Xi Jinping : le changement dans la continuité

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(Crédits : DR)
Alors que le président chinois est arrivé aujourd'hui à Lyon pour une visite d’Etat de 3 jours en France, Alice Ekman décrypte les bouleversements, sociaux et économiques qui secouent l'Empire du Milieu.

Pour la Chine et les investisseurs chinois, que représente aujourd'hui la France ?

Depuis la politique d'internationalisation des entreprises chinoises encouragée par le gouvernement chinois dès fin des années 1990, la France représente un marché européen incontournable pour les investisseurs chinois, de par sa taille, sa situation géographique, les technologies et savoir-faire existants. Elle l'est toujours, tout comme l'est l'Allemagne et la Grande-Bretagne, même si aujourd'hui de nombreuses entreprises chinoises cherchent à diversifier leurs investissements en Europe, notamment vers des pays où le coût de la main d'œuvre est moins élevé (Europe du sud, de l'est). Toutefois, il est nécessaire de relativiser l'ampleur des investissements chinois en France, qui reste limités. Ils sont en augmentation constante ces dernières années mais ne représentent encore aujourd'hui que moins de 1% du total des investissements directs étrangers sur le territoire.

La Chine fait-elle encore rêver les entrepreneurs français ?  

Bien-sûr, compte tenu de la taille du marché et des potentialités de développement dans les provinces intérieures, dans un contexte d'urbanisation rapide et d'émergence de la classe moyenne. L'attractivité du marché chinois demeure très forte aux yeux des grandes entreprises françaises, qui continuent à y investir massivement. L'écart semble s'être aujourd'hui creusé avec l'Inde par exemple, autre marché émergent et fortement peuplé d'Asie, dont le potentiel de développement était souvent comparé à celui de la Chine il y a quelques années. Aujourd'hui, la majorité des entreprises françaises du CAC 40 présentent en Asie place avant tout le marché chinois au cœur de leur stratégie, devant le marché indien.Ceci étant, la majorité des entrepreneurs français demeurent conscients des nombreux obstacles à l'entrée ou au développement sur le marché chinois, dû principalement au rôle central que continue à jouer l'Etat dans l'économie.

Comment analysez-vous le développement actuel de la Chine alors que probablement jamais le coefficient Gini - mesurant les inégalités au sein d'une même population - n'y a été aussi élevé ?

Il est vrai que les inégalités de développement sont particulièrement marquées au sein du territoire chinois, à plusieurs niveaux : entre zones rurales et urbaines, mais aussi au sein même des villes, où cohabitent résidents permanents et migrants. Plus globalement, demeure l'écart traditionnel de développement entre les provinces de la côte est/sud est, qui se sont développées sous l'impulsion des zones économiques spéciales créées sous l'ère Deng Xiaoping, et les provinces du centre et de l'ouest du pays. Mais sur le terrain, de fortes inégalités de développement sont également observables au sein même de ces provinces de la côte est considérées comme riches, alors que le gouvernement chinois soutient aujourd'hui en priorité le développement des provinces pauvres. Il existe par exemple de très forts contrastes au sein de la province du Hebei, qui entoure Pékin, entre le niveau de développement de la capitale et cette province.

La réduction des inégalités est une priorité de l'équipe dirigeante chinoise actuelle. Mais harmoniser le niveau de vie à l'échelle nationale est une tâche ardue alors que la stratégie de développement économique privilégie une différentiation par zones prioritaires depuis plus de 35 ans. Surtout, réduire les disparités entre zones rurales et urbaines nécessite la conduite de plusieurs réformes de grande ampleur en parallèle: propriété foncière en zone rurale, permis de résidence, développement du système de sécurité sociale, financement des collectivités locales, etc.

Faut-il attendre de Xi Jinping des réformes politiques d'envergure, au delà de sa « chasse aux ripoux » au sein du parti communiste chinois lancée depuis son arrivée à Zhongnanhai (l'Elysée chinois) ?

Jusqu'à présent, les décisions prises depuis l'arrivée de Xi Jinping il y a près d'un an et demi s'inscrivent pour la plupart dans la continuité de celles prises par son prédécesseur Hu Jintao. L'objectif est d'assurer le maintien du système politique actuel et la légitimité du parti unique aux yeux de la majorité de la population nationale. Par ailleurs, Xi Jinping ne remet pas en cause l'approche pas-à-pas privilégiée depuis le lancement de l'ère de réforme et d'ouverture en 1978 et qui permet de maintenir une forme de consensus entre conservateurs et réformistes au sein du Parti. Dans ce contexte, il ne faut pas s'attendre à un changement de cap majeur de la part de l'équipe dirigeante chinoise actuelle, mais plutôt à des ajustements ponctuels, circonscrits, en réponse aux attentes les plus pressantes de la population.

Le problème de pollution auquel sont confrontées de nombreuses villes chinoises peut-il devenir un réel facteur de déstabilisation du régime ?

Cela l'est déjà. Les mouvements de protestation liés à la pollution se sont multipliés ces dernières années, autant sur les réseaux sociaux que dans la rue. C'est notamment pour cette raison que le gouvernement chinois prête une attention nouvelle aux questions environnementales, et qu'il a accordé des concessions à certaines revendications de manifestants ces dernières années - comme par exemple la fermeture d'usines pétrochimiques dans plusieurs villes du pays depuis 2011.

Propos recueillis par Pierre Tiessen

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Commentaires
a écrit le 28/03/2014 à 9:49 :
La Chine , avec tout ce qui est fait aux droits de l'homme, au Tibet, la Chine qui tolère des électrocutions de 10e de tigres, pour des fêtes de grands magnats, qui massacre tous animaux qui portent des cornes.....ouais! c'est super la Chine!
a écrit le 28/03/2014 à 8:53 :
quand on voit le marasme qui a été organisé pour recevoir le Président chinois...!les Parisiens sont heureux !! petits plats dans les grands! mais quand on sait que "la cuisine de l'Elysée est dégueulasse", comme l'a dit la ministre du commerce extérieur (?)qui sait celle là? ), et quand on sait que ces cuisines coûtent aux contribuables 4,4milloins d'eur/an, on peut se demander ce que va en penser le Président chinois, à son tour....
a écrit le 27/03/2014 à 10:25 :
Appel au rassemblement citoyen pendant la visite du Président chinois à Paris.
Date : le jeudi 27 mars à partir de 15h Lieu : Parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro à Paris. Métro ligne 9, ou 6 : Trocadéro.
Chers amis ,
La Communauté Tibétaine de France et ses Amis appellent les citoyens français à se mobiliser de manière massive et active pendant la visite du Président chinois Xi Jinping à Paris.
Réponse de le 28/03/2014 à 8:35 :
je ne sais si vous avez vu les infos ce matin, on a tout fait pour camoufler ce qui aurait pu être un affront pour le Président chinois : police courant derriere des personnes possédant des drapeaux, ils sont même allés placer le président chinois dans la voiture du côté opposé d'une exposition d'un artiste chinois qui expose actuellement à Paris pour qu'il ne puisse voir le "poing" belliqueux de cet artiste en signe de révolte sur un parvis ....il est beau le pays" des droits de l'homme".....la baisse des pantalons, on sait faire ! tout ça pour quelques contrats dont on ne profitera pas beaucoup (tout est presque fait en Chine, sauf certaines pièces chez nous.. ) pour donner des leçons, le gouvernement est là, pour mettre en pratique, c'est autre chose, hélas !!
Réponse de le 28/03/2014 à 9:50 :
on en est arriver à quémander des miettes...Pathétique !
a écrit le 27/03/2014 à 10:04 :
Excellent article , tant au niveau du fond que de la forme...
Nous restons persuadés que les entrepreneurs Français sauront faire preuve de stratégie , d'ambition , de technicité et de doigté diplomatique , choses qui les caractérisent , toutes choses égales par ailleurs...

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