Municipales 2020 : "La stabilité fiscale est impérative" (François-Noel Buffet, Les Républicains)

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Avocat, sénateur, maire d'Oullins pendant 20 ans, François-Noel Buffet s'est engagé dans la course à la présidence de la métropole de Lyon parce qu'il en a "assez des comportements à géométrie variable selon les circonstances et les intérêts du moment". Le candidat de la droite et du centre défend, non sans dresser un bilan sévère des détenteurs du pouvoir actuel, sa vision d'une métropole "plus juste" pour La Tribune. Dernier volet de notre exploration des programmes économiques des principaux candidats (qui ont bien voulu nous répondre) à la présidence de la Métropole de Lyon.

LA TRIBUNE - Avocat, sénateur, maire d'Oullins... vous cumulez plusieurs années d'expérience de la vie politique, et notamment économique. Quelle est votre vision pour la Métropole de Lyon ?

François-Noël Buffet : La compétence économique de la métropole est un élément fondamental : sans richesse, pas de territoire. Si on n'est pas en capacité d'accueillir et de poursuivre du développement économique, on appauvrit ce territoire.

Je suis hostile à ce qui est en train de se passer à Grenoble par exemple : le maire voit son tissu économique quitter sa ville, qui entraînera fatalement, dans un délai assez rapide, un appauvrissement de ce territoire et une montée du chômage et des difficultés. Il faut maintenir un développement économique fort sur la métropole tout en participant, sans aucun doute, à la mutation profonde liée au développement durable.

Il n'y aura pas de développement du territoire métropolitain sans un partenariat fort avec le développement économique. Ces dernières années, beaucoup d'entreprises grands lyonnaises et régionales ont pris du volume et on a généré un certain nombre de créations d'entreprises. Un des enjeux demain sera d'essayer d'accrocher des grands comptes pour continuer de placer le Grand Lyon sur le plan économique comme une plateforme incontournable et une alternative soit à l'Ile de France, soit à d'autres secteurs.

Il faut rappeler que la métropole de Lyon représente 30% du PIB de la région Auvergne-Rhône-Alpes avec 300 ETI, 5 000 PME. C'est de l'emploi et de la richesse. Mais à partir de là, il ne faut pas oublier que ce n'est pas la collectivité locale qui choisit ses entreprises mais les entreprises qui choisissent ce territoire. A nous de créer les conditions pour que ce territoire continue d'être attractif et se développe.

Ce qui n'empêche pas de travailler par thématique. Il nous faut, incontestablement, soutenir le commerce, celui de de proximité et les petites unités artisanales. Cela passe par exemple par une aide à l'installation dans certains cas, un soutien au foncier car il coûte extrêmement cher, on peut aussi continuer à travailler avec les managers de centre ville pour maintenir les activités dans les centres municipaux.

Ensuite, il faut travailler sur la mutation écologique, aider les entreprises au sens large à trouver des emplacements adaptés proches des transports en commun, des capacités de logement universitaire ou autre pour l'ensemble de leurs salariés. Pour les grands comptes, il faut montrer l'enjeu de ce territoire qui est à la fois régional mais aussi national. On a au cœur de ce territoires des fleurons dans différentes filières - biotech, industrie, mécaniques, sciences de la vie, etc. - qu'il faut continuer de pousser. L'ensemble de ce tissu est une pépite que la métropole doit choyer et aider à développer.

Concrètement, comment voyez-vous cet accompagnement ?

On doit d'abord réaliser un travail très partenarial avec le monde économique, qui s'appelle syndicat patronal ou chambres de commerce, de métiers ou autre. On doit créer des liens beaucoup plus fluide en créant un comité de pilotage stratégique, une sorte de G5 ou G6 des forces économiques autour de la métropole. Il s'agit à la fois de suivre l'exécution des projets et d'ajuster au mieux les choix potentiels. Ensuite, il faut mieux exploiter les échanges internationaux qui existent avec les Communes et qui permettraient aux acteurs économiques de s'exporter.

Ensuite, on peut mettre en oeuvre des aides plus concrètes comme l'acquisition de foncier qui peut être réalisé via un outil de maîtrise foncière, c'est utile à la fois pour l'habitat ou pour le développement économique. On peut aussi accompagner les mutations des plus petites structures sur le plan environnemental, par exemple celles qui se trouvent dans la ZFE et qui n'ont pas forcément les moyens de changer d'un coup les camions qui fonctionnent au fioul. On peut aussi imaginer un système de micro-crédits qui servirait à se lancer... Autre idée, nous gérons le RSA et nous avons des Chambres des métiers qui mettent près de 1 000 emplois sur la table : il suffit d'organiser la rencontre et les formations.

Certaines mesures sont des outils pratiques, qui ne coûtent pas un sou : c'est uniquement de la méthode et de la volonté politique. Ensuite, on peut utiliser le levier des travaux : la métropole est un donneur d'ordres considérable dans le cadre des projets de construction, d'aménagement du territoire, des transports ou du logement. Avec une préférence, de façon tout à fait légale, pour les entreprises du tissu économique local. Il ne s'agit pas de s'enfermer, car sur des gros dossiers, comme le métro ou grands équipements, on sait que les appels d'offres doivent être plus importants. Il a beaucoup à faire.

L'attractivité d'un territoire, c'est aussi sa capacité à loger ceux qui viennent y travailler. Vous évoquez l'idée de recourir à un foncier maîtrisé. N'est-ce pas contradictoire avec l'ADN "de libre entreprise" traditionnellement défendu par les forces de droite ?

La politique du logement dans la Métropole de Lyon a été menée jusqu'ici par des gens de gauche. Et c'est un vrai échec. C'est même l'un de leur plus gros échec et le plus flagrant. Ils ont laissé faire le marché et ont contribué à l'exclusion de la classe moyenne du territoire. Ils ont organisé une sorte de ségrégation spatiale : dans notre métropole, le solde migratoire est négatif : il y a plus de gens qui partent qui n'y entrent. A cause des prix, ils partent loin.

Personne ne le dit à part moi. Je suis choqué qu'on puisse s'enorgueillir de payer 10 000 euros le m2 à la Croix-Rousse à Lyon. Ce sont des gens de gauche qui n'ont aucune vision de ce qu'est un parcours résidentiel et des services que l'on doit rendre à sa population. Construire du logement social, c'est d'une simplicité financière absolue, même si parfois c'est plus compliqué vis-à vis des élus. Laisser libre cours à l'accession à la propriété à des gens qui ont les moyens, c'est tout aussi facile. Mais s'occuper de ceux qui sont au milieu, qui n'ont droit à rien mais qui payent toujours tout est une autre affaire. Ils les ont mis dehors : Gérard Collomb et David Kimelfeld ont une co-responsabilité, je suis très en colère sur ce sujet.

La seule solution c'est un outil de maîtrise foncière forte, doté d'un budget de 70 millions d'euros en moyenne par an, pour acheter du foncier. Cela permet de ventiler les logements voire même d'en revendre une partie à un promoteur en contractualisant avec lui sur les conditions des prix de sortie. C'est un effort budgétaire mais c'est un vrai choix politique qu'ils ont toujours refusé de faire.

Concernant la location, outre la question de production, c'est aussi une question d'évolution des mentalités, notamment l'usage des Airbnb qui devient un sujet compliqué, notamment dans les centre-ville. On doit trouver les moyens d'inciter les propriétaires à louer à des occupants qui restent sur le territoire. Il y a des procédures avec l'Anah, par exemple, tout à fait positive, pour inciter à rénover leurs logements en contrepartie. Je suis pour un système vertueux car les systèmes coercitifs, il faut avoir les moyens de les contrôler - ce que nous n'avons pas forcément.

En terme de fiscalité pour les entreprises, quelle est votre position pour la métropole ?

La stabilité fiscale est impérative. Nous avions dit, en 2014, qu'il n'était pas utile d'augmenter la pression fiscale : Monsieur Collomb, comme Monsieur Kimelfeld, l'ont augmenté. Il a fallu attendre quelques semaines avant les élections pour que ce dernier reconnaisse que ce n'était pas utile.

Aujourd'hui, il vaut mieux parier sur le développement du territoire et la création de richesses - de fait, cela augmentera l'assiette - plutôt que de s'amuser encore à toucher les taux d'imposition. Sachant qu'on a encore de l'argent à récupérer, sachant que la métropole s'est fait condamnée sur la TEOM, et qu'il y a encore des choses à voir du côté de la gestion de l'eau.

Dans le cadre des compétences de la Métropole en matière d'insertion, quelles sont vos propositions pour améliorer l'accès à l'emploi ?

Le RSA, c'est 230 millions d'euros sur le budget de la métropole. Si on est capable de se mettre en relation avec le monde économique, on est capable de participer à l'insertion et remettre les gens au boulot. Il faut maintenir l'effort. Je crois beaucoup à ce système pour favoriser le retour à l'emploi.

Comment imaginez-vous les relations entre le pouvoir "central" et les différentes communes ?

La métropole a tout intérêt à déconcentrer ses services au plus proche des communes qui doivent avoir suffisamment de puissance pour pouvoir agir au quotidien sans remettre en cause les grandes stratégies qui sont mis en place. C'est le seul moyen qui permette de rapprocher l'institution métropolitaine au territoire sur lequel elle agit.

Nous sommes sur un territoire où le partenariat public/privé est courant. Faut-il maintenir cette tradition ?

Si on parle du tissu économique lyonnais, qui est très investi dans la vie de son territoire, c'est essentiel. Cela contribue à la réussite de ce territoire. Il y a un patronat lyonnais - des gens qui investissent leur argent personnel, pas des gestionnaires - qui se met au service de la collectivité locale.

Ensuite, si on parle de gestion de la collectivité, on ne peut pas tout faire en régie. La métropole n'est pas compétente dans tous les métiers du monde. Par contre, elle doit avoir un rôle de donneur d'ordre, dans le bon sens du terme, celui de définir les besoins et les objectifs. Elle doit être exigeante, y compris dans le contrôle et l'évaluation du service. Pour l'eau, je suis dans une logique du marché public, clair, transparent et ouvert à condition que nos ingénieurs et cadres définissent le cahier des charges de façon rigoureuse, avec des objectifs et des évaluations régulières.

L'autre question derrière celle de l'attractivité, c'est la mobilité. Qu'en pensez-vous ?

C'est le deuxième échec patent de ce mandat ! Malgré les discours, ils n'ont rien fait depuis 18 ans ! Et ils changent d'avis régulièrement en fonction de l'orientation des débats ! Il faut travailler sur le coeur de la métropole pour construire un système de développement prioritaire transport en commun / mode doux toute nature pour laisser l'accessibilité à ceux qui travaillent.

Ensuite, on gère les entrées et les sorties de la métropole dans un rayon de 50 km. Pour cela, il s'agit d'utiliser la voie ferrée comme un support majeur d'un réseau express régional efficace. Il faut développer le métro : ils n'ont fait que deux stations depuis ces deux dernières années. J'ai proposé aussi une navette fluviale, notamment vers le Val de Saône. Si on ne développe pas des moyens de transport de capacité lourde, on n'avancera pas.

Quelles sont vos relations avec le monde économique ?

La notion de développement économique et la notion d'entreprise ne me sont pas étrangères. Je sais ce que c'est que de payer des salaires à la fin du mois, d'émettre et recouvrer une facture et toutes tracasseries administratives. Je pense que les collectivités locales, même si elles ont des spécificités, devraient de plus en plus s'inspirer de la gestion d'une entreprise.

La vision entrepreneuriale, y compris dans le fonctionnement de l'institution, est essentielle. Les collectivités publiques, si elles veulent gagner en efficacité, ont intérêt à s'approprier les méthodes de management, de gestion et d'organisation du monde économique. Evidemment, avec des contraintes. Car, contrairement à ce qu'on imagine, c'est bien moins souple qu'une entreprise.

Je suis en relation constante avec ce monde depuis longtemps : en tant que maire, puis sénateur. J'ai été maire pendant 20 ans du cinquième pôle commercial de la métropole : si je dois apporter des preuves de ce que j'annonce, j'invite les gens à aller voir ce qui se passe à Oullins. J'y ai mené un travail acharné et qui paye, comme ceux qui sont sur ma liste à l'image de la tête de liste Marc Degrange, vice-président de la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne, tête de liste.

Les murmures de rapprochement avec Gérard Collomb sont-ils fondés, malgré votre sévérité à son propos ?

C'est un bruit qu'à intérêt à faire courir la partie adverse. La réalité, c'est qu'il n'y a pas d'accord parce qu'on est sur un projet qui a une vision et un enjeu différent. On est à la fin d'un cycle. Il est temps d'inventer une autre histoire avec une certaine vision, logique et assumée.

Celle des écologistes est dangereuse. Le monde économique en pâtira et on aura un problème, à terme, de pauvreté de ce territoire. La mandature actuelle nous a amenée à cette situation là : cela fait cinq ans qu'ils ont beaucoup de compétences, mais qu'ont-ils fait ? Je suis très sévère avec le bilan de leurs activités : il y a des choses qui ont été faite, mais sans vision réelle.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2020 à 12:27 :
pensée sociétale cohérente et efficace car l'économique et le social sont interdépendants à la différence de Mr Collomb socialiste pseudo compatible avec le patronat lyonnais et de Mr Kimelfield qui n'assume pas ses actions communes avec son prédécesseur pour devenir calife à la place du calife Collomb, qui lui, se prend pour Louis XIV et aurait préféré un retour sur son trône sans sanction démocratique !
Gens de sensibilité libérale et sociale moderne, cessons cette situation absurde dans notre région, caractérisée par un capitalisme humaniste et des talents d'entrepreneurs qui ont permis le fantastique développement de l'activité et de la société depuis le 19ème siècle et qui confie sa gestion à des gens de gauche à la pensée sclérosée, rêveuse et passéiste.

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