Gilles Chabert démissionne de la Compagnie des Alpes

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Gilles Chabert.
Gilles Chabert. (Crédits : Copie Ecran France 3 Alpes)
Le Monsieur Montagne de Laurent Wauquiez annonce qu'il quitte son poste d'administrateur de la Compagnie des Alpes, quatre jours après les révélations sur sa situation de conflit d'intérêts, tout en réfutant tout lien de cause à effet.

Bien que survenant quatre jours après la publication de l'enquête d'Acteurs de l'économie - La Tribune révélant des conflits d'intérêts et d'éventuelles prises illégales d'intérêts, Gilles Chabert affirme en interview au Dauphiné Libéré que sa démission de la Compagnie des Alpes n'en est pas la conséquence.

"Cette considération n'a en rien joué dans ma décision pour la bonne et simple raison qu'à la Région, je ne fais pas partie de la commission permanente qui vote ces aides. Je n'attribue rien du tout et je n'ai aucune délégation de signature", assure-t-il dans l'interview accordée au quotidien régional.

"Patrimoine"

Rappelons que Gilles Chabert est administrateur du Dauphiné Libéré, avec lequel le Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF) - syndicat professionnel qui chapeaute les Ecoles du ski français (ESF) - publie le magazine Ski Chrono.

M. Chabert justifie sa démission par la perspective de l'ouverture du capital de la CDA à des actionnaires chinois : "faire entrer les Chinois, ou d'autres - s'il s'agissait d'Américains ce serait la même chose - reviendrait à lier les communes supports de stations qui concèdent leurs domaines. J'ai l'impression que l'on va se faire déposséder de notre patrimoine", explique-t-il.

L'annonce survient aussi alors que, lundi soir, le Groupe Socialiste, Démocrate, Ecologiste et apparentés au conseil régional demandait au président de la région Laurent Wauquiez de clarifier "en urgence" la situation de Gilles Chabert, le conseiller spécial de M.Wauquiez en charge de la Montagne, face aux soupçons de prises illégales d'intérêts.

Deux millions d'euros en question

Vendredi dernier, Acteurs de l'économie - La Tribune révélait les multiples fonctions de Gilles Chabert, en plus de sa fonction à l'exécutif régional, qui le placent dans une situation de conflit d'intérêts manifeste, selon deux avocats, l'un spécialisé dans la lutte contre la corruption et l'autre en droit public.

Lire aussi : Région Auvergne-Rhône-Alpes : "Monsieur Montagne" soupçonné de prises illégales d'intérêts

L'enquête montre que plus de deux millions d'euros d'aides financières de la région, au titre de l'Acte 1 du Plan Montagne, bénéficie à des sociétés et à des organismes liés à Gilles Chabert, que ce soit via la Compagnie des Alpes ou le SNMSF. M.Chabert a aussi instruit une demande de subvention de l'association savoyarde Montanea, alors qu'il est lui-même administrateur de cette association. En novembre dernier, celle-ci a obtenu une subvention de 20 000 euros de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Ces deux dossiers pourraient justifier une enquête sur d'éventuelles prises illégales d'intérêt, selon les avocats cités, et ce même si M.Chabert n'a pas pris part aux votes, puisqu'il préside la commission Montagne, c'est-à-dire l'organe qui a instruit ces aides financières avant de les soumettre aux votes.

Dans le portrait qu'Acteurs de l'économie lui avait consacré en novembre dernier, Gilles Chabert présentait ainsi son rôle à la CDA. "Ils sont venus me chercher, affirmait-t-il. Je garantis une certaine moralité."

Et devant les premiers questionnements concernant de possibles conflits d'intérêts, M.Chabert répondait : "si il y a incompatibilité avec la Compagnie des Alpes, j'en démissionnerai (de son poste d'administrateur à la CDA, ndlr), parce que mon truc c'est avant tout la montagne... Ça leur fera peut-être plutôt bien plaisir à la Compagnie des Alpes, parce que je ne suis pas bien d'accord avec eux. Le choix sera fait. Ce ne sera pas la Compagnie des Alpes."

Lettre ouverte de l'opposition

Le conseiller spécial de Laurent Wauquiez affirme aussi qu'il reste à la présidence du SNMSF. Il réitère cependant qu'il ne sollicitera pas de nouveau mandat à ce poste à l'issue du mandat actuel qui s'achève en 2018. Gilles Chabert répond ainsi en partie à la demande du groupe d'opposition.

"Monsieur Chabert s'est mis à la fois dans la position d'ordonnateur et de principal bénéficiaire des politiques régionales qu'il présentait", dénoncent Jean-François Debat et Anna Aubois, respectivement président du Groupe et présidente déléguée, dans leur lettre ouverte adressée à Laurent Wauquiez.

"Si ces soupçons sont fondés et nous pensons qu'ils le sont, nous vous enjoignons à clarifier très rapidement la situation avec Monsieur Chabert, poursuivent les responsables du groupe d'opposition. De deux choses l'une, soit votre conseiller spécial poursuit son mandat régional au service des Auvergnats et des Rhônalpins et se met en congé des structures précédemment citées, soit il démissionne de sa délégation."

La charte éthique en question

Le groupe d'opposition met aussi le doigt sur la charte éthique de l'assemblée régionale, adoptée à l'automne dernier à la demande de Laurent Wauquiez.

"Vous ne pouvez pas prôner l'éthique pour les uns et le laisser-faire pour les autres, affirment les élus d'opposition. Vous devez également vous assurer que tous ceux qui saisissent la région pour une aide ou une subvention soient traités sur un même pied d'égalité."

Lire aussi : Région : la démission de Gilles Chabert réclamée par l'opposition

Ce mardi après-midi, le groupe Europe Écologie les Verts Rhône-Alpes (EELV) a également demandé la démission de Gilles Chabert de sa délégation ainsi que l'ouverture d'une information judiciaire "pour que toute la lumière soit faite sur cette histoire."

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Commentaires
a écrit le 01/02/2017 à 7:12 :
Loin d'etre un cretin ce chabert. La France a encore recule dans le classement mondial de la corruption. Jamais coupable, c'est pas moi, c'est les autres.

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