Région Auvergne-Rhône-Alpes : "malaise" et "souffrances" au sein de l’exécutif

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J'adore mon travail ; je déteste les conditions dans lesquelles je l'exerce. Un vice-président. (Ici, l'exécutif, auquel manque Etienne Blanc et Patrick Mignola)
"J'adore mon travail ; je déteste les conditions dans lesquelles je l'exerce." Un vice-président. (Ici, l'exécutif, auquel manque Etienne Blanc et Patrick Mignola) (Crédits : Franck Trabouillet)
Les vicissitudes et même les turpitudes organisationnelles, managériales, idéologiques et politiques qui frappent le fonctionnement de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas rapportées par le "seul" corps social. Elles émanent aussi de ceux que le président Laurent Wauquiez a lui-même recrutés : certains membres de son exécutif, qui mettent en cause nommément leur supérieur.

"Violent. Très violent." C'est ainsi que, murmuré à l'oreille du journaliste, un(e) vice-président(e)* croisé(e) inopinément dans une file d'attente de l'aéroport Saint-Exupéry un début de week-end résume le management de Laurent Wauquiez à son endroit. Est-il(elle) seul(e) dans ce cas ? Deux autres vice-présidents et un élu de la majorité aux commandes d'importantes délégations exposent, confidentiellement, leur mal-être. Le plus mesuré déplore que son président, au nom de son impatience et de sa vitesse d'exécution, puisse être "aussi cassant" avec des élus, "n'accepte pas qu'on le conteste ou qu'on se mette en travers de sa route", confine les membres de l'exécutif à n'être "rien" selon son mode de fonctionnement.

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Le plus embarrassé opte d'abord, en guise de réponse aux questions portant sur ledit management et la considération de son président, pour un franc et silencieux sourire. Puis se risque. "Oui, son style personnel provoque le malaise au sein de l'exécutif, oui son mode de gouvernance nous déjuge au sein des délégations, oui l'extrême politisation dont il a fait le choix d'incarner sa responsabilité rejaillit défavorablement sur et dans l'institution." Et "oui", l'orientation idéologique "qui consiste à lorgner les plates bandes du Front national" et blesse "mes valeurs humanistes, sociales, résolument européennes, et transpartisanes lorsque l'intérêt général est en jeu", l'ébranle. Au point, si se poursuivent les "coups de canifs" dans son engagement originel d'imperméabiliser strictement ses fonctions nationales et régionales, qu'il prendra ses responsabilités dans le courant de l'été.

"Je ne participerai pas à la droitisation de la Région, à ce qui s'apparenterait à une prise d'otage idéologique et politicienne de l'institution."

"Violence"

Quant au plus affecté des quatre témoins, il livre un examen méticuleux. Séduit il y a vingt mois par l'énergie et la vision du futur président, mais surtout par l'envergure des projets qui lui sont promis, il accepte de "plonger", et pour cela de se soumettre à des "codes singuliers" et notamment à un système féodal dans lequel vassal et suzerain sont indissociablement liés ; "On abandonne une partie de sa liberté contre de la protection." La première "violence", c'est de constater l'absence de gestion, de formation, de culture RH (ressources humaines) ; dans son service cohabitent des agents "en burn out" et d'autres "en bore out", et six mois seront nécessaires avant d'obtenir le "feu vert" pour structurer a minima sa délégation.

A cet état des lieux participe l'absence "effrayante" de lisibilité décisionnelle et de rigueur procédurale. L'opacité, la profusion "d'injonctions paradoxales" et, là encore, les court-circuitages dominent.

"Des décisions sont actées, commencent de « descendre » dans les services, puis sont interceptées, remontent au plus près de Laurent Wauquiez, puis nous reviennent, amendées voire annulées."

Au plus près ? "Chez cet absolu c....... d'Ange Sitbon", qui siège "à la droite de Dieu" auprès de qui il exerce son "omnipotence" et exploite à son profit sa "fine connaissance de la carte électorale."

Magma

Quant au jugement destiné à Laurent Wauquiez lui-même, il est empreint de "grande amertume." "Il" l'avait convaincu - sans pour autant qu'il soit "dupe" de toutes ses motivations -, "il" personnifiait une logique et des ressorts entrepreneuriaux et innovants "alléchants", "il" promettait "tant... " Dix-huit mois plus tard, le vice-président reconnait que "sa vista intellectuelle et son énergie « font indéniablement avancer ». Des projets voient le jour après une année contre trois ou quatre dans d'autres conditions." Mais au prix d'une part de négligences organisationnelles qui entravent la fluidité de l'exécution, d'autre part de substantiels dommages collatéraux au sein du corps social.

"Et cela, qu'il s'agisse de l'exécutif, où certains de mes collègues sont, comme moi, en souffrance, ou des salariés. La bienveillance et la considération, nécessaires à tout management respectueux et performant, n'ont d'existence que si elles sont incarnées au sommet de la hiérarchie."

Au final, y compris à l'aune de la polarisation nationale de ses arbitrages et de ses discours politiques, mais aussi de la conviction, progressive, "que sa responsabilité de président de Région lui pèse", "Laurent Wauquiez est l'une de mes plus belles rencontres. Et de mes plus grandes déceptions... dans cet ordre ! J'adore mon travail ; je déteste les conditions dans lesquelles je l'exerce. Je « tiens » parce que je ne suis pas seul dans cette situation, et parce que mon action fait sens. Pour le territoire et au fond de moi." Que six des douze vice-présidents, c'est-à-dire la moitié de l'exécutif, aient choisi la bataille des législatives synonyme d'abandon de leur mandat en cas de victoire, a peut-être "aussi" pour origine ce magma.

* L'identité et le genre retenus assurent l'anonymat des interlocuteurs.

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a écrit le 01/07/2017 à 3:19 :
Surprenant qu'il ait fallu attendre que M. Wauquiez devienne un opposant au nouveau pouvoir pour que tout cela sorte, bien sûr dans des articles en accès libre!

Un jeune personnage brillant, impatient, sans conviction ni scrupule, qui , ayant su séduire de riches et vieilles personnes, a été une star dans ses fonctions antérieures, sème l'espoir après les dérives d'une gestion molle par un ectoplasme vieillissant, table sur le rajeunissement de la classe politique et la double parité "hommes-femmes"/ "politiques aguerris- société civile" pour élargir sa clientèle et peaufine son discours d'injonctions économique et financière pour nous mettre encore plus au service de quelques grands groupes internationaux obsédés par la multiplication de leurs profits : cela ne vous fait pas penser à quelqu'un?

Les français, dupés par des journalistes dans une béatitude énamourée devant E Macron, ne comprendront leur douleur, comme les fonctionnaires de la Région AURA , que quand il sera trop tard!
a écrit le 29/06/2017 à 20:26 :
LW a des pratiques intolérables : il gère tout, est omnipotent, agresse en privé comme en public tous ceux qui pourraient le desservir, il "s'achète" des unes de presse en Haute-Loire et agresse les journalistes si ses concurrents sont plus mis en valeur que lui, il "arrose" les pêcheurs, les chasseurs, les clubs sportifs de son département à des fins électoralistes... bref ! Pour un homme de droite comme moi, j'avoue exécrer cette droite dure qui n'a plus rien an voir avec l'humanisme de la droite que je défendais. Cet homme est dangereux et n'a plus rien de républicain... avec un tel commentaire, je mériterais le goulag d'après LW. J'assume et défendrai toujours ma liberté d'expression.
a écrit le 29/06/2017 à 14:40 :
Région Auvergne-Rhône-Alpes : "malaise" et "souffrances" au sein de l’exécutif

Les Républicains : "malaise" et "souffrances" au sein de l’exécutif

ce qu'ils ont en commun, un fouteur de bordel : Laurent Wauquiez ...
Réponse de le 29/06/2017 à 18:02 :
A lire votre pseudo on peut se demander si ça n'est pas plutôt du domaine de l'obsession chez vous.
a écrit le 29/06/2017 à 13:46 :
Et de trois sur le même thème ! Acteurs de l’Économie se veut manifestement être pour Laurent Wauquiez ce que le Canard a été pour François Fillon. On a les Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein qu'on peut...et qu'on mérite.
a écrit le 29/06/2017 à 13:24 :
bp que la nouvelle région issue de la fusion doive se réformer et se réorganiser c'est un bien ....ce qui l'est moins c'est la méthode : la précipitation ..et le passage en force qu'affectionnent les politiques comme par le passé avec l'anpe devenue pôle emploi où du jour au lendemain tout devait être opérationnel avec pour résultat le chaos....alors qu'il existe une méthode soft de fusionner des équipes, des procédures comme je l'ai connu en son temps entre AXA et UAP .Pour les salariés et agents généraux UAP cela a été un choc des cultures amorti toutefois par une transition dans le temps -alors que nous étions tout de même dans un environnement très concurrentiel- en l'espace de 12 à 24 mois tout le monde avait adopté la nouvelle culture d'entreprise sans casse ni psychodrame !!!
a écrit le 29/06/2017 à 11:52 :
En somme Wauquiez économise sur le fonctionnement pour mettre le paquet sur l'investissement et fait avancer les projets à marche forcée au risque de quelques dommages collatéraux... Pas étonnant que ça dérange certaines habitudes et bouleverse le ronronnement de cette collectivité territoriale...Et s'il avait été élu justement pour ça ? Le procès en sorcellerie (pardon, en droitisation) fait à Wauquiez ces derniers temps est quelque peu...étonnant.
a écrit le 29/06/2017 à 9:47 :
C'est ce que vivent beaucoup de salariés dans leur entreprise... Bienvenu dans le XIX ème siècle...
a écrit le 29/06/2017 à 9:33 :
Quand on veut tout gérer c'est que l'on a beaucoup à cacher.

"Laurent Wauquiez inquiété par une affaire de détournement de fonds publics" http://www.rtl.fr/actu/politique/laurent-wauquiez-inquiete-par-une-affaire-de-detournement-de-fonds-publics-7787895207

Il serait temps que ces manières mafieuses de faire prennent fin.
a écrit le 29/06/2017 à 8:31 :
Bonjour; je suis pas de droite mais je constate qu'après des années de laxisme durable des précédents mandats: augmentation des frais de fonctionnement, des charges et des impôts, il était Temps de remettre de l'ordre et de l'efficacité au sein de la Région!
La gestion par l'augmentation des recettes; impôts et l'absence de maitrise des dépenses (à l'image de la gestion légendaire de Gérard Collomb (à la métropole et à la région), n'est plus acceptable par les contribuables...
Cordialement

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