"Patron, ce rêveur éveillé".

 |   |  701  mots
Par Abdénour Ain Seba, gérant et cofondateur de la société PassWord.©Laurent Cerino
Par Abdénour Ain Seba, gérant et cofondateur de la société PassWord.©Laurent Cerino (Crédits : Laurent Cerino)
Si le concept de ‘Rêve éveillé’ est un occimore usuellement utilisé dans les domaines de la spiritualité et de la psychanalyse, il est rare de le retrouver dans celui de l’économie et encore moins pour qualifier les chefs d’entreprises

Lorsque nous nous lançons dans la vie entrepreneuriale, nous n'imaginons pas à quel point ce n'est pas un choix professionnel mais bien un choix de vie que nous faisons. Que l'expérience que nous allons vivre nous changera irrémédiablement. Nous créons parce que nous sentons, tel l'artiste, le besoin de remplir un vide, que nous ne savons qualifier d'intérieur ou d'extérieur. Nous le ressentons dans notre être, dans nos ventres. L'acte de création nous donne alors le sentiment d'accoucher d'une œuvre, d'un être nouveau et nous prenons soin de lui car nous concevons la naissance comme l'harmonie entre la fragilité de la vie et la force de la construction.

Un grain d'inconscience

Nous créons parce que nous avons un brin d'utopie, un grain d'inconscience et un rien d'esprit aventurier. Nous croyons que l'utopie peut être davantage qu'une simple illusion. Qu'à force de rêver le rêve devienne réalité. D'ailleurs, si l'utopie d'hier est bien la réalité d'aujourd'hui, pourquoi le rêve d'aujourd'hui ne serait-il pas la réalité de demain ? C'est parce que nous rêvons que nous osons entreprendre. C'est parce que nous sommes en constant éveil que nous dirigeons, que nous décidons. C'est parce que nos rêves nous portent que nous posons une vision. C'est éveillés que nous proposons des axes stratégiques. Ce rêve c'est avant tout celui de la liberté, de la libération et non celui du libéralisme irresponsable. Pour reprendre Arnaud Desjardin, « L'homme libéré sait qu'il n'est pas libre. Et l'homme non libéré se croit libre ». Ce cheminement nous l'entamons avant notre projet d'entreprise, lors de notre projet d'entreprendre. Puis nous passons de l'utopie à la dure réalité du quotidien de manière soudaine, parfois brutale : des clauses contractuelles que nous pensions peu conséquentes, des trous de trésorerie appréhendés avec naïveté, des premiers recrutements hasardeux, des relations avec une administration que nous découvrons basées sur le soupçon. Ces contrariétés et contraintes peuvent nous éloigner durablement et irrémédiablement de notre mission et le rêve peut ne jamais surgir. Loin de créer de nouvelles richesses, l'entreprise se recroqueville alors sur elle-même et les chiffres deviennent obsessionnels.

Le rêve s'allie à l'éveil

Le plus souvent, l'expérience se construit et l'utopie des premières heures du créateur, qui a cédé aux coups de boutoir de l'existence du dirigeant novice, renait sous la forme du Rêve chez l'entrepreneur. Nous atteignons alors la maturité, car le rêve s'allie à l'éveil. Nous ne nous berçons plus d'illusions, nous connaissons alors la complexité sans fin du monde de notre entreprise, les déceptions qui se profilent dans notre horizon, le peu d'appuis qui s'offrent à nous, la solitude face à nos décisions, la nécessité de montrer le chemin que nous ne connaissons pas mais que nous sommes convaincus de découvrir juste un peu plus loin. Nous savons aussi que nos projets sont des rêves que le travail, la conviction et le partage rendront, en partie seulement, réels. Que ces concessions impossibles à réaliser dans notre rêve, paraitront, de second ordre au moment opportun, celui de l'accomplissement. Le chemin de l'éveillé est ainsi fait. « Faites que votre rêve dévore votre vie avant que la vie ne dévore votre rêve » nous propose Philippe Chatel. C'est l'invite faite à chaque entrepreneur afin qu'il continue à entreprendre tous les jours et ne se transforme en simple dirigeant gestionnaire, perdant ainsi une part de lui-même. Qu'à son regard le danger s'estompe face à l'opportunité. Les patrons n'ont pas été préparés à faire leur métier. L'eussions-nous été, aurions-nous tenté l'aventure ? Mieux armés aurions-nous osé rêver ? Alors, ensemble clamons : Laissez-nous rêver de lendemains plus heureux ! Laissez-nous rêver afin qu'éveillés nous nous sentions assaillis d'opportunités ! Laissez-nous rêver pour un plein éveil de notre conscience !

         Gérant
Président du CJD Lyon 2007-2009 et Rhône-Alpes 2010-2012
Président de la Commission Nationale du Dialogue Social du CJD 2010-2012
Administrateur de RDS
Vice-Président du CESER Rhône-Alpes

    
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/02/2017 à 2:00 :
Cher monsieur Abdenour Ain Seba: bien que je ne puisse pas me considérer comme patron, je fus Maître Artisan maçon, propriétaire exploitant selon la dénomination administrative et travailleur indépendant, donc sans employé ( je suis né en 1946); j'adhère totalement à votre manière de dire les choses . Marié et père de famille et grand père, je suis simultanément engagé depuis 35 ans diacre de l'église catholique romaine, alors l'utopie je connais un peu, bravo d'exprimer de cette façon ce qu'est toujours mon esprit entrepreneur. Merci! beaucoup et belle route à vous.!
a écrit le 01/03/2014 à 5:49 :
Si le patron est ce rêveur éveillé, le salarié c'est le dormeur du val ?

L'entreprise n'est elle pas la jonction entre le rêve du patron (le projet) et l'engagement dans le travail de ceux qui font les réalisations et par cela leurs épanouissements ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :