De Milgram au « jeu de la mort »

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(Crédits : Acteurs de l'Economie)
A quel moment cesse-t-on d'obéir à l'autorité ? Stanley Milgram est sans doute le premier à avoir tenté de répondre à cette question au début des années 60, aux Etats-Unis.

Ce psycho-sociologue enseignant de la prestigieuse université de Yale recrute par petites annonces quelques dizaines de volontaires pour une « étude sur la mémoire ». On indique aux participants qu'il s'agira de tester scientifiquement les effets de la punition sur l'apprentissage des connaissances. « Un élève, attaché dans la pièce voisine, recevra des chocs électriques, dont l'intensité croîtra au fur et à mesure des erreurs qu'il commet. Le volontaire aura, à chaque erreur, à commander ces chocs croissants en appuyant sur des manettes où les chiffres sont gradués de 15 à 450 volts. L'expérimentateur précise que si les chocs sont douloureux, ils ne laissent pas de lésions permanentes. Bien entendu, à l'insu du volontaire, l'élève est un comparse et les chocs sont fictifs », décrit le psychanalyste et sociologue Gérard Mendel dans Histoire de l'autorité (La découverte). Lors de l'expérience, 62,5% des sujets portent la manette jusqu'à 450 volts. Un chiffre bien supérieur aux prévisions qui avaient été élaborées en amont, selon lesquelles la majorité des volontaires devait désobéir à la consigne de poursuivre au-delà de 150 volts. Selon ces études, 4% des volontaires devaient aller au-delà de 300 volts, et seulement un ou deux sujets sur mille - des cas hautement pathologiques - devaient se risquer jusqu'au choc le plus élevé.
Le livre de Stanley Milgram, Soumission à l'autorité (Calmann-Lévy), paraît en 1974. Quelques années après les guerres du Vietnam et d'Algérie, il fait sensation. Mais ne suscite quasiment pas de commentaire critique : « Le tout de l'événement éditorial peut se résumer en une phrase : les deux tiers des civilisés se changent d'une minute à l'autre en abominables tortionnaires pour peu que l'autorité le leur commande », souligne Gérard Mendel. Près de cinquante ans plus tard, l'expérience de Milgram, considérée par beaucoup comme l'une des dix plus grandes au niveau mondial, continue d'être citée. En mars dernier, lors de la rediffusion sur France 2, du documentaire de Christophe Nick, le Jeu de la mort, nombreux sont ceux à avoir voulu rendre l'origine du concept à Stanley Milgram. Au cours de ce jeun télévisé présenté par l'animatrice Tania Young, incarnation de l'autorité, plus de 80% des participants étaient allés jusqu'au bout, c'est-à-dire à avaient administré une décharge de 460 volts à leur partenaire en punition d'une mauvais réponse.

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