"Les ETI ont un comportement plus vertueux que les grands groupes" (Elisabeth Ducottet, Thuasne)

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(Crédits : Anka Lab)
Dirigeante du groupe stéphanois Thuasne, spécialiste des orthèses (CA 2018 : 225 millions d’euros), Elisabeth Ducottet a reçu le premier prix Messe Franckfurt il y a quelques semaines. Un prix récompensant une personnalité s’étant illustrée pour son implication dans l’économie sociale de marché.

Vous avez remporté, il y a quelques semaines, le premier prix Messe Frankfurt, dans le cadre de l'Académie française des Sciences Morales et Politiques. Ce prix récompense des valeurs humanistes et un engagement dans l'économie sociale de marché. Quels sont, concrètement, vos positions en la matière ?

Nous pouvons observer dans le panorama économique mondial deux types de comportements : les entreprises qui ont un objectif purement financier et celles qui ont d'autres ambitions. Thuasne se situe clairement dans la deuxième catégorie.

Evidemment, une entreprise ne peut pas se soustraire à son marché. Elle doit être apte à développer des services et des produits en cohérence avec les attentes de ses clients. Mais il y a probablement différentes façons de procéder.

Les entreprises visant uniquement un rendement financier sont inscrites dans le court terme, ne tiennent pas compte des attaches régionales, ne s'embarrassent pas avec les expertises personnelles des collaborateurs et, de manière générale, investissent peu. Elles ne sont pas inscrites dans une démarche à long terme.

Ce qui n'est donc pas le cas de Thuasne ?

Non ! Et ce n'est pas le cas de la plupart des ETI non plus. La pérennité nous importe énormément. Au nom de cette pérennité, nous sommes capables d'investir, d'accepter que leur rendement ne soit pas immédiat.

Par exemple quand nous nous développons à l'international ou que nous acquérons de nouvelles machines. Nous regardons sur des horizons à 10 ans. Les objectifs n'étant pas les mêmes, les comportements ne sont pas les mêmes. Or, on sait aujourd'hui que l'économie marche mieux lorsqu'elle est reliée à des comportements positifs.

La fidélité au territoire est par exemple un point majeur de ces comportements positifs. Les relations avec les institutions locales, avec les centres de formation, avec les communautés étudiantes etc, sont primordiales. Thuasne est extrêmement moteur sur ce sujet : nous avons par exemple une chaire à l'école des Mines de Saint-Etienne, nous travaillons avec la Cité du Design, nous avons des liens avec l'association Sport dans la Ville.

Cet attachement profond à notre histoire avec Saint-Etienne oriente nos comportements et nous oblige à une loyauté sans faille. Je crois que ce prix vient mettre en avant l'histoire d'une entreprise innovante, performante mais impliquée dans une responsabilité sociale et attachée à son territoire. Nous sommes ancrés dans la pérennité, l'agilité et la frugalité.

En interne, comment se traduisent ces engagements ?

Difficile de tout énumérer mais par exemple, je mets un point d'honneur à partager la stratégie de l'entreprise avec tous afin que chaque collaborateur puisse se situer dans l'organisation. L'idée étant vraiment de permettre à chacun de trouver un sens à son engagement au sein de Thuasne.

Autre exemple, nous travaillons de plus en plus en groupes projets, dont la responsabilité n'est pas donnée forcément au supérieur hiérarchique. Cela permet de mener d'intéressantes expériences managériales. Nous évitons au maximum le brouillard hiérarchique.

Qu'en est-il de l'égalité hommes/femmes dans votre entreprise ?

Je suis une fervente adepte de cette égalité mais je ne suis pas féministe dans le sens où je n'apprécie pas ces affichages permanents. Ce que je souhaite, c'est que la femme puisse réussir par elle-même, par ses compétences. Au Comex de Thuasne, nous sommes autant de femmes que d'hommes.

En tant qu'ex-présidente du syndicat des ETI, estimez-vous que ces entreprises adoptent toutes une attitude vertueuse, basée sur la pérennité ?

En grande majorité, oui, sans aucun doute. C'est une constante chez elles. Si on parle de la question des femmes par exemple, je pense qu'il y a beaucoup plus de femmes dirigeantes dans les ETI qu'ailleurs.

Vos enfants sont aujourd'hui à vos côtés pour diriger l'entreprise familiale. Quels sont vos combats pour l'avenir de Thuasne et de l'industrie française ?

Je poursuis notamment mon engagement sur le sujet de la fiscalité sur la production. Ce sujet est dramatique pour l'industrie française. Tant qu'elle sera à ce niveau, le plus élevé d'Europe, ce sera une contre-indication pour l'implantation de nouvelles entreprises. On nous a promis beaucoup de choses sur cette question. J'attends avec impatience que les mesures soient prises. L'Etat français doit par ailleurs faire en sorte que les entreprises de santé puissent continuer d'innover dans de bonnes conditions.

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