Laurent Reynaud (Domaines skiables de France) : "La compétitivité des stations passe par l'investissement"

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(Crédits : Affiches de Grenoble)
Toute cette semaine, Acteurs de l'économie-La Tribune vous propose un décryptage des enjeux de la montagne de demain. Laurent Reynaud, délégué général des Domaines skiables de France (chambre professionnelles des opérateurs de domaines skiables) envisage une station qui continue de se développer autour du ski, ADN du modèle économique et "principal facteur d'attractivité".

Acteurs de l'économie-La Tribune : Comment envisagez-vous la station de ski de demain ? Autour de quelle offre, de quel produit va-t-elle se développer ?

Laurent Reynaud :  La station de montagne du futur sera d'abord et avant tout une station de ski, comme c'est le cas aujourd'hui. Les stations ont consenti ces dernières années à des efforts nécessaires de diversification de leur offre. Cela dit, le ski reste le principal facteur d'attractivité et le restera encore longtemps. Et heureusement dirais-je, parce nous n'avons pas encore trouvé d'activité susceptible d'attirer et de séduire autant de monde.

Ce pouvoir d'attractivité de l'activité ski est considérable auprès de la clientèle nationale et internationale de nos domaines skiables. Le modèle d'une station construite autour du ski, qui génère des revenus et crée des emplois autour cette activité principale, est donc loin d'être obsolète. C'est même un modèle qu'il nous faut consolider, sans que cela nous empêche de diversifier l'offre des stations.

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Quels sont les défis majeurs à relever pour construire la station de demain?

Le devenir des stations passe d'abord par la prise en compte du logement des pratiquants de sports d'hiver. Il faut impérativement procéder à un renouvellement de l'immobilier de loisir. Le défi est de rendre chauds ces lits qu'on appelle froids, c'est-à-dire l'ensemble des résidences devenues secondaires, mais qui, dans le meilleur des cas, ne sont occupées que deux à trois semaines par an.

Alors qu'ils ne génèrent pas une fréquentation significative, ces lits froids induisent un important volume de charge pour la collectivité, sans générer une fréquentation significative. Cette question s'ajoute à celle de la limitation et de la fin des droits à construire. Cette restriction nous impose d'imaginer de reconstruire la station sur la station. Et pour les droits qui restent à construire, d'inventer un immobilier durablement "chaud", proposant des lits marchands.

La station de demain devra-t-elle savoir faire face à davantage d'aléas climatiques ?

Le phénomène d'augmentation des températures moyennes annuelles est lent mais réel. Il affecte aussi les zones de montagne. Cela dit, les températures moyennes observées dans ces zones au cœur de l'hiver (décembre-janvier-février) ne sont pas soumises à de fortes variations sur les trente dernières années.

Néanmoins, pour faire face aux situations d'enneigement difficiles, nous avons su déployer des techniques et acquérir un savoir-faire, avec la neige de culture et les travaux de piste (empierrement, végétalisation, notamment), pour garantir une fiabilité du domaine skiable même en cas de fin manteau neigeux.

Grâce au damage, associé à ces techniques, nous sommes aujourd'hui parvenus à véritablement capitaliser la neige. En 25 ans, nous estimons avoir divisé notre exposition au facteur climatique par trois. Le changement climatique n'est donc pas un facteur dimensionnant pour l'avenir des stations dans les 50 prochaines années.

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 Quels seraient dès lors les facteurs dimensionnants à moyenne échéance ?

Outre la question des lits froids que nous avons évoquée, l'un des enjeux principaux repose sur les caractéristiques de la clientèle, qui a commencé et continue de vieillir. Cette clientèle va-t-elle continuer de pratiquer le ski ? Tout l'enjeu est là. Aux stations de savoir conquérir une nouvelle clientèle, rajeunie. Pour cela, elles doivent assurer la transmission et l'apprentissage du ski. Et cet enjeu doit être pris en compte bien avant l'horizon 2030.

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Le renouvellement du parc de remontées mécaniques constitue le troisième enjeu fondamental pour le devenir des stations. Le ski est en effet une activité extrêmement capitalistique : si vous n'avez pas de capacités d'investissement, votre parc d'équipement vieillit et donc encourt un risque d'obsolescence commerciale. L'investissement est essentiel pour maintenir l'attractivité et la compétitivité des domaines skiables, donc des stations, par rapport à ses concurrentes.

Quelles évolutions envisagez-vous du point de vue de la clientèle des stations ?

Le skieur d'aujourd'hui est plus souvent un homme, âgé de 30 à 35 ans et appartenant à une catégorie socio-professionnelle supérieure. Celui de demain sera encore plus divers. Notre défi est d'élargir au maximum la palette.

L'enjeu est de parvenir à séduire autant de femmes que d'hommes, autant les seniors que les jeunes, et d'attirer toutes les catégories socio-professionnelles, en proposant l'apprentissage du ski pour tous et dès le plus jeune âge, au travers des classes de découverte, par exemple.

Le renouvellement de la clientèle, tout comme le renouvellement des équipements et du parc immobilier, permettra à la France de conserver sa place de leader mondial en termes de pratique du ski et de tourisme de montagne hivernal.

Les Domaines skiables de France

- 250 stations réparties sur six massifs 
- 10 millions de touristes en hiver 
- 120 000 emplois induits 
- 54 millions de journées-skieurs en 2015 
- 2 milliards d'euros d'apport à l'export commercial français 
- 312 millions d'euros annuels d'investissement

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Commentaires
a écrit le 15/02/2016 à 12:12 :
Le model économique des stations doit être revu pour des sites qui fonctionnent au mieux 5 mois sur 12. C'est le nombre de lits froids qui plombent des stations mais aussi des politiques tarifaires de l'hébergement et des prestations annexes (hors ski) qui relèvent parfois du délire. En choisissant de faire financer l'hébergement qui est le cœur du remplissage par des propriétaires individuels (ce qui continue aujourd'hui) les stations n'ont pas gardé la maîtrise de leur système (exception les Karellis). De plus en ayant laissé vendre les hébergements semi collectifs pour les groupes de jeunes au profil d'opérations de ventes à la découpe, les possibilités d'accueillir la clientèle de demain s'est limitée. La modernisation des remontées mécaniques ne sauvera pas des stations auxquelles échappent la base de l'activité: l'hébergement. Les collectivités et les principaux opérateurs (commerçants, remontées mécaniques, acteurs institutionnels...) doivent désormais investir dans la réhabilitation ( et pas seulement la rénovation) des hébergements.
a écrit le 13/02/2016 à 18:18 :
Fidéliser la clientèle des lits dits froids semble avoir échappé à la majorité des stations DSF, au profit de plans de constructions nouvelles coûteux et guère plus adaptés à la demande future que les anciens. Au delà, la rentabilité des lits "chauds", pour les investisseurs en foncier de montagne est, après charges, impôts et rénovation après 10 ans +, très médiocre. Seuls les résidents secondaires disposant de temps libre (et passant tout ou partie de leurs saisons d'hiver en station), faisant venir famille et amis, "rentabilisent" ce type de bien et finalement font vraiment tourner les stations, en apportant une clientèle stable, ne requérant pas de frais de prospection, payant "plein pot" tout et n'alimentant pas les TO friands de prestations offertes à prix cassés. L'accessibilité des stations reste le point noir pour une fréquentation pendulaire fréquente et régulière par la clientèle de proximité (<= 250 km).

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