L'Ecole du ski français (ESF) , la puissance d'une multinationale

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(Crédits : Istock/ADE/pixinoo)
Avec un chiffre d'affaires cumulé qui frôle les 300 millions d'euros, l'Ecole du ski français (ESF) possède une vraie puissance. La structure est un lieu de pouvoir qui défend ses intérêts jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat. Eclairage.

"L'ESF est un business, observe Jean-Yves Lapeyrère, directeur général de France plein air, syndicat national de petites entreprises du secteur. Les ESF sont des syndicats locaux qui fonctionnent comme des entreprises. Et le SNMSF est comparable à une multinationale." Le chiffre d'affaires des 250 écoles frôle les 300 millions d'euros annuellement, dont 1 % est reversé au SNMSF. Les moniteurs de ces écoles sont des travailleurs indépendants, inscrits comme tels auprès de l'Urssaf, qui n'encaisse donc pas de charges patronales, ni de la part de ces derniers ni de la part des ESF.

"Système hiérarchique qui ne dit pas son nom"

Pourtant, les horaires des moniteurs sont déterminés par chaque ESF qui récupère directement les paiements des clients. Un lien de subordination existe vraisemblablement puisqu'un moniteur peut être pénalisé en cas d'absence. "C'est un système hiérarchique qui ne dit pas son nom', constate Jean-Yves Lapeyrère, comparant cette facilité à un 'système dérogatoire'. Une preuve de la puissance dont le SNMSF bénéficie pour préserver sa position de leader, assure-t-il.

Dans chaque ESF, un directeur, élu par les moniteurs, est chargé de gérer l'école. Sa rémunération est déterminée par la moyenne de celles des moniteurs les plus performants. Cette équation est dénoncée par les moniteurs les plus âgés qui se sont vus imposer une réduction d'activité par le Pacte intergénérationnel du SNMSF.

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En 2012, le syndicat imposait aux moniteurs ayant atteint l'âge légal de la retraite de diminuer leur activité. Dans les stations, cette mesure a soulevé un tollé auprès des sexagénaires. Ces derniers se retrouvaient derrière les moniteurs stagiaires dans le tour de rôle, explique un moniteur en fin de carrière. L'intérêt de la réduction d'activité ? Augmenter les bénéfices des ESF, qui sont redistribués en fin d'année entre les différents moniteurs, accuse-t-il.

Les faveurs de l'Assemblée nationale

Lorsque des moniteurs ont protesté contre le Pacte intergénérationnel, le ton est monté au sein de certaines écoles de ski. Finalement, le Pacte intergénérationnel est rejeté par les tribunaux, qui le considèrent discriminatoire. L'affaire va jusqu'en Cour de cassation, sans succès pour le SNMSF.

C'est alors l'Assemblée nationale qui vient à son secours. Une loi est votée pour permettre la réduction d'activité, telle que le souhaitait le syndicat professionnel. Baptiste Bellavia, président de l'Association de défense des droits des moniteurs et entraîneurs de ski (ADDMES), opposée à cette évolution législative, se souvient avec amertume de la rencontre qu'il avait sollicitée auprès de la rapporteure de la loi, Marie-Noëlle Battistel, députée PS de l'Isère, qui connaît, elle aussi, les enjeux liés aux ESF, puisque son fils est alors directeur technique de l'ESF de l'Alpe du Grand Serre...

"Les cartes étaient jouées d'avance, affirme-t-il. Le texte de loi était tout simplement un copier-coller de la motion du SNMSF, avec quelques aménagements pour le rendre un peu moins brutal."

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