Nathalie Stubler (PDG, Transavia France) : "La clientèle affaire est l'une de nos priorités"

 |   |  1367  mots
(Crédits : Transavia)
Pour ce premier entretien accordé à la presse depuis sa prise de fonction, l'ancienne secrétaire du comité exécutif d'Air France-KLM depuis 2014, fraîchement nommée à la tête de Transavia France, dévoile les contours de sa stratégie. Pour atteindre l'objectif d'un retour à l'équilibre en 2017, Nathalie Stubler misera sur une diversification de la clientèle et sur une multiplication des routes en Europe. Pour ce second point, l'entreprise devra notamment s'appuyer sur une plus grande flexibilité. Un premier pas important a été franchi ces derniers jours, suite à la signature d'un accord d'entreprise avec les syndicats représentatifs des personnels de cabine, permettant un détachement temporaire de stewards et d'hôtesses à Lyon pour l'été.

Acteurs de l'économie-La Tribune. Après sept ans d'existence, Transavia a connu une seule fois un résultat net positif. C'était en 2012 (un million d'euros). L'an dernier les pertes étaient d'environ 35 millions d'euros. Quelle est votre feuille de route pour réussir le pari de la croissance que vous a confié Alexandre de Juniac, le PDG d'Air France-KLM, maison-mère de Transavia ?

Nathalie Stubler. Ma feuille de route a un objectif : réussir le pari de la croissance. Pour Transavia France, c'est la quatrième année que la croissance progresse. L'ambition est d'être à l'équilibre, pour l'ensemble des deux Transavia en 2017. C'est la cible donnée par le groupe.

Pour réussir ce pari, il faut augmenter les recettes. D'où le choix de développer de nouvelles routes, comme c'est le cas au départ de Lyon, mais aussi à partir de Paris. Nous souhaitons constituer un réseau européen équilibré, ce qui permettra à la compagnie d'être moins exposés à des événements géopolitiques dans des zones ciblés, comme ce fut le cas l'an dernier.

Le deuxième axe de développement de ce nouveau business model repose sur un équilibre de notre clientèle à travers un élargissement du segment de cette dernière. Celle-ci ne doit plus uniquement être de loisirs ou d'été, mais aussi être davantage composée par les voyageurs d'affaires.

Quelle est votre stratégie business ? Comment faire pour que cette offre ne se télescope pas avec celle de votre maison-mère, Air France ?

En 2015, 10 % de nos passagers déclaraient voyager pour raisons professionnelles. En 2016, nous souhaitons atteindre 15 %. Pour cela, nous avons ajouté des fréquences afin de permettre des allers-retours dans la journée. L'amélioration de nos produits est un axe important comme le démontre la mise en place du pack MAX. Celui-ci donne de la flexibilité au sol, et un embarquement facilité. Nous allons enrichir cette offre en 2016, dès le 30 mars, avec un deuxième bagage en cabine. D'autres options sont envisagées, mais nous ne pouvons pas encore les communiquer.

Par rapport à Air France, notre produit est complémentaire. Nous allons attirer une clientèle PME/PMI, des voyageurs malins qui cherchent avant tout le tarif, quand Air France offre un autre niveau de prestation. Air France et Transavia sont complémentaires sur ce créneau. L'intérêt, pour le client, est de se voir offrir une panoplie large grâce aux différentes possibilités présentées par le groupe. A ce titre, les synergies avec la maison mère sont aussi importantes, à l'instar de la carte de fidélité miles qui est valide sur les vols Transavia.

Transavia

Une stratégie business, donc, mais aussi un prisme loisir qui est maintenu, avec l'ouverture de lignes "destinations soleil". La concurrence est intense sur ce créneau...

Le paysage est extrêmement compétitif, mais nous pensons que nous avons dans nos gênes, dans notre marque de fabrique, de quoi nous différencier. Notre signature, "It's a pleasure" (la nouvelle identité marque de la compagnie dévoilée en janvier 2015, NDLR) est reconnue par nos clients et par des tiers. Je rappelle que nous avons été élu meilleure compagnie low-cost européenne de l'année 2016, selon un classement de Flight-Report.com. Nos clients ressentent ce côté chaleureux à bord de nos vols.

Votre stratégie s'inscrit dans un déploiement plus important de nouvelles routes. Ainsi, vous avez annoncé, pour la seule plateforme lyonnaise, une hausse de 70 % de l'offre de siège pour 2016. Ce signe peut-il se traduire par un ancrage encore plus intensif, comme la possibilité de baser plus d'appareils, et surtout des équipes opérationnelles à Lyon, et ainsi gagner en flexibilité ?

Jusqu'à maintenant,Transavia avait deux avions basés à Lyon lors de la saison estivale. Un 3e appareil viendra s'ajouter à compter du 12 mai 2016. C'est un développement important.

Concernant les équipages, oui, nous avons l'intention d'avancer dans la possibilité de les installer localement. Notre démarche est progressive, étape par étape. Ainsi, nous démarrerons cet été - à Lyon mais aussi à Nantes - une affectation temporaire du personnel pour accompagner notre croissance. Cela concernera les stewards et les hôtesses, sur la base du volontariat, comme le stipule l'accord d'entreprise signé il y a quelques jours avec les syndicats représentatifs des personnels navigants de cabine.

Dans le cadre de notre stratégie de développement national, l'essor à Lyon est tout à fait naturel. C'est une première étape, mais aussi un acte fort dans notre développement.

Combien de salariés seront localisés à Lyon ?

En fonction du nombre de volontaires identifiés, Transavia France ajustera le nombre d'équipages. Nous n'avons pas encore les chiffres exacts, car l'accord vient tout juste d'être signé.

À la suite de cette expérimentation estivale, nous en tirerons les leçons pour voir comment faire évoluer le projet. L'idée est de poursuivre dans cette voie, afin de baser des équipages d'hôtesses et de stewards de façon plus régulière. On espère aussi pouvoir mettre cela en œuvre avec nos pilotes.

Cela sera certainement une autre affaire pour les pilotes... Où en sont les discussions ?

On continuera d'avancer. Pour les bases en dehors de la France, au niveau du groupe Transavia, les discussions avec les syndicats sont en cours, dans le cadre du plan Perform Air France-KLM 2020. Elles se déroulent selon un calendrier annoncé par la direction du groupe.

Transavia

Comment appréhendez-vous la privatisation des Aéroports de Lyon ? Quel est votre regard sur le contenu de l'appel d'offres ? Certains actionnaires, comme la métropole de Lyon, ont davantage exprimé leur souhait de voir des grandes lignes business s'ouvrir...

Je ne commente pas le changement éventuel d'actionnaires des Aéroports de Lyon. Le cahier des charges reste le sujet de l'actionnaire. Simplement, je tiens à dire que nous travaillons très bien avec Aéroports de Lyon, ce qui nous permet de nous développer.

Vous avez martelé à plusieurs reprises, lors de votre point presse lyonnais, votre volonté d'aller "partout en Europe". Ce souhait passera-t-il par la réactivation du projet Transavia Europe, fortement critiqué en 2014, notamment par le syndicat national des pilotes de ligne Air France ?

La stratégie actuelle de Transavia France est de développer notre réseau européen au départ de ces trois villes françaises : Paris, Lyon et Nantes. Il n'y a pas forcément besoin d'avoir des bases en Europe.

Transavia Hollande ouvre, pour sa part, une base à Munich cet été. C'est un pas important. Nous participons à cette aventure, dans la mesure où Transavia France relie Orly à Munich. Le groupe tirera les leçons de cette expérience pour savoir comment développer de nouvelles bases en Europe. Mais pour Transavia France, il faut d'abord finaliser les discussions avec les organisations représentatives.

Lire aussi : La ligne Munich-Orly sera assurée en totalité par Transavia France

Alors que Transavia Hollande est davantage tournée vers le nord de l'Europe, l'antenne française pourrait-elle plutôt s'orienter vers le sud, et notamment au Portugal où l'entreprise est bien installée ?

Nous n'avons pas de nom de base à donner. Le paysage évolue en permanence. Le développement de Transavia France ou de Pays-Bas, sur d'autres bases, se fera en fonction des business case et des opportunités des marchés.

À court terme, l'ambition est portée sur cette nouvelle base allemande. Les possibilités de développer d'autres centres en Europe, vont au-delà de la cible de 2017. Elle s'inscrit dans une vision à moyen terme de l'ensemble du groupe Transavia.

Qu'en est-il d'un rapprochement, un temps envisagé, entre Transavia France et Hollande sous une même holding financière ?

On travaille au quotidien avec Transavia Hollande. Nous n'avons pas besoin d'une holding pour travailler ensemble. Les deux compagnies ont déjà beaucoup de synergies, notamment dans le domaine informatique et commercial.

Sur quelles synergies pourriez-vous allez plus loin ?

Les deux compagnies peuvent mutualiser davantage leurs forces pour accroître la visibilité de la marque à l'étranger. Nous en sommes au démarrage, mais nous pensons qu'on peut approfondir ces synergies, et ainsi accompagner le changement de business models.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/04/2016 à 17:23 :
pouvez vous me dire comment communiquer avec transavia ?
pas du tout satisfait de transavia Nantes / Lisbonne.
je voudrais vous faire part de mes remarques sur le comportement des personnels de l'aéroport.
pas cher ,bravo
Odieux, inacceptable....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :