[TUP 2015] Jeunes, engagez-vous, révoltez-vous !

Par Laurence Jaillard  |   |  781  mots
(Crédits : Laurent Cérino/ADE)
55% des jeunes n’ont pas voté au premier tour des élections municipales 2014. Ils désertent les partis et le terrain politiques. Pourtant, ils ont soif d’engagement. "Politique, à vous de jouer !", telle était l’injonction lancée lors de la conférence-débat proposée le 23 novembre, à EMLYON, dans le cadre du cycle Tout un programme 2015, organisé par Acteurs de l’économie, en partenariat avec La Tribune, TLM et 8 Mont Blanc.

En préambule de la conférence programmée dans le cadre du cycle Tout un Programme 2015 et intitulée "Politique, à vous de jouer !", le 23 novembre, à EMLYON, animée par Claude Costechareyre, Madeleine, étudiante à EMLYON et membre de l'Association Forum, exprime une forme de désamour pour le fait politique avec véhémence :

"Pour la jeunesse, la politique semble jargonnante, lointaine. Tout changement apparaît impossible. Nous avons besoin de modèles. Où sont les Jaurès, les de Gaulle ?"

Certainement pas sur les réseaux sociaux, dont cette jeunesse justement se montre particulièrement friande. Pour Dominique Wolton, sociologue au CNRS, les hommes politiques se sont fait piéger par cette communication moderne qui,via les réseaux sociaux, mais aussi les sondages et les médias, file à toute vitesse, zappe, s'efface.

Dominique Wolton, sociologue au CNRS (crédit : Laurent Cérino/ADE)

"Alors que la politique va lentement, qu'elle a besoin de temps. Je dis aux hommes politiques, arrêtez de tweeter à tout instant, de surfer sur les réseaux sociaux, mais ils veulent avoir l'air moderne... Pourtant dans cette "patouille" digitale des 15-30 ans, qui écoute ? Écoute-t-on l'autre ? S'exprimer n'est pas communiquer."

L'Europe, "formidable utopie"

Et le sociologue propose l'idée européenne à cette jeunesse qui tourne résolument le dos au politique :

"Quelle formidable utopie que l'Europe, 28 pays qui se chamaillent depuis des années, parfois se détestent et pourtant cohabitent. Nous n'avons pas su mobiliser la jeunesse autour de cette utopie. Pourtant, l'Europe est le plus grand terrain de l'altérité. Voilà une idée mobilisatrice pour les jeunes !"

Bernard Belletante, directeur d'EMLYON (crédit : Laurent Cérino/ADE)

L'Europe qui signifie altérité, diversité, multiculturalisme : autant de notions chères à cette jeune génération. Bernard Belletante, directeur d'EMLYON, le souligne :

"Les jeunes vivent au niveau mondial. Nous avons ici 45% d'étudiants étrangers, nos étudiants suivent une part importante de leur formation à l'étranger et, pourtant, on leur demande de voter pour des espaces nationaux."

Là serait le hiatus, une explication de ce désamour pour le politique.

"Meilleur jeune que vieux"

René Ricol, président de Ricol Lasteyrie et riche d'une solide carrière dans le monde de l'entreprise, fustige les "quotas imbéciles" qui imposent la parité homme-femme, entre autres, dans les conseils d'administration.

"Je plaide pour une réforme qui imposerait des places réservées aux jeunes dans les directions, dans les postes à responsabilité. Il faut les pousser, les aider à faire carrière, au lieu de penser à sa carrière. On est meilleur jeune que vieux. L'important en politique, comme en entreprise, c'est de décider. Et plus on apprend tôt à décider, mieux c'est."

René Ricol, président de Riocol Lasteyrie (crédit : Laurent Cérino/ADE)

À ce propos, il a tenu à dénoncer vivement un univers et des pratiques qui s'opposent à cette mise en selle précoce de la jeunesse :

"Je veux parler de la Maçonnerie. C'est le monde du parcours initiatique, du secret, du coup de main."

"Un moment politique fabuleux"

Jean-Paul Delevoye, président du CESE comprend très bien ce désintérêt de la jeunesse pour les partis politiques :

"On leur demande : "T'es pour qui ? Pour Sarko ou Juppé ? Pour Hollande ou Macron ?" Au lieu de demander : "T'es pour quoi ?" Nous avons toujours voulu gérer le politique par le pouvoir et non par les objectifs. Les jeunes veulent une vision et ils ont cette image d'un pouvoir stérile, alors qu'ils sont si fertiles."

Il cite en exemple les plateformes collaboratives que le CESE multiplie, entre autres avec des lycéens, à l'occasion de la Cop 21. Il a pu mesurer à cette occasion leur réel engagement, leurs forces de proposition.

 Jean-Paul Delevoye, président du CESE (crédit : Laurent Cérino/ADE)

Et résolument optimiste, il lance à cette jeunesse qu'elle entre dans "un moment politique fabuleux", car notre monde bascule, se métamorphose et qu'il y a tant à faire :

"On découvre que la Terre est fragile. Nous prenons conscience que nous sommes tous interdépendants. Cela réveille notre citoyenneté. On robotise l'humain et on humanise les robots, les algorithmes nous gouvernent. Comment ne pas se laisser "esclavagiser" ? La lutte des classes devient la lutte des identités."

Tels sont les chantiers qu'il propose aux jeunes générations. De son côté, fidèle à son utopie européenne, à laquelle beaucoup de jeunes opposent une Europe gangrenée par la gestion mesquine et la bureaucratie, Dominique Wolton répond :

"Eh bien ! Révoltez-vous !"

 Retrouvez les moments forts de cette conférence en vidéo :

Retrouvez l'intégralité de cette conférence en vidéo avec notre partenaire EMLYON :