donner les moyens d'être optimiste, de nous engager : C'était la raison d'être de cette troisième édition du forum "Une époque formidable".

Tout citoyen, s'il veut être créateur de mouvement, doit au préalable apprendre à se connaître :

"On ne peut pas s'engager si l'on ne sait pas qui l'on est. On a souvent oublié nos rêves, nos vraies envies. Je crois qu'il n'y a pas d'engagement si l'on n'a pas conscience de cela, a rappelé Axelle Tessandier, entrepreneure et auteure. L'engagement n'a pas vocation à être seulement dans une association ou dans un mouvement politique, mais il peut être partout, à tous les niveaux."

Jeunes, actifs ou seniors... Tous ensemble faire société, loin des clivages

S'engager, quelle que soit son origine sociale ou son âge. Apprendre de l'autre et ne surtout pas rentrer dans le conflit de générations : "Il faut quitter cette notion de clivage : c'est un débat du passé", estime Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé.

"Il y a aujourd'hui une réciprocité entre les générations. Avant, on apprenait auprès des plus âgés. Aujourd'hui, les grands-parents apprennent auprès de leurs petits-enfants. Il n'y a sans doute jamais eu une telle qualité d'inter-génération", constate le sociologue Serge Guérin, spécialiste des questions liées au vieillissement.

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(crédits : Laurent Cerino)

L'avenir, estiment les deux spécialistes, est à bâtir ensemble, en revenant à un système plus solidaire : "Faire société, c'est apporter ses qualités au projet collectif, indique Jean-Paul Delevoye. Pour le haut-commissaire chargé de préparer un nouveau système de retraite, ce qui compte désormais, c'est la potentialité des humains et pas la performance".

"Si on lâche les retraités, c'est la fin de la démocratie et de la transmission pour relativiser et comprendre le monde", prévient Serge Guérin.

L'Humanisme, partout.

Chaque voix compte, y compris celle des "oubliés de la République", ces citoyens des quartiers populaires : "Il y a besoin d'un retournement de regard. Nous devons comprendre que les banlieues sont une ressource nécessaire", a d'ailleurs rappelé le sociologue Jean Viard.

Agir dans toutes les sphères de la société, ne laisser personne de côté. Des valeurs humanistes doivent être enseignées dès la petite enfance, à l'école, "clé pour la construction d'une société", rappelle Yves Michaud. Une institution malmenée, déstabilisée : "Nous avons une école fragmentée, émiettée. Mais pas de partout", nuance le philosophe.

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(crédits : Laurent Cerino)

Trois bases sont selon lui essentielles à revoir pour mieux accueillir le savoir : "L'autorité des enseignants, les programmes et la laïcité."

Et de préciser : "Il faut un enseignement des valeurs humaines et républicaines commençant très tôt. Tout cela est très poreux avec le savoir. Apprendre à s'écouter, prendre au sérieux les arguments des autres, ne pas se moquer."

"Le rôle des enseignants, comme celui des parents est de savoir mettre des limites", résume Cynthia Fleury. Pour la philosophe et psychanalyste, "être attentif aux autres, c'est la base."

Y compris envers les animaux : "C'est un questionnement très général sur notre rapport à l'altérité, aux autres formes d'intelligence", analyse le paléoanthropologue Pascal Picq.

"L'homme règne sur la planète et nous avons une responsabilité : reconnaitre des droits particuliers aux animaux", indique Louis Schweitzer, président de la fondation Droit animal, éthique et sciences. Assurer le bien-être des animaux est un devoir, tout comme celui de veiller sur les plus fragiles d'entre nous.

"Par rapport aux droits des femmes, des enfants, souvent on entend que les droits des animaux devraient passer au second plan. Mais c'est comme s'il y avait une quantité finie de droits, de bienveillance", souligne Pascal Picq.

Entreprise, à quoi tu sers ?

En bref, c'est toute notre société qui est à repenser, à reconstruire, et l'entreprise doit y participer. "C'est quoi l'entreprise ? Cela parait simple mais détrompez-vous, il est très difficile de la définir", admet Jean-Dominique Sénard, patron de Michelin.

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(crédits : Laurent Cerino)

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, l'entreprise n'a d'autre choix que de changer :

"Il est temps de dire que l'entreprise n'est pas là que pour faire du profit. Elle doit s'intéresser aux enjeux sociaux et environnementaux de son activité. On n'est plus dans une société ou on accepte que des choix soient faits pour nous. On veut donner du sens à son travail."

Patron et leader syndical, réunis sur la scène du théâtre des Célestins, se rejoignent sur la nécessité d'anticiper les bouleversements à venir, comme la disparition d'emplois consécutive à la robotisation et à la digitalisation des tâches : "Il n'y aucun doute que le sujet est à prendre en main par les entreprises, indique Jean-Dominique Sénard. Notre responsabilité est lourde. »

Penser à la nature

Autre impératif pour Laurent Berger : ne pas rater le virage de la transition écologique : "Il y a des choix assez radicaux à faire : il faut bouger ! Il faut réorienter un certain nombre de moyens pour investir dans cette transition écologique, investir dans les compétences et les process de production."

Une vision défendue par Dominique Meda. La philosophe et sociologue propose d'intégrer deux nouveaux indicateurs au PIB (produit intérieur brut) : "Nous devons le compléter par un indicateur sur le patrimoine naturel et un autre sur l'indice de santé sociale. Cela permettrait de piloter notre développement économique."

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(crédits : Laurent Cerino)

"Ne cherchons plus à faire des gains de croissance mais plutôt des gains de qualité et de durabilité", poursuit-elle.

La spécialiste chiffre à vingt milliards par an pendant au moins dix ans les dépenses essentielles pour engager la transition écologique. "C'est cette voie qu'il faut emprunter, y compris vis-à-vis de l'Europe."

Europe : le risque d'une vague noire dans sept mois ?

Une Europe profondément fragilisée par la montée en puissance du nationalisme et des extrêmes. Dans sept mois, les électeurs seront appelés aux urnes pour renouveler le parlement. L'occasion pour Jean-Marie Cavada, député européen, de rappeler l'importance du vote :

"Nos peurs appellent des régimes qui encensent le repli sur soi, le rejet de l'autre, la restriction de nos libertés. Le monde a froid, les colères un peu partout surgissent", constate le président de Génération Citoyens.

"L'Europe redémarrera s'il n'y a pas, dans cette salle, un seul abstentionniste !" a-t-il prévenu, s'adressant aux plus jeunes dans un vibrant plaidoyer.

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(crédits : Laurent Cerino)

Éric Dupond-Moretti et Nicolas Baverez déplorent cette tendance au repli sur soi et le recul des libertés : "Nous sommes confrontés à l'une de ces périodes de grands bouleversements ou la démocratie souffre et est contestée ", analyse l'avocat et essayiste Nicolas Baverez.

Etre libre

"Nos libertés sont subrepticement menacées. Le terrorisme a accentué le repli sur soi. La peur n'est jamais bonne conseillère", prévient Eric Dupond-Moretti.

Les deux avocats dénoncent le déferlement des passions collectives sur les réseaux sociaux et le lynchage médiatique qui en découle : "Nous vivons une époque d'hyper-moralisation. Elle nous contraint à nous positionner pour ou contre. La palette de nuances s'est considérablement réduite", regrette l'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti.

Le ténor du barreau, d'un ton grave, appelle à un réveil des consciences : "Je vois une dérive de la presse qui m'affole. On nous propose des jugements médiatiques avant même le vrai procès. Il y a bien un moment ou cela va s'arrêter."

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(crédits : Laurent Cerino)

"La démocratie est loin d'avoir perdu mais le travail à faire est extrêmement ample. Un combat s'engage aujourd'hui pour la liberté. Il va falloir se défendre face aux démocratures et au djihadisme" conclut Nicolas Baverez, comme en écho au fil conducteur de cette journée : pas de liberté sans débat, pas de liberté sans engagement, pas de liberté sans humanisme.

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Commentaires
a écrit le 26/10/2018 à 12:20 :
C'est en revoyant le film sur Vincent van Gogh et en relisant des ouvrages comme "le monarque des ombres " de Javier Cercas, que la misère immense et les inégalités insupportables des siècles précédents ont rafraichi ma mémoire. Or de nos jours malgré les libertés conquises, les acquis sociaux et la disparition des famines et de nombreuses maladies infectieuses, nous entendons un concert de plaintes dans nos pays, notamment le notre. Côté humour, Sylvain Tesson a pu écrire que "la France est un paradis dont les habitants se croient en enfer". Côté noir, la presse (mondiale) nous abreuve de drames souvent enflés, parfois réels, mais passe à côté des problèmes réels que sont les gains électoraux de l'extrême droite en Occident.
Nous devons être en alerte pour parer aux menaces qui s'annoncent, car la situation actuelle reflète ce qui est advenu dans les années 1930 : dictatures et guerres civiles, prélude à la guerre mondiale, ses quelques 60 millions de morts et ses innombrables destructions.
Être en alerte ne suffit pas, des dirigeants politiques clairvoyants et courageux devront émerger sinon la dérive va continuer, et là !...

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