"Il n'y a pas de risques de pénurie de pâtes" Xavier Riescher, Panzani

 |   |  1003  mots
(Crédits : DR)
Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, les rayons de produits de longue conservation des supermarchés, comme les pâtes, sont pris d'assaut par les consommateurs. Un "phénomène irrationnel" pour le président de Panzani qui a contraint le groupe d'origine lyonnaise à s'adapter. Xavier Riescher, par ailleurs président du Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (SIFPAF), s'explique pour La Tribune.

La Tribune - Depuis quelques semaines, la demande de produits de type pâtes, riz, semoule, explose. Comment se traduit-elle sur votre activité ?

Xavier Riescher - En préambule, il faut savoir que 58% des pâtes consommées en France sont importées d'Italie et d'Espagne. La fabrication française (le SIFPAF représente 7 fabricants : Heimburger, Pastacorp, Panzani, Alpina-Savoie, Tipiak, Valfeuri, et Thirion, NDRL) représente uniquement 42% des produits consommés par les Français, mais les supermarchés se sont engagés à proposer + de 50% de pâtes de fabrication française dans leurs rayons.

Depuis le début de la crise, les ventes ont doublé pour tous les acteurs : on note une augmentation de 230% des ventes au global.

Les produits les plus demandés sont les pâtes - c'est d'ailleurs dans cette catégorie que l'on constate la plus forte augmentation - suivi du riz. Les ventes de couscous ont également doublé.

A contrario, la restauration sociale, qui correspond à 10% du marché, a vu ses ventes s'effondrer avec la fermeture des cantines et restaurants d'entreprise.

Cette forte demande impliquera-t-elle une hausse de prix pour les consommateurs ?

La production a augmenté au total de 50% mais sans induire une augmentation des prix. Les prix sont fixés de manière annuelle en accord avec la grande distribution. Il y a eu une évolution des coûts, pour nous fabricants, mais cela n'aura pas d'incidence sur le consommateur.

Que pensez-vous de ce phénomène de stockage auquel nous assistons depuis le début de la crise?

C'est un phénomène irrationnel, on dirait qu'il faut se nourrir exclusivement de pâtes pour survivre au Covid-19 !

On va assister à un pic de stockage puis la consommation va redescendre assez rapidement, comme cela a été le cas en Italie. Les Français vont se réapprovisionner quand leurs stocks vont s'épuiser.

A la fin du confinement, je pense que nous devrions constater une baisse des ventes, une déconsommation dû aux stocks restant dans chaque foyer et au changement d'alimentation : je pense que les gens se tourneront alors à nouveau vers des produits frais.

Peut-on craindre une pénurie ? Quels risques pèsent sur la production ?

Actuellement, il n'y a pas de risques de pénurie, car nous avons suffisamment de stock. D'autant que, contrairement à nos concurrents italiens, nous avons la particularité de transformer nous-même le blé en semoule, et la semoule en pâte.

Cependant, il y a un risque de pénurie de matière première pour les entreprises, qui, comme nous, ont décidé de n'utiliser que du blé français. Le blé français est devenu très rare et les producteurs le revendent à prix d'or. Chez Panzani, on achète 470 000 tonnes de blé dur sur les 1,3 million de production française. Nous aurions besoin de 20 000 tonnes supplémentaires pour tenir le choc.

Le deuxième risque serait un taux d'absentéisme trop important si nos salariés tombaient malades. Nous prenons de nombreuses mesures de protection pour protéger nos 2 000 salariés répartis dans nos 9 usines en France, dont deux usines dédiées à la fabrication de pâte (Nanterre et Marseille).

Il y a peu de chance que nos employés soient contaminés sur nos lieux de productions.

Sans problèmes d'absentéisme majeur, nous pourrons produire sans difficulté.

Comment les industriels se sont adaptés pour faire face à l'ensemble de la crise ?

Nous avons dû changer l'organisation du travail pour pouvoir travailler 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Nous avons créé de nouvelles équipes et mis en place un système de roulement.

Nous avons réduit considérablement notre offre. Chez Panzani, nous comptons, en temps normal, 135 références. Nous concentrons actuellement notre production sur 29 références.

Cette simplification permet d'augmenter la disponibilité des produits et d'assurer la production : chaque changement de format - pour passer des pennes aux macaronis par exemple - fait perdre plusieurs heures.

Quel sera l'impact de ce phénomène sur votre chiffre d'affaires pour cette année ?

Sur l'année, nous devrions avoir une augmentation des ventes comprise entre 5 et 10% au mieux. Pour un marché alimentaire, c'est une hausse significative puisque nous sommes sur une croissance assez stable habituellement. Notre marché est sensible aux crises et soumis à des fluctuations importantes : lors de la dernière canicule, il a perdu 10% par exemple. Ces chiffres, + 230 %, sont au final relativement fréquents.

Néanmoins, nous devons aussi assumer l'augmentation des coûts liés au traitement de la crise : augmentation des coûts logistiques, difficultés à trouver des livreurs et augmentation des coûts de la matière première.

La nouvelle gestion des usines engendre des coûts supplémentaires. Nous payons davantage nos salariés qui assurent les nuits et les week-ends, sans compter l'ensemble des mesures de protection mises en place - indispensable mais non-négligeable. A titre d'exemple, l'achat des masques nous aura coûté entre 90 000 et 100 000 euros.

Comment ces nouvelles mesures ont été accueillies et adoptées par vos salariés ?

Nous avons mis en place des lieux d'échange avec les partenaires sociaux dès le début de la crise, nous avons informé les employés et pris des mesures au-delà de ce qui était exigé par le gouvernement.

Nos mesures ont été bien accueillies : nous avons par exemple proposé la prise de température des salariés à leur arrivée dans les locaux, depuis plus de 15 jours. 99% des personnes au bureau sont passées en télétravail et nous avons appliqués l'ensemble des mesures préconisées.

Je suis moi-même allé à la rencontre de mes salariés dans les usines.

Nous avons réorganisé les prises de postes pour éviter le regroupement et fait appliquer les distances de sécurité entre chacun, augmenter la fréquence de nettoyage des postes de travail, mis à disposition des gels, du matériels de protection (blouses, lunettes, masques).

Je pense que nos salariés sont mieux protégés qu'à l'hôpital.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/03/2020 à 0:37 :
Je déplore la tendance d'accuser les (mauvais) français de stocker massivement des produits alimentaires, alors qu'il n'y a pas de pénurie en vue. Pourquoi?
Contrairement aux autres crises, celle-ci n'est pas celle d'une pénurie annoncée par tel ou tel conflit, mais une crise sanitaire où le confinement est conseillé, voir obligatoire et le les contacts entre humains proscrits le plus possible pour éviter une prolifération du virus.
Au lieu donc de condamner, il aurait été souhaitable « d'organiser la distribution » de manière à ce que les gens stockent pour 15 à 20 jours de nourriture. Pourquoi 15 à 20 jours. Tout simplement parce que la durée d'incubation est d'une quinzaine de jours. Si à J1 je fais mes achats et si à J15 ou J16, je ne présente pas les symptômes de contamination, je peux sortir à nouveau, sans risque de transmettre la maladie. Et si tout le monde applique cette procédure, l’inflation des contaminations est beaucoup plus limitée que ce dont nous assistons encore aujourd’hui.
Réponse de le 27/03/2020 à 11:32 :
Pour 15j il vous faut combien de kilos de pâtes, de riz, de rouleaux de PQ ? J'ai 500g de pâtes dans le cellier (grand placard) et 300g dans la boite de la cuisine, et des coquillettes (500g, pas entamé). On a normalement tous des paquets d'avance (farine, pâtes, riz, sel, boites, surgelés éventuellement, bien pratiques pour dépanner), pour en temps normal, ne pas avoir à aller faire un achat simplement parce qu'un truc manque. Quand la boutique est proche, en bas de l'escalier, faut voir, quand faut rouler, on optimise.
Les gens craignent peut-être que ça dure 1 mois ou plus, mais si on devait être en confinement absolu il faudrait nous livrer des vivres pour quelques jours (dans un pays asiatique c'était tous les 3j, sans choisir ce qu'il y a dans le sac, au diable les gens "difficiles" :-) ).
Si on doit sortir en étant malade, mal en point, en doute, il faut mettre un masque (pour protéger les autres, en respectant quand même les distances ! En ai vu qui se croient à l'abri (courses jeudi 19 (poulet + 1L lait pour crêpes ça me fait 8 midi assurés), prochaines lundi 30), mais parait qu'il faut une ordonnance pour aller en pharmacie, pas pratique. J'ai des vieux FFP2 achetés en solde à l'époque car près de la "fin" administrative.
Certains en ville sortent trois fois par jour, acheter le pain, puis le journal puis à manger pour le soir. Ah le commerce de proximité. :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :