Pascal Perrineau : "La pandémie Covid-19 sonne le retour, bienvenu, du tragique" (1/2)

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LE MONDE D'APRES. Replongerons-nous dans l'ancien monde ou sommes-nous en train d'ouvrir un nouveau monde ? C'est "à l'ampleur finale du désastre humain, mais aussi économique, social et politique", à "la manière dont les dirigeants de l'Etat et la puissance publique seront parvenus (ou non) à gérer la crise et sauront (ou non) en tirer les conséquences pour déjà se préparer à la suivante", à, "la façon dont chaque individu reconfigurera (ou non) son double rapport au temps et à l'espace", que Pascal Perrineau conditionne l'envergure civilisationnelle de cette épreuve de vérité. Mais aussi à une irrépressible leçon de l'Histoire : l'omniprésence du "tragique". Leçon qui ramène l'Homme, enivré d'arrogance, de vanité et de pouvoir, prisonnier de son anthropocentrisme, à ce qu'il est réellement : infiniment petit et infiniment vulnérable, infiniment barbare lorsqu'il siphonne le progrès de son sens. "La violence de la pandémie rappelle que le tragique est propre à toute époque, passée et future ; elle rappelle que la maitrise définitive de notre environnement n'existe pas et à tout moment peut être défiée ; elle rappelle que les hommes sont l'agent premier de leur perte. Si ces rappels sur la fragilité sont intégrés par les gouvernants et les citoyens, les leçons de cette pandémie ne seront pas vaines", espère le politologue.

LA TRIBUNE - Ce moment si particulier de début de confinement, comment l'éprouvez-vous intimement, comment l'interprétez-vous intellectuellement ? Je et nous vivons une expérience unique, nommez-vous, de "recentrage"...

Pascal Perrineau - Absolument. Recentrage d'abord sur le vital : nous essayons de prendre soin de nous et de veiller au soin de nos proches. Recentrage aussi sur l'essentiel : grâce à cette pause subite, grâce à cet arrêt du temps inédit, chacun d'entre nous est invité - dans la douleur pour ceux qui sont exposés à la solitude ou à la précarité - à se recentrer sur lui afin non plus de cultiver son individualité (et son individualisme) mais de préserver le collectif. Dans cette distinction fondamentale de destination, réside sans doute le caractère le plus neuf et le plus intéressant de ce confinement. Vivre soi avec soi pour mieux prendre soin de l'Autre.

Cette réclusion et ce "recentrage" bouleversent notre double rapport au temps et à l'espace. Voilà "seulement" une dizaine de jours que nous l'éprouvons, en repérez-vous déjà des manifestations, des enseignements... et des bienfaits ? Qui n'a jamais éprouvé douloureusement que l'extraordinaire compression du temps, provoquée par les nouvelles technologies de communication, téléphone portable en tête, était devenue irrespirable ? Que la dictature des écrans et des réseaux sociaux embastillait nos consciences ? Que l'hyperconnectivité, tentaculaire et immédiate bloquait nos dispositions à penser, à flâner, à rêver, à imaginer, à "bien" décider ?

Ce rapport au temps et à l'espace ainsi ébranlé modifie la manière dont nous nous insérons dans notre espace de vie, et donc devrait modifier à terme notre propre rapport à l'existence. Voilà bien une dizaine d'années que nous nous questionnons sur ce temps qu'en effet téléphones portables, ordinateurs, et même désormais montres connectées( !), rendent si rapide, parfois même instantané. Le temps s'est affolé, il a façonné cette société du "bougisme" modélisée par le philosophe Pierre-André Taguieff, il entraine ce que le romancier Sylvain Tesson baptise « l'épilepsie du temps », et finalement le confinement nous donne l'opportunité de marquer un temps d'arrêt, de goûter les minutes et de mettre en place un éloge de la lenteur. Jusqu'à, en ce qui me concerne, perdre la notion des dates, l'ordre des jours et même des heures !

Quant à l'espace, il était il y a peu illimité. Nous "flottions" dans un espace qui avait pour horizon le monde, l'Europe, les pays visités ou traversés, et cela à partir d'un simple message électronique, d'une visioconférence, d'un voyage à toute allure en TGV ou encore d'un vol transatlantique. Sous le coup d'un arrêt immédiat des mobilités, notre espace de vie s'est soudainement réduit aux murs de l'appartement ou de la maison... Le voyage devient un "voyage autour de ma chambre" comme pouvait le décrire à la fin du XVIIIe siècle l'écrivain savoyard Xavier de Maistre, un des seuls voyages, écrivait-il "à l'abri de la jalousie inquiète des hommes"..

Or l'espace de vivre conditionne l'espace de penser. Des réclusions subies naissent parfois de lumineuses créations ; plus surement elles provoquent la contraction des horizons et donc ensommeillent l'imagination...

Je pense qu'il n'existe pas de règle universelle. Et peut-être d'ailleurs le paradoxe de ce confinement nous éveille à un nouvel horizon ; songez en effet qu'on nous demande et même nous impose de nous isoler aux fins de protéger autrui et de sauver la communauté. Ce grand écart concentre de formidables leçons sur et pour nous-mêmes, à la fois sur ce que nous sommes intrinsèquement et sur la manière dont nous construisions notre lien aux autres - les autres étant les humains bien sûr, mais aussi "tout" ce qui compose notre environnement, en premier lieu cette nature que nous consommons sans limite et pillons sans vergogne. Cette prise de conscience sera-t-elle éphémère, s'évanouira-t-elle aussi vite qu'elle a surgi une fois le confinement et la crise passés ? Ou au contraire sera-t-elle durable ? Replongerons-nous dans l'ancien monde ou sommes-nous en train d'ouvrir un nouveau monde ? Pour marqueur de notre espace, reprendrons-nous l'infiniment grand ou au contraire nous tournerons-nous vers la proximité ? Et par exemple, lors d'une semaine de repos, continuerons-nous de nous envoler vers des iles lointaines ou préférerons-nous (re)découvrir la proximité familière : la campagne de son enfance, la mer des vacances d'été en famille... ? Seuls les faits, bien sûr, et le... temps le diront.

"Le voyage devient un "voyage autour de ma chambre" comme pouvait le décrire l'écrivain Xavier de Maistre, un des seuls voyages, écrivait-il 'à l'abri de la jalousie inquiète des hommes'"

Quel moment de la démocratie française traversons-nous ? Il y a quelques mois, vous publiiez Le grand écart (Plon), mettant en lumière l'état de santé dégradé de la démocratie française au crépuscule d'une année 2019 symptomatique. Fragmentée, écartelée entre des mécanismes (direct, avec les gilets jaunes ; participatif, avec le Grand débat national ; représentatif, avec le scrutin européen) qui peinent à dialoguer et à s'articuler harmonieusement, déstabilisée par la prise de pouvoir des réseaux sociaux et l'effacement, pour certains temporaires pour d'autres définitifs, de principes cardinaux sur lesquels elle fonde son efficacité - temps long, vitalité des corps intermédiaires, etc. -, cette démocratie est malade. Peut-on dès maintenant repérer les manifestations de l'épreuve, du défi auxquels l'expose la crise du covid-19 ?

Quel système politique est le mieux adapté à la gestion d'un tel événement ? Cette question est au cœur des débats d'ordre politique. Et elle n'est pas close, car lorsqu'on fait un tour du monde des régimes politiques confrontés à la pandémie, il est difficile d'avoir une opinion tranchée et universelle. De la Chine aux Etats-Unis, du Brésil à la Russie, de l'Inde à l'Europe... la comparaison est délicate. Reste que le succès - pour l'heure - des méthodes chinoises peut laisser penser qu'au plus fort d'une telle épidémie, un régime centralisé, autoritaire, décrétant des mesures radicales qui prennent appui sur des dispositifs liberticides, peut sembler plus efficace qu'une démocratie "à la française ou à l'italienne". Mais à y regarder de plus près, il faut constater que des démocraties comme celles de Corée du sud ou de Taïwan, affichent elles aussi des résultats tout à fait convaincants sans avoir tenté de travestir l'ampleur du mal épidémique au départ. Preuve que les démocraties, tout en maintenant une transparence, ne sont pas condamnées à être inefficaces. Donc les explications se trouvent davantage dans la stratégie des mesures mises en oeuvre que dans la nature du régime qui les déploie. Et plus encore peut-être, dans la singularité "culturelle". En effet, qu'est-ce qui distingue, tendanciellement, les Chinois des Italiens, les Coréens des Français, les Japonais des Espagnols ? Leur disposition, naturelle ou héritée de leur histoire, de reléguer les droits des individus derrière les droits de la collectivité. Pour exemple, c'est officiellement au nom de "l'intérêt de tous" que Pékin ou Séoul tracent les téléphones portables et compriment "l'intérêt de chacun". Personne ne s'en émeut. Imagine-t-on une telle acceptation en France ? Le degré de discipline sociale et politique d'une nation ainsi que sa sensibilité à l'intérêt de la collectivité sont décisifs pour distinguer les niveaux d'efficacité des différentes stratégies retenues.

L'historien René Rémond avait daté la fin du XXe siècle au 11 septembre 2001 . Parce que cette crise sanitaire est mondiale et durable, parce qu'elle est holistique et affecte tous les systèmes domestiques (politiques, économiques, sociaux, industriels), parce qu'elle nous plonge dans un inconnu ténébreux, parce qu'elle questionne le fonctionnement et donc l'avenir même - aussi bien politique qu'économique, aussi bien des échanges commerciaux que des déplacements humains, aussi bien de la gouvernance internationale que des modèles de consommation - de la mondialisation, ce qui s'est passé un jour, de si anodin, de si innocent, sur un obscur marché d'une mégapole chinoise pourrait-il marquer notre entrée dans une nouvelle ère ? Cette crise peut-elle même être civilisationnelle ?

Souvenons-nous de la crise financière de 2008 - 2009 ; combien de débats, de réflexions, de promesses ! "Plus rien ne sera jamais comme avant", avait prédit la communauté des experts et espéré une grande partie de la communauté humaine. La réalité est que le naturel avait repris son cours très vite, et que les acteurs de la finance avaient tout aussi aisément repris la main. Et rien, depuis, n'a profondément changé. Il existe, toutefois, une différence notable : cette pandémie menace l'essence même de ce que nous sommes. Notre vie. La vie de ceux que nous aimons. La vie de ceux qui composent notre cercle social, notre environnement professionnel, la vie de ceux, sans visage, que nous ne connaissons pas mais qui chaque jour participent, indirectement, à notre existence. Cette crise ne relève pas du matériel mais du vital. Cela modifie en profondeur le paradigme.

De l'ampleur finale du désastre humain, mais aussi économique, social et politique, de la manière dont les dirigeants de l'Etat et plus largement la puissance publique seront parvenus à gérer la crise et sauront en tirer les conséquences pour déjà se préparer à la suivante - depuis 1996 et la maladie de la vache folle, se sont succédées à un rythme de plus en plus élevé les épidémies Sras, H1N1, Ebola, Zika -, de la façon, enfin, dont nous reconfigurerons (ou non) notre double rapport au temps et à l'espace, dépendra l'envergure civilisationnelle de cette épreuve de vérité.

"Les singularités culturelles selon les pays expliquent mieux que la nature des régimes, démocratiques ou autoritaires, les différences d'efficacité des stratégies de parade au Covid-19."

C'est criant aux Etats-Unis - au contraire de l'Allemagne, morcelée en länder - : le système fédéral, qui autorise la variété des mesures déployées pour faire face à la propagation du virus, montre ses limites à l'épreuve d'une telle crise. Variété synonyme d'hétérogénéité, d'anarchie, de hiatus délétères comme aux USA. La France, quant à elle, demeure écartelée par l'éternel déséquilibre entre la volonté de décentralisation et le dogme immuable de la centralisation...

En Allemagne, où le système de santé est mieux préparé qu'en France, pour l'heure l'efficacité de la parade n'est pas entravée - tout au contraire- par l'organisation fédérale. Et celle-ci, parce qu'elle assure effectivement l'autonomie des territoires, permet même d'adapter les mesures aux réalités locales de la pandémie. Lorsque le système fédéral bénéficie d'une bonne coordination, il est performant.

Et cette réalité questionne les limites du schéma administratif français ; pour seul exemple, s'il avait été possible très tôt de décréter par les conseils départementaux des zones de confinement, peut-être aurions-nous mieux canalisé la propagation. Les écarts de fonctionnement d'une région à l'autre sont également éclairants. Ainsi le président de la Région Grand Est Jean Rottner - il est vrai médecin-urgentiste de profession - fait preuve d'un activisme, d'un sens de l'anticipation (il avait dès début mars alerté sur la dimension "terrible" de l'épidémie) et de l'initiative remarquables. Simplement, les pouvoirs des régions restent bien modestes...

Au sein de l'Union européenne, l'examen des stratégies de riposte à la pandémie fait surgir une gestion erratique, décousue, désunie. Quoi de commun entre les mesures "de propagation immunitaire" en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas et celles de "confinement" en France et en Italie ? Même dans le domaine sanitaire, l'Europe est fracturée, avec le risque que la stratégie d'un pays soit plus tard jugée coupable d'un drame humanitaire chez son voisin. La faute en premier lieu aux pressions domestiques ? Un symptôme supplémentaire de l'extraordinaire difficulté de faire fonctionner un ensemble aussi disparate ? Comment l'expliquer alors qu'en 2008 cette même Europe avait su faire front commun à la crise financière ?

La différence fondamentale entre la gestion des deux crises à douze ans d'intervalle et le caractère effectivement décousu au sein de l'Union européenne quant à la réponse au Covid 19 tiennent à la spécificité des compétences : celles de l'économie et des finances sont une réalité européenne, celles de la santé demeurent presque totalement domestiques. D'ailleurs, dans quel domaine du traitement de la crise du Covid-19 l'Europe peut-elle légitimement intervenir ? L'économie et la finance, avec les mesures immédiates de la Banque centrale, qui dès le 19 mars débloquait 750 milliards d'euros dédiés au rachat de dettes publiques et privées. En revanche, dans le domaine strictement sanitaire, elle est démunie.

Il semble évident que cette disharmonie devra être analysée une fois la crise passée, afin que demain une toute autre coordination des stratégies nationales sanitaires (stocks, équipements, approvisionnement des médicaments, recherche) s'instaure. Pourquoi ce qui fonctionne dans les domaines agricole, économique (marché unique, monnaie) ou encore de la pêche ne pourrait s'appliquer à la santé.

" Avant, la mondialisation était objet de doutes, maintenant elle est objet de peurs"

De la manière dont, au final, l'UE aura géré la pandémie pourrait dépendre en partie son avenir. Mais aussi l'avenir, ou plus exactement la prospérité des formations politiques nationalistes, souverainistes, europhobes, et plus largement populistes, dont l'audience repose en partie sur l'exploitation des peurs individuelles, et des dysfonctionnements de l'Institution ?

La désorganisation de la puissance publique, la thématique des frontières, la gestion des vagues migratoires participent au "fonds de commerce" commun de ces formations politiques ; la catastrophe sanitaire, économique et sociale qui s'annonce viendra renchérir cette audience. Dans quelle proportion ? Nul ne le sait encore.

L'autre sujet au cœur des dénonciations populistes et qui aujourd'hui est ouvertement mis à l'index, est la mondialisation. Et plus précisément l'appel à la démondialisation, l'un des "chevaux de bataille" populistes. La "mondialisation heureuse" n'est pas au rendez-vous, elle est très imparfaite, elle dysfonctionne gravement, et maintenant elle favorise le péril humain : voilà l'impression générale que révèle ce "moment" de notre époque. Avant, cette mondialisation était l'objet de doutes, maintenant elle est objet de peurs. De ce nouvel état des lieux pourrait surgir un profond clivage entre partisans de l'ouverture et disciples de l'enfermement, ces derniers pouvant tirer profit (électoral) d'une focalisation des débats politiques sur ce thème de la (dé)mondialisation.

Un bémol, toutefois. Cette crise sonne la réhabilitation des "véritables" experts, des "vrais" scientifiques, des "bons" professionnels en premier lieu ceux de la santé. Plus guère de chaines de télévision s'aventurent, comme c'est trop souvent le cas, à inviter des charlatans sur leurs plateaux. Le retour de la confiance dans les experts est incontestable, et de facto éteint la voix ou plus exactement le crédit des représentants populistes. La réputation de ces derniers n'est pas fondée sur l'expertise, plus encore elle s'accommode volontiers de l'approximation, des tergiversations, de l'amateurisme. Le bref passage de Matteo Salvini au ministère de l'Intérieur italien en est l'illustration.

Vous connaissez avec précision la démocratie américaine - vous enseignez chaque année les sciences politiques au Middleburry College (Vermont). Le géopolitologue et directeur de l'IRIS Pascal Boniface estime que sa gestion de la crise sanitaire, surtout si elle produit une déflagration humaine, économique, industrielle, boursière et sociale, pourrait affaiblir de manière rédhibitoire le "candidat" Trump. On sait les comportements de vote, le mécanisme des élections, la cartographie électorale aux Etats-Unis extraordinairement singuliers vus de France, on sait l'électorat de Donald Trump lui-même très typé, on sait aussi les fragilités et les atouts de son très probable rival Joe Biden : quels faits saillants de cette crise pourraient précipiter ou au contraire enhardir la candidature de l'actuel Président ?

L'approximation et l'amateurisme dont on peut qualifier l'action des dirigeants populistes européens siéent de manière spectaculaire à Donald Trump. Sa popularité repose sur le retour de la croissance, l'économie prospère, le réveil de l'emploi. Nonobstant les dégâts collatéraux - inégalités criantes, déficit public et endettement abyssaux, destruction de l'environnement -, pour l'heure sa politique lui assure une audience certaine. Il est évident que les effets planétaires et domestiques de la crise vont substantiellement affecter ce bilan. Il est tout aussi évident qu'il en payera alors un prix électoral - sans pour autant qu'on puisse pronostiquer avec certitude sa défaite en novembre, tant l'avenir est aujourd'hui illisible et instable.

N'oublions pas que Donald Trump a toujours été bien plus le "symptôme des" que la "réponse aux" colères et inquiétudes des Américains. Et sa popularité comme la surprise de sa victoire ont eu pour ferment cette confusion. La question est de savoir si dans ce contexte inédit et sans visibilité, il demeure, pour ses électeurs, le symptôme de leurs malaises. Quand je découvre les files d'attente au seuil des armureries, je me dis que politiquement il n'est pas mort...

"L'Occident est aujourd'hui focalisé sur "ses" démocraties. Il ferait bien de s'occuper des autres parties de monde. Car dans certains pays, la tentation d'une réponse autoritaire s'imposant à la démocratie est grande."

La photographie planétaire des démocraties offre un vaste nuancier. Qu'il s'agisse de leurs constitutions, de leur histoire, de leur interprétation de l'autorité, de leur capacité à dévoyer les libertés, de leur exposition à des vulnérabilités spécifiques et locales, et de l'identité de leurs hiérarques actuels, ces démocraties sortiront affaiblies ou renforcées par la crise. Déjà maintenant, du Brésil de Bolsonaro à l'Inde de Modi - pays "explosif" s'il en est, par l'extrême pauvreté, l'incandescence des divisions religieuses, son voisinage avec les "ennemis" chinois et pakistanais, et l'arme nucléaire -, la tentation d'instrumentaliser le chaos et le besoin viscéral de sécurité aux fins de durcir l'exercice du pouvoir se manifeste. Des démocraties « éclairées » pourraient même sombrer dans la démocrature ou l'illibéralisme. Peut-on dresser un panorama des situations les plus vulnérables ?

Les démocraties assises sur un (appareil d') Etat défaillant, reposant sur une puissance publique faible, disposant d'infrastructures de protection sociale, en en premier lieu de santé, inadaptées, sont les plus exposées. La tentation de la réponse autoritaire pourrait être grande, notamment en Amérique latine et centrale ; depuis plusieurs mois, de la Bolivie au Chili, des régimes démocratiques sont malmenés et fragilisés, d'autres étaient en dictature il n'y a pas si longtemps (Argentine), d'autres encore ont à leur tête des dirigeants qui potentiellement pourraient se saisir du cataclysme pour museler le pouvoir - effectivement, Jair Bolsonaro est de ceux-là. Il faudra être très attentif à l'évolution de la situation en Inde, plus largement en Asie du sud-est (Bangladesh, Philippines...) où la densité démographique et la pauvreté offrent un taux de pénétration potentiel du virus important. Et bien sûr en Afrique, ce continent si vulnérable et dont on parle si peu. L'Occident est aujourd'hui focalisé sur « ses » démocraties, il ferait bien de se préoccuper des autres parties du monde.

Pascal Perrineau est professeur des Universités à l'IEP Paris, et a dirigé son centre de recherches, le CEVIPOF, jusqu'en 2014. Il est l'auteur, notamment, de Le grand grand écart. Chroniques d'une démocratie fragmentée (Plon, 2019).

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a écrit le 31/03/2020 à 11:24 :
L'UERSS en état de mort cérébrale
a écrit le 31/03/2020 à 0:57 :
Ce que cela fait constater, c'est que nous avons une élites sans vision, sans anticipation et sur d'un cynisme qui ne dit rien mais montre tout.

Le choix de l'immunité grégaire était fait et la panique qui a suivit dans les décisions montre bien qu'aujourd'hui la démonstration d'avoir au pouvoir des gens sensés servir la démocratie et pas s'en emparer montre bien la limite y compris des valeurs communes.

Il se trouve que depuis plusieurs moi et bien plus sous le régime de macron, les sorties des uns et des autres de la constitution en dit aussi long du message politique du 1er ministre hier.

En plus de l'incompétence de situation que nous avons tous constaté, les hauts fonctionnaires montrent qu'ils n'ont de génie que de s'emparer de la richesse de l'état pour l'avoir transféré vers le privée.

Résultat nous les avons dans les hôpitaux aujourd'hui, ou mes souvenirs de manifestations pour sauvegarder les écoles d'infirmières me fait bien rigoler aujourd'hui.

Si encore la vision était commune, mais je n'ai comme beaucoup aucun intérêt a ce que des gens formés par nos impôts, qui n'assument aucun poste lors des problèmes, mais souhaitent le pouvoir sans n'avoir rien fait de concret est aussi ce que le scolastique produit dans la démonstration d'aujourd'hui.

Affairisme, corruption, il suffit de regarder les anciens premiers ministres pour le comprendre.

Si la démocratie est ainsi, donc entre les mains d'une reproduction sociale qui n'arrive plus a respecter la constitution, disons qu'il va être difficile de s'en définir comme garant lorsque ces ouailles en sortent régulièrement.

Il n'y a pas de représentativité, au constat du nombre d'ordonnance depuis le départ qui est un mode de gouvernance et non une exception.

Il me semble aussi que la question juridique se pose sur le type d'état d'urgence choisit qui semble plus valide pour la quatrième république que la cinquième.

Nous pouvons regarder trump en tentant d'en avoir une image, pas fausse, mais qui en comparaison des constats que l'on peut faire, permet du coup de regarder chez soi aussi pour aider!

Nous avons un président de l'assemblée nationale en examen, le président de la commission des finances y compris, alors effectivement même si la plèbe est sans doute ignorante des écarts spectaculaires sur le droit, la constitution et y compris la réalité que vivent les gens, disons que nous aurons sans doute a la suite de sortie d'un tunnel depuis le 5 décembre ou se sont les mêmes qui subissent par les choix fait d'impotents, pas de doute que nous sommes a la fin d'un système et de ceux qui le porte.

La main sur la technologie ou les médias n'y changera rien. La gentrification d'un point de vue anthropologique est a mon avis un éléments clefs ou il ne restera qu'une armée mexicaine illégitime au pouvoir.

Au plus offrant, les messages du consumérismes aurons de sens que dans la mesure ou les gens pourrons consommer.

De fait, l'image du pays se fait a travers donc les moyens qui sont octroyés et la légitimité d'un système qui aujourd'hui existera pour ceux qu'il paiera !

C'est bien le nouveau monde? celui ou l'argent achète tout y compris le symbolique!

Et lorsque le pouvoir veut sauver le consommateur, les gens veulent sauver les citoyens, la distorsion du réel a mon avis va se voir de manière puissante dans les temps a venir, comme la légitimité de ceux qui le prétendent par le titre.

Il se passera la même chose avec tout ceux qui pensaient avoir le pouvoir, les avantages sans la responsabilité.

C'est un tournant, juridique, social, politique idéologique et humain !!
a écrit le 30/03/2020 à 12:12 :
on va dire qu'en l'etat actuel, la pandemie n'a d'impressionnant que l'etat des malades qui sont carabines, ainsi que leur age
le paludisme c'est 3 millions de morts par an, ca ne mobilise pas autant!
la grippe saisonniere tue surtout des tout jeunes et des tout vieux, avec des milliers de morts, bon, ca ne fait pas la une des medias
la, ca touche bcp les occidentaux, plus eulement les vieux, ca touche les gens dans la force de l'age, et les cas des rea graves sont serieux et longs ( avec forte probabilite d'y rester)
faut prendre les chiffres et agir en consequence
et proposer des centaines de milliards de depenses financees par eurobonds alors qu'il s'agit d'un pb triste mais ponctuel ne va pas arranger l'etat de l'europe... on rajoute des pbs a des pbs, et on fait de l'opportunisme...
a écrit le 30/03/2020 à 11:41 :
Ce confinement intellectuel est tout simplement désastreux. Nous ne sommes plus au temps de Descartes, "je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle", avec nos pensées, mais bien, plus que jamais, avec nos outils de communication, nos écrans, et les réseaux sociaux (jamais nous n'avons fait, pour se soutenir, fonctionner les réseaux sociaux familiaux et amicaux). Ce confinement a une conséquence évidente: nous couper du Monde réel et de notre environnement (prisme des médias et des experts, fussent-ils toujours intéressants comme M.Perrineau). C'étais, je le crois, déjà un problème pour les habitants des grandes villes, mais cela est encore plus exacerbé. Et deuxième remarque: nous vivons, nous en sommes fiers, en "démocratie". mais on peut légitimement s'interroger, certains le font comme M.Mélanchon qui n'est pas ma tasse de thé, mais il peut de temps à autre avoir raison, sur le sens d'une démocratie, dont les dépenses publiques ne sont plus controlées par personne, puisque le chef de l'état a décrété que nous étions "en guerre". On peut s'interroger sur les obstacles mis au particulier, à sa Liberté, y compris celle d'user de son discernement pour se soigner quand malade. Ces comparaisons de régimes, ce n'est pas nouveau, sont évidemment dépendantes de tout un environnement à commencer par l'établissement de priorités (il est prioritaire pour des Pays comme la Chine d'éviter de grands mouvements sociaux, et d'être efficace dans son agriculture ou ses industries). Mais comment les priorités sont-elles posées en France et par qui? Nous comprenons la valeur donnée à la vie, en France, mais il est bien difficile de voir dans les mesures économiques (j'arrose tout sans priorité) la naissance d'une maison France reconstruite plus compétitive qu'avant la crise.. cette crise conduira à une France encore plus affaiblie, toujours sûre de sa Lumière, mais dont la crédibilité est tombée si bas, que nul, à commencer par chez nos voisins européens, n'écoutera.
Réponse de le 31/03/2020 à 1:05 :
il l'était en hollande, par chance, pouvait bénéficier du tabac et du canabis, alors finalement il vaut mieux cela que de regarder le constat et le manque d'anticipation!

Et la Hollande par la Hanse était dans le devenir, nous sommes dans la caducité et le passé.

C'est aussi car nous avons une élites obsolète que cela apparaît par incongruité !

La construction de l'économie s'est fait par des marquis qui imaginent que les avantages qu'ils ont dans leur pays serait de même a l'extérieur, un ingénieur valant un chercheur, le statut plus fort que les réalisations, le monoculturalisme dans le management, dans la méthode dans la capacité qui permet par l'expérience la vision.

Avoir donné l'impression que le statut est plus fort que la réalisation est le cas de la com, être ou avoir, citoyen ou consommateur, culture ou marché, a présent la com donne l'impression qu'un vendeur de commerce est un littéraire, que le costume donne l'impression qu'il y a du sens dedans.

Il est vacuité que lorsque les faits sont la, et ils le sont, car on ne peut simplement se satisfaire d'une dialectique mercatique pour faire sens dans une société.

Nous avons un président qui est plus proche du christ cosmique que Spinoza et ça se voit !!!!
a écrit le 30/03/2020 à 11:07 :
une des premiers lecon est le cas des plus précaires
et pour cela il faut dans un premier temps leur demander si les jours perdu il souhaite les
compenser par des jours de conge qui serais une economie ainsi que pour les entreprise
a écrit le 30/03/2020 à 10:13 :
Si le confinement dure , on va s'apercevoir rapidement de la pertinence du télé travail qui au moins pour 50% des cas concerne du travail artificiel par rapport à l'économie réel. La majorité des strart up , n'ont comme finalité que d'inventer des nouveaux besoins fabriqués, et non indispensables à la survie de l'humanité. Cette notion de survie va finir par s'imposer si les crises virales durent et se succèdent. Il est temps de revoir la production nationale !
a écrit le 30/03/2020 à 10:12 :
"Comment l'expliquer alors qu'en 2008 cette même Europe avait su faire front commun à la crise financière ?"

LOL !

En effet le consortium européen financier s'était mit d'accord pour sauver le système financier, là le problème englobe tous les citoyens européens que le consortium financier méprise abondamment.

Vous parlez de bien trop loin les gars, et plus qu'à vous mêmes en plus, on ne vous entend plus.
a écrit le 30/03/2020 à 9:59 :
Les théories philosophiques sont toujours intellectuellement intéressantes.

Mais en attendant se posent toujours les questions :
- du réchauffement climatique
- de la pollution et de la réduction de la biodiversité
- de la production d'énergie pratique et abordable et compétitive
- de la surpopulation mondiale
- de la production et de la répartition des richesses anciennes et nouvelles
- de la paresse d'esprit et du manque de savoir multidisciplinaire et de niveau suffisant pour traiter les aspects technicoscientifiques et économiques plus complexes.
- de la plus grande justice sociale
- du règlementarisme légal exacerbé considéré comme nécessaire comme-ci la majorité des individus était soit des escrocs soit des débiles mentaux.
- la dictature des procédures informatisées qui empêche trop souvent aux individus de penser, d'agir et de travailler plus intelligemment.

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