La confiance, une construction perpétuelle

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(Crédits : Laurent Cérino/ADE)
Confiance en soi, confiance en l'autre, confiance dans les institutions : la confiance imprègne et conditionne le rapport à soi et les rapports à l'autre. Réunis à l'Idrac, dans le cadre des conférences « Tout un programme » proposées par Acteurs de l'Economie - La Tribune, Monique Dagnaud, Jean-Louis Étienne et Roland Tchénio sont parvenus à définir un sentiment qui se construit et se renforce tout au long de l'existence.

« Quand vous marchez vers le Pôle, sur une fine couche de glace de mer, il faut une bonne dose de confiance pour avancer un pas après l'autre. Car la mort est sous vos pieds ! » L'image de Jean-Louis Étienne saisit et illustre comment la confiance nous pousse à agir, à avancer, à accomplir. Ce  jeudi 20 novembre, l'explorateur, médecin et chef d'entreprise, était l'invité du cycle de conférences « Tout un programme », aux côtés de la sociologue Monique Dagnaud et du PDG de Toupargel, Roland Tchénio. Tous trois ont tenté de définir, au cours de la conférence animée par Claude Costechareyre, ce que recouvrait la notion de confiance en soi et en l'autre, quels pouvaient en être les freins, quels devaient en être les leviers.

Jean-Louis Etienne

L'explorateur Jean-Louis Etienne. Crédits : Laurent Cerino/ADE

Le droit à l'erreur

Et tous trois s'accordent pour reconnaître que la confiance n'a rien, ou presque rien, d'inné. « Elle est le produit d'une construction progressive, qui commence au sein du cercle familial, puis se développe et se renforce tout au long du parcours scolaire et de la vie professionnelle », établit Monique Dagnaud, directrice de recherche CNRS, spécialiste des médias, d'Internet et de la culture des jeunes.

Surtout, insiste Jean-Louis Étienne, évoquant son propre parcours scolaire jalonné d'échecs, la confiance doit être envisagée en regard d'un droit à l'erreur. « La vie est une succession de seuils que l'on franchit. Chaque fois, l'échec est possible. Mais lorsqu'il est rencontré, il doit être surmonté pour ne pas nourrir de frustrations. Il ne faut jamais céder à la tentation de l'abandon. » À cette condition, la confiance peut s'installer et conduire l'individu au succès. « Ne jamais renoncer est un impératif de réussite », renchérit Roland Tchénio.

Roland Tchénio

Le PDG de Toupargel, Roland Tchénio. Crédits : Laurent Cerino/ADE

Le système éducatif mis en cause

La famille est le premier cercle au sein duquel l'individu acquiert de la confiance. Ce sentiment se verra renforcé ou au contraire sera battu en brèche tout au long de son parcours scolaire, d'où la responsabilité du système éducatif dans la construction du sentiment de confiance en soi et en l'autre.Or, aujourd'hui, ce système est défaillant. « Chaque année, quelque 130 000 élèves quittent l'école sans savoir ni lire ni écrire », déplore Roland Tchénio.

Ces élèves sont stigmatisés car le système scolaire français ne leur reconnaît pas le droit à l'échec. « Or ce droit est fondamental, souligne Monique Dagnaud. Car l'échec participe de la construction d'un individu. Il le fait grandir. » Pour Jean-Louis Étienne, il y aurait beaucoup à gagner à s'inspirer du système scolaire américain. « En France, les élèves en échec scolaire sont peu à peu mis à l'écart du système. Aux États-Unis en revanche, l'élève est constamment mis en valeur, quel que soit son niveau. C'est une véritable culture de l'encouragement permanent. » Roland Tchénio le rejoint : «  Il est essentiel de découvrir, de reconnaître et de valoriser le potentiel de tout individu. Faire confiance à l'autre, dans ce qu'il est, lui permet aussi de se révéler. »

Monique Dagnaud

La sociologue Monique Dagnaud. Crédits : Laurent Cerino/ADE

Crise de confiance collective

À en croire Monique Dagnaud, la société contemporaine est marquée par un pessimisme généralisé, prompt à teinter nos relations sociales de méfiance, voir de défiance. « Nous ne gagnerons en confiance qu'à condition que la famille et l'école retrouvent et remplissent à nouveau leur rôle en termes d'éducation », prévient Roland Tchénio. Monique Dagnaud quant à elle en appelle à l'engagement de réformes structurelles profondes capables de renforcer la confiance collective. « Notre gouvernement doit s'engager pour transformer radicalement la société. Deux grands chantiers sont à entamer. À commencer par la réforme des retraites. Deux mesures s'imposent : le recul de l'âge de la retraite et l'instauration d'un régime uniforme. Ensuite, il s'agit de réformer le système éducatif. »

Plusieurs pistes doivent être explorées : réforme du statut des enseignants, augmentation des effectifs, développement des enseignements individualisés et instauration d'un système d'évaluation de l'école dans sa capacité à faire réussir l'élève. Ces réformes, reconnaît la sociologue, sont ambitieuses et demandent du courage. Et nécessitent surtout, pour aboutir, de faire preuve de confiance.

Tup confiance

La conférence s'est déroulée dans l'amphithéâtre de l'école de commerce de l'Idrac. Crédits : Laurent Cerino/ADE

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