Le Bitcoin peut-il disparaître ?

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Serge Roukine est fondateur d'Appdays et auteur du livre Comprendre et utiliser le Bitcoin chez 19éditions
Serge Roukine est fondateur d'Appdays et auteur du livre "Comprendre et utiliser le Bitcoin" chez 19éditions (Crédits : DR)
Alors que se déroule sous nos yeux l'effarant naufrage de MtGox, la plateforme d'échange historique du Bitcoin, certains se posent désormais avec plus d'assurance la question de la survie du Bitcoin.

Le Bitcoin est une monnaie électronique décentralisée. Personne ne contrôle cette devise, basée sur un réseau de milliers d'ordinateurs distribués dans le monde entier. Le système Bitcoin n'appartient à personne, comme personne ne possède le protocole internet ou le protocole email. Sa valeur repose sur ses qualités intrinsèques : le Bitcoin est infalsifiable, rare, pseudo-anonyme et aucun état ou banque centrale ne peut décider unilatéralement de créer des Bitcoins pour des raisons politiques ou économiques.

La faiblesse du Bitcoin est sa jeunesse

Comme avec toute monnaie, on peut vendre et acheter des services ou des produits en Bitcoins. En tant que tel, le Bitcoin est un moyen tout à fait sécurisé de faire des échanges. Vous pouvez par exemple payer une commande à un fournisseur chinois en moins d'une heure, sans payer aucun frais bancaire ni de frais de change. C'est le genre de progrès que permet cette invention. Mais la faiblesse du Bitcoin tient à sa jeunesse : si tout le monde avait déjà des Bitcoins et savait vendre et acheter dans cette monnaie, nous n'aurions presque pas besoin d'avoir recours aux plateforme d'échange comme MtGox. Ces sites permettent d'acheter de la monnaie électronique avec de la monnaie fiduciaire (réelle) ; elles sont un mal nécessaire du Bitcoin.

La chute d'MtGox

MtGox a déposé le bilan la semaine dernière. Suite à un hack ou à un bug (on ne sait pas trop), la plateforme d'échange s'est vue dépossédée de près d'un demi-milliard de dollars en Bitcoin et, encore plus surprenant, de plusieurs millions de dollars en monnaie réelle. Des centaines de milliers de "déposants" sur ce site vont donc, selon toute probabilité, perdre tout l'argent qu'ils y avaient laissé. La question est de savoir qui est responsable de cette catastrophe financière. Est-ce le système Bitcoin en lui-même  qui ne serait pas sécurisé ? Ou est-ce l'irresponsabilité et l'amateurisme de Mark Karpeles, le fondateur de MtGox ? Il est aujourd'hui trop tôt pour le dire avec certitude mais plusieurs indices nous font pencher vers la seconde hypothèse.

Opacité

Tout d'abord la réputation de MtGox et de son fondateur est entachée de nombreuses maladresses, de bugs et de vulnérabilité. En 2011 par exemple, les identifiants de plus de 60 000 de ses comptes utilisateurs avaient été divulgués par des hackers et de nombreux Bitcoins avaient été volés. De plus, la structure de MtGox est extrêmement opaque. Seul son fondateur et Pdg semble savoir ce qui s'y passe. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas transparent. L'entreprise domiciliée au Japon et dirigée par un français avait la majorité de ses clients aux Etats-Unis, ce qui rajoute une couche supplémentaire à cet imbroglio. Enfin, si le Bitcoin devait être réellement vulnérable, personne ne l'a prouvé à ce jour, malgré le fait que des milliers de hackers s'intéressent à ce sujet chaque jour depuis 2009. Si les logiciels basés sur le Bitcoin sont eux-mêmes vulnérables, le protocole sous-jacent ne l'est pas.

Invention majeure du XXIe siècle

Même s'il est trop tôt pour établir clairement les circonstances de cet incident majeur, on peut d'ores et déjà estimer que le Bitcoin, en tant que tel, n'est pas responsable de la débâcle de la plus connue des plateformes d'échange. C'est comme si l'on disait que la faillite de Lehman Brothers était "de la faute" du dollar. Le Bitcoin est l'une des inventions majeure du XXIe siècle. Pour autant, il est bon de rappeler qu'il s'agit d'une innovation récente et, qu'en tant que telle, elle est risquée. On a coutume de dire qu'il ne faut pas investir plus dans le Bitcoin que ce que l'on est prêt à perdre. C'est toujours, aujourd'hui, un conseil à garder à tête.


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a écrit le 08/03/2014 à 14:43 :
Le hic ici semble être que la monnaie virtuelle (bitcoin litecoin etc) qui normalement est une monnaie de réseau reste dépendante de la plate-forme. En créant une banque de données centrale - sur le genre autocontrôle internet - comprenant les codes des bitcoins spécifiques alors la propriété des bitcoins deviendrait totalement et immédiatement indépendante des plates-formes. Les codes indicant la propriété seraient protégés. Il n’y aurait plus ce genre de manipulation possible de tonte des pigeons ni de danger pour les « investiseurs ». . A part, bien entendu, les hauts et les bas de la valeur à un moment donné qui elle ne depend pas d'une seule plateforme.
a écrit le 07/03/2014 à 19:47 :
On dirait que la valeur de cette monnaie revient à coter le prix de la bêtise. A part être utile à quelques mafieux, quel avantage peut on y trouver? Elle n'est attachée à rien et sa vraie valeur est la valeur de rien...
Réponse de le 07/03/2014 à 21:18 :
"A part être utile à quelques mafieux, quel avantage peut on y trouver?" : Si un système de ce type prenait (avec des institutions effectuant la conversion euro/monnaie décentralisées), ça voudrait dire des paiements par carte coûtant quelques centimes aux commerçants. Vous comprenez maintenant pourquoi les banques avec leurs 3.x% sur les transactions par carte bancaire vous expliquent que c'est utile uniquement pour les escrocs? Mais bon, j'imagine que vous n'avez pas eu la curiosité de regarder comment ça fonctionnait?
a écrit le 07/03/2014 à 19:12 :
Non mais l'euro oui et le plus vite sera le mieux
a écrit le 07/03/2014 à 19:02 :
Une monnaie qui n'est gagée sur rien n'a aucune valeur, c'est aussi simple que cela. Tant pis pour ceux qui ont oublié les fondamentaux. Ce sont les même types de réveurs plus ou moins honnêtes qui placent leur économies sur des fonds mafieux en espérant des plus values mirifiques ou évaluent à plusieurs centaines de milliards des boites qui ne font pas un dollar de bénéfice et dont le patrimoine tient sur 10 bureaux IKEA.
a écrit le 07/03/2014 à 18:54 :
Le bitcoin est déjà mort. Ceux qui en achètent aujourd'hui sont les loosers de demain.
Réponse de le 07/03/2014 à 19:31 :
Le problème du bitcoin est qu'il n'est pas équitablement distribué et que effectivement il ne se base sur aucun assets tangible qui plus est contrôlé par une bande de nerds sans statut légal: pure spéculation.
La monnaie virtuelle peut exister si seulement elle est assurée par un état ou une entreprise sur laquelle les possesseur peuvent espérer durablement s'il n'y aura pas de faillite ..,
a écrit le 07/03/2014 à 18:08 :
Acheter du vent avec du vrai argent, il n'y a que les fous pour le faire. Comme de croire que le papier qu'on appelle monnaie à une vraie valeur autre que celle que la confiance qu'on lui accorde.
Réponse de le 07/03/2014 à 18:56 :
croyez vous que le "vrai argent" a plus de valeur que le bitcoin ?
Réponse de le 07/03/2014 à 18:59 :
Le peuple n'a plus confiance en la "monnaie" il l'utilise par défaut... si une autre forme d'échange se présente il l'adoptera sans état d'âme
Réponse de le 08/03/2014 à 16:10 :
Le Peuple n'a plus confiance en la monnaie , et il a raison , ça imprime autant avec la BCE qu'avec la FED.
Mais ce n'est pas une raison pour acheter du Bitcoin qui n'est rien d'autre qu'un prototype de monnaie Ultra-Spéculative.
Achetez de l'argent physique. C'était l'ancienne monnaie , ça l'est resté.

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