Gilles Kepel : "L’avenir du monde arabe conditionne celui de la France"

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(Crédits : Rea)
Il est le plus fin connaisseur du monde arabe, dont il étudie les civilisations, les cultures, les religions, les sociétés depuis trente-cinq ans. Le politologue, auteur de Passion arabe (Gaillimard) l'examine dans ses entrailles les plus inaccessibles, là où se nichent la singularité, les espérances, les spectres qui donnent lecture de son récent passé et surtout de son avenir.

C'est au milieu des années 70 que vous avez commencé d'ausculter le monde arabe. Aujourd'hui, à la lumière de la progression de vos recherches et de l'évolution économique, sociale, identitaire, religieuse, géopolitique desdits pays concernés, aimez-vous ce monde plus que jamais ? Le redoutez-vous plus que jamais ?

Cette région du monde, je l'aime autant que toujours et plus que jamais. Le titre de mon livre résume bien ce sentiment : dans Passion (arabe) sont concentrés l'extraordinaire enthousiasme de l'amour, mais aussi la dimension christique que l'on rebaptise souffrance. Cette ambivalence émotionnelle, chaque événement révolutionnaire depuis 2011 la nourrit : aux heurts, aux massacres, aux désespérances répondent la conquête de nouveaux droits, l'aspiration à vivre autrement, la volonté de récupérer une liberté d'expression, de création, qui avait été confisquée depuis plusieurs décennies par les régimes despotiques issus de l'indépendance et/ou maltraitée par les prédications des radicaux religieux. Bien sûr, le chemin vers cet affranchissement est nécessairement tortueux et chaotique, mais connait-on des métamorphoses d'une telle ampleur qui se sont déroulées de...

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