Les temps sont durs pour les entrepreneurs

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Les entrepreneurs sont descendus dans la rue le 1er décembre à Paris. Ils seront à nouveau mobilisés mercredi à Lyon contre tous "les freins" à l'entreprise. "France, as-tu abandonné tes entrepreneurs ?" Cette question posée par Acteurs de l’Economie dans le cadre de Tout un Programme s’est révélée tout à fait d’actualité.

Cette conférence, en partenariat avec l'Ordre des Experts-Comptables, avait lieu à la Chambre de commerce et d'industrie de Rhône-Alpes. « Vous êtes ici dans la maison des entrepreneurs » rappelait chaleureusement Jean-Paul Mauduy, son président.

Des Français doués

Des entrepreneurs malmenés, voire même un triste gâchis à entendre Denis Payre, patron fort bien capé et fondateur du mouvement Nous Citoyens. Jeune créateur de Business Objects en 1990, société éditrice de logiciels d'emblée internationale, puis en 2000 de Kiala, il a pu mesurer les atouts des Français pour réussir, comparés à d'autres nationalités : « A cause des 35 heures nous avons une réputation de fainéants alors que les Français se révèlent bosseurs, engagés dès lors qu'ils sont motivés. Ils font preuve d'une créativité exceptionnelle et ils démontrent une capacité à raisonner dans l'abstraction, à maîtriser la complexité, tout à fait remarquables. » Mais problème, l'écosystème français n'est pas favorable à l'entrepreneuriat, plombant les initiatives.

TUP 2014 Conférence du 26/11

Aimer l'argent

René Ricol, ardent défenseur également de l'entrepreneuriat - il préside Ricol Lasteyrie et fut Médiateur du crédit et Commissaire général à l'investissement - pose ce diagnostic : «les Français n'aiment pas les patrons et surtout ils n'aiment pas assez l'argent. Il faut aimer l'argent, ce n'est pas sale, ça permet d'aider, de partager. Arrêtons de cracher sur nos 100 groupes mondiaux ».

Dans la foulée, il déclare son admiration pour les grands patrons, car ils sont nos capteurs de la croissance mondiale. « Quelle hérésie de penser que la France puisse faire sa croissance toute seule ! Nos grands groupes s'inscrivent dans la mondialisation et savez vous que 80% de la production des ETI, PME et TPE industrielles françaises sont apportés par ces groupes mondiaux ? Le grand patron c'est un produit rare... et aujourd'hui ils délocalisent leur Comité Exécutif ». Les Comités Exécutifs désertent la France mais aussi nos chercheurs, nos formidables capacités à innover ; selon René Ricol, il devient urgent d'inverser cette tendance mortifère pour se remettre dans la croissance.

Notre classe politique, un drame !

Conviés à dialoguer par l'animateur Bernard Jacquand, les deux hommes ont fustigé de concert notre classe politique si loin des réalités de l'entreprise et responsable de ce gâchis « Cette classe politique, c'est un drame ! » s'exclame René Ricol. « Nos responsables dirigent la France comme si elle était une multinationale alors qu'elle n'est qu'une ETI. Nous ne sommes plus une grande puissance mondiale, juste de la taille d'une province chinoise ! ».

TUP 2014 Conférence du 26/11

Denis Payre décrit des entreprises françaises croulant sous les prélèvements et écrasées par la bureaucratie : «sur ce critère du poids de la bureaucratie, nous nous classons entre la Birmanie et l'Angola. Les maux de la France : sur-dépenses publiques, sur-administration, sur-bureaucratie ».

Optimiste néanmoins

Nous Citoyens réclame dès lors une rupture dans cette classe politique trop investie par des hommes et femmes issus de la fonction publique ou qui cherchent simplement à faire carrière. « Ce besoin de rupture est patent, engageons des réformes mais elles doivent être acceptées et non subies, au risque du chaos » plaide Denis Payre évoquant aussi une rupture dans l'organisation économique et sociale : âge de la retraite à 65 ans, durée légale du travail à 39 heures, reformatage du CDI, « un tiers de nos PME sont en sous-effectif car elles ne veulent plus signer de CDI ».

«Ayons le courage d'un Schroeder. Arrêtons de nous laisser prendre par la peur de la rue et les syndicats qui finalement ne représentent pas grand'chose. Notre pays traverse de grandes épreuves mais on peut s'en sortir, il suffit de se décider à bouger », affirme avec optimisme René Ricol. Evoquant son expérience de Médiateur du crédit qui lui a permis de sauver 150 000 emplois.

TUP 2014 Conférence du 26/11

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