" La France a 20 ans de retard sur l’éducation en entrepreneuriat "

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(Crédits : DR)
La communauté de recherche en éducation en entrepreneuriat (CREE), née récemment à Lyon, organisait ce vendredi 8 mars à Roanne une conférence internationale avec pour thème "L’éducation en entrepreneuriat, repenser les connexions". Plusieurs universités étrangères étaient présentes à cette occasion. Pour Stéphane Foliard, organisateur de l’évènement et maître de conférences en entrepreneuriat à l’IUT de Roanne (Université Jean Monnet), la France a 20 ans de retard sur le sujet.

Vous êtes un ancien banquier, vous enseignez aujourd'hui à l'IUT de Roanne pour le DUT GEA. Qu'est ce qui vous a amené à vous intéresser à ce sujet, assez peu traité en France, de l'Education en entrepreneuriat ?
Stéphane Foliard : J'ai créé en 2012 à l'IUT de Roanne, avec Sandrine Le Pontois, le programme Campus des Entrepreneurs, au sein du DUT GEA. Pendant 10 mois, les étudiants travaillent à la vraie création d'une entreprise. Ils doivent trouver une idée, faire leur marketing, leur développement, etc. J'ai constaté les énormes progrès que faisaient les élèves, les bénéfices importants qu'ils retiraient de cette formation. Mais il reste encore beaucoup de choses à améliorer.

J'ai donc décidé de faire basculer mes recherches sur le sujet de l'entrepreneuriat sur celui de l'éducation en entrepreneuriat. Dans ce contexte, je me suis donc rapproché d'autres chercheurs travaillant cette thématique et en particulier d'Alain Fayolle, qui est enseignant chercheur à l'EM Lyon Business School. C'est lui qui est à l'origine de CREE (Communauté de recherche en éducation en entrepreneuriat). La communauté existe depuis fin 2017.

Quel est l'objectif de cette communauté ?
Elle a pour objectif de fédérer au niveau national, mais aussi international les chercheurs intéressés par l'éducation en entrepreneuriat. Nous sommes actuellement une quinzaine de Roanne, Lyon, Grenoble, Limoges, Paris...
Ce n'est pas simple dans le monde universitaire de travailler sur cette thématique car elle est au carrefour de plusieurs disciplines. Il y a encore un certain nombre de verrous à faire sauter dans l'université française pour pouvoir vraiment avancer sur le sujet. Dans un deuxième temps, l'idée est d'aller également sur l'éducation en entrepreneuriat pour les plus jeunes, au collège, au lycée et pourquoi pas même dès l'école maternelle.

"Les écoles de commerce se sont saisies du sujet"


Aujourd'hui, où en est la France sur cette question de l'éducation en entrepreneuriat ? Comment se situe-t-elle par rapport à d'autres pays ?
Nous avons 20 ans de retard sur les Nord-Américains par exemple. Le premier cours remonte à 1947 à Harvard. En France, les premiers vrais programmes d'accompagnement vers l'entrepreneuriat à l'Université ont été lancés il y a 5 ans maximum, avec les PEPITE.

En revanche, actuellement, la situation évolue très très vite. Les écoles de commerce se sont saisies du sujet, ce qui est assez naturel, mais aussi - et c'est plus surprenant - les écoles d'ingénieurs. C'est une très bonne chose car ces ingénieurs ont un savoir-faire technique pointu assez facile à transformer en entreprise.

La France est donc sur la bonne voie...
Oui très certainement. Mais il reste des barrières à lever à l'Université pour développer les programmes d'éducation à l'entrepreneuriat. La première réside dans l'organisation même de notre système universitaire, en disciplines cloisonnées : le Droit, la science, la gestion, etc. Elles se parlent assez peu. Or, la création d'entreprise nécessite de solliciter toutes ces compétences.

Pour améliorer les programmes, nous avons besoin de trois choses : la gestion évidement, mais aussi les connaissances des Sciences de l'éducation pour améliorer la pédagogie, et la psychologie. Faire créer une entreprise à un étudiant est loin d'être neutre.

Ces formations à l'entrepreneuriat doivent-elles être réservées aux étudiants avec des idées précises de création d'entreprise ou doivent-elles être ouvertes plus largement ?
Effectivement, depuis trois ans environ, on est en train de se rendre compte en France que les qualités d'un entrepreneur peuvent aussi être très utiles à un salarié. Un entrepreneur s'adapte aux risques, il est créatif pour trouver des solutions. Dans notre environnement très turbulent, les entreprises ont besoin de salariés disposant de ces aptitudes, d'intra entrepreneurs.

"Cela amène au moins les étudiants à sortir de leur zone de confort"

Beaucoup d'entreprises florissantes ont été créées par des autodidactes. Est-ce vraiment si important d'apprendre à entreprendre?
Il est difficile de dire si nous avons un vrai impact sur nos étudiants. Est-ce qu'on facilite juste leur démarche, est-ce que sans éducation à l'entrepreneuriat, ils se seraient quand même lancés ? C'est aussi un des enjeux de nos recherches. Nous n'avons pas assez de recul en France pour le dire car les programmes sont trop jeunes. Il faudrait suivre les entrepreneurs pendant 20 ans au moins, pour bien mesurer les impacts. Ils existent, c'est certain, mais ne sont pas non plus monstrueux. Il existe tellement d'autres facteurs qui peuvent jouer sur la pérennité d'une entreprise...

Pourquoi est-ce si important alors de développer l'éducation en entrepreneuriat ?
Dans tous les cas, cela amène au moins les étudiants à sortir de leur zone de confort, à avoir un enseignement contemporain qui colle parfaitement aux attentes du marché sur plusieurs disciplines. Quand ils apprennent à créer leur entreprise, ils font l'apprentissage de la négociation avec de vrais banquiers, de vrais fournisseurs ; ils apprennent à répondre à la demande de vrais consommateurs. Ce n'est pas de la théorie ou des enseignements délivrés par des professeurs parfois éloignés depuis longtemps des entreprises.

Ces dispositifs permettent d'émanciper les étudiants, de développer l'esprit d'entreprise, la capacité d'initiative. En résumé de les aider à transformer leurs idées en actions. Mais pour cela, il faut insuffler dès le plus jeune âge l'esprit d'entreprendre et l'idée que l'entrepreneuriat, et donc peut-être l'échec, n'est pas un gros mot !

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a écrit le 23/03/2019 à 12:52 :
Pourquoi un tel titre ?
Pourquoi n'avoir retenu de notre entretien que la partie négative que je vous ai présentée comme des challenges ?
Ce que je pensais être une promotion de la communauté française d'enseignants et chercheurs en entrepreneuriat de transforme dans vos colonnes en un brûlot contre notre travail, contre mon travail, juste avec un titre ! 20 ans de retard ! C'était dans ma bouche une expression toute faite pour dire que nous devons nous inspirer des canadiens ou des norvégiens ! Pas pour cracher sur tout le travail qui a été fait !
J'ai passé un temps fou, un énergie considérable, mis tout mon enthousiasme à organiser une conférence internationale qui a été un vrai succès, qui a souligné la qualité du travail fait en France. Votre titre et vos choix suite à notre entretien mette une grande partie de ce travail à terre.
Je le vis personnellement très mal.
Je ne garde de tout cela qu'une leçon : je dois rester maître des mots, je ne pensais pas que se serait pour me protéger et protéger ceux qui croient dans l'éducation en entrepreneuriat en France. Il y a du travail, des challenges mais aussi beaucoup de talent et de bonne volonté !
Je tenais à vous donner ce sentiment amer.
Stéphane Foliard
Organisateur de la conférence sur l'éducation en entrepreneuriat CREE 2019
a écrit le 09/03/2019 à 8:49 :
Je crois aussi que si les entrepreneurs etaient formes et avaient tous la volonté d'un vrai souci au client le France n'en serait pas là
mais la communication est privilégiee sur la R & D et le souci du client reste à la marge pour pas mal
dommage pour l'economie et l'emploi
le problème n'est pas la volonte d'entreprendre mais la façon d'entreprendre
ce n'ets pas pour rien que des gens passés par de grandes ecoles finissent par changer d'orientation pro

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