Instances patronales, le choc des générations

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Emmanuel Imberton, président de la CCI Métropolitaine, et François Turcas, président de la CGPME Rhône.
Emmanuel Imberton, président de la CCI Métropolitaine, et François Turcas, président de la CGPME Rhône. (Crédits : DR)
Hier signes de "notabilisation", les organisations institutionnelles et professionnelles, patronales en premier lieu, tentent de trouver un second souffle en se réinventant de l'intérieur afin de pouvoir mieux attirer et sensibiliser les nouvelles générations d'entrepreneurs. Des générations bercées par des modes de travail et de hiérarchie innovants qui bousculent et cassent les codes de la notion même d'engagement, lui préférant de nouvelles formes de réseaux et de structures. Quand certains cherchent la puissance, le pouvoir et la visibilité, d'autres lui préfèrent l'intérêt général et la logique intellectuelle. Des motivations diamétralement opposées qui conduisent à créer un delta dans leur manière de penser l'engagement.

Un seul mandat de président de cinq ans et tous les postes occupés par des chefs d'entreprise en activité. Le 21 mai 2015, l'assemblée générale du Medef validait ses modifications statutaires. Une petite révolution pour le puissant et historique syndicat patronal. Un changement surprise dû à son actuel président, Pierre Gattaz, PDG de l'entreprise Radiall.

Sa promesse de campagne détonne, puisqu'avant son élection en 2013, elle venait déjà en contre-pieds des manœuvres de Laurence Parisot, son prédécesseur en poste depuis huit ans, souhaitant prolonger à nouveau de deux années. La vice-présidente de l'institut de sondage Ifop se portait ainsi candidate pour un troisième mandat en proposant au Medef de modifier les statuts, qui ne le lui permettaient pas jusqu'alors. Sa proposition d'établir deux mandats de cinq ans (contre cinq pour le premier et trois pour le second à l'époque) sera refusée, à une voix près.

Quête personnelle

Pierre Gattaz élu, sa pugnacité à faire évoluer le Mouvement des entreprises de France ira dans le sens contraire puisqu'il ne proposera plus qu'un seul mandat de président d'une durée de cinq ans.

« Il est important que le président du Medef soit un entrepreneur en activité, en phase avec le terrain. Être président du Medef, c'est avant tout une mission, pas une fonction rémunérée », avait-il déclaré.

L'homme de 59 ans entend retrouver son ETI de l'Isère dès 2018. Une posture réformiste qui n'a pas manqué d'être critiquée et de faire doucement sourire des chefs d'entreprises et cadres dirigeants conservateurs habitués à défendre l'idée que la fonction peut être habitée le temps désiré − à l'instar d'élus politiques. Symptôme d'un état d'esprit que d'aucuns acquièrent − encore aujourd'hui et quelles que soient les générations −, dès lors qu'ils occupent une fonction importante et visible dans ces dites organisations telles qu'associations, chambres consulaires, syndicats professionnels, syndicats patronaux, tribunaux de commerce, etc.

Entre pouvoir, image et aura, ils protègent leur place ardemment dans une logique de quête personnelle − bien qu'ils s'en défendent. « Certains ont tué des générations pour rester au pouvoir », indique un fin connaisseur du milieu lyonnais.

Partout en France, c'est le même constat. Lyon n'échappe pas à la règle. Dans la ville des réseaux et des secrets, une poignée d'irréductibles dirigeants ou anciens dirigeants occupe des postes de présidents ou vice-présidents au sein de structures depuis plusieurs dizaines d'années, enchaînant successivement les mandats, sans jamais baisser la garde. Un règne qui leur vaut les surnoms de « Kadhafi ou Moubarak Lyonnais ». « Ces hommes de pouvoir, seul le temps les rattrapera », résume Loïc Renart, ancien président du Centre des jeunes dirigeants de Lyon et gérant d'un hôtel. « Ils veulent mourir en chantant », soutient un dirigeant de PME.

Pourquoi vouloir raccrocher lorsque vous pouvez conserver la tête d'une organisation et ce qui va avec − obligeant néanmoins à un investissement et à un engagement forts ? « Ils sont encore dans la logique de « notabilisation ». Hier, cela faisait partie du jeu institutionnel, aujourd'hui, c'est beaucoup moins le cas », remarque le sociologue Serge Guérin, spécialiste du vieillissement au sein de la société.

Quelles motivations ?

La démarche entreprise par Pierre Gattaz souffle donc comme un grand changement et modifie la tradition. Mais celle-ci n'est pas nouvelle. Des fédérations, chambres consulaires ou regroupements, ont depuis longtemps limité la durée des mandats, sont devenus plus ouverts et ont rajeuni leurs adhérents et les membres de leur conseil d'administration grâce à la présence de réformistes en leur sein.

Néanmoins, l'initiative prise par le Medef, habitué au jeu de pouvoir entre branches qui le composent, « donne le la », soutient Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes, et pourrait donner l'exemple.

Bernard Gaud

Jean-Paul Mauduy, président de la CCI Rhône-Alpes

Une décision qui soulève alors la question de l'engagement des chefs d'entreprise et des cadres dirigeants à une époque où le numérique transforme et bouscule les environnements, où une génération s'affranchit des règles établies et du conformisme, où des nouvelles formes de travail et de prise de décision émergent, et où de nouvelles structures se créent, imaginant différemment l'idée même de réseau, éloignée de celles des organisations institutionnelles traditionnelles.

Entre l'engagement militant défendant la cause entrepreneuriale, dans un intérêt collectif et pour un enrichissement intellectuel, et l'engagement dans une optique de pouvoir, et d'intérêt personnel, quelles sont les réelles motivations des patrons engagés ?

Stabilité personnelle et professionnelle

L'engagement, tous l'ont plus ou moins découvert jeune, dès l'adolescence même. « J'ai été chef scout », rappelle Michel Thomas, président depuis le 25 janvier et pour quatre ans du tribunal de commerce de Lyon et ancien chef d'entreprise. « C'était à l'âge de dix ans », évoque Benoît Soury, directeur général de La Vie Claire. « À 13 ans, sur les murs de ma chambre, j'affichais des photos des conseillers municipaux de Châlons-sur-Marne », se remémore en souriant Claire Saddy, chef d'entreprise et présidente du réseau Rhône-Alpes Pionnières. « À 19 ans, je militais au sein du syndicat de la Confédération des étudiants libéraux de France », rappelle Emmanuel Imberton, président de la CCI métropolitaine.

Au fil des années, des études et des premiers emplois, l'engagement prend une tout autre forme puisqu'il est avant tout personnel, investi dans le développement de soi, dans le lancement de son entreprise et la pérennisation de son activité. « Avant de pouvoir m'engager comme je l'entendais, c'est-à-dire pour les autres, il fallait que la situation de La Vie Claire soit stabilisée », souligne Benoît Soury. Un discours partagé par beaucoup : s'engager oui, mais pas à n'importe quel prix, et surtout pas au détriment de son entreprise. « C'est une fois l'avenir de ma structure solidifié que j'y suis allée », raconte Florence Poivey, présidente d'Allizé-Plasturgie et membre du conseil exécutif du Medef national. Emmanuel Imberton le confirme : « Il y a 20 ans, je n'aurais pas pu le faire. »

L'entrepreneur lyonnais Denis Payre, président fondateur de Nous citoyens, a ainsi vu des présidents de Croissance Plus − réseau de PME et ETI qu'il a créé en 1997 − mettre leur structure en « danger ».

« C'est une prise de risque importante, en plus du temps que cela demande. Il faut pouvoir s'appuyer sur un bras droit efficace. Certains ont failli tout perdre. »

Par ailleurs, c'est entre 30 et 40 ans que l'entrepreneur fonde une famille et doit s'assurer un niveau de vie suffisant avant de pouvoir accorder du temps pour les autres. « Tout engagement est bénévole. Parfois cela nous coûte même un peu d'argent », relève Michel Thomas.

C'est donc une fois toutes ces conditions réunies qu'un chef d'entreprise peut s'engager plus facilement. « Mais même s'il faut renouveler les élus, il sera toujours difficile de compter davantage de trentenaires ou de quadragénaires dans les organisations », déclare, fataliste, le président de la CCI métropolitaine.

Philippe Venditelli prouve le contraire. À l'époque dirigeant de la société familiale Venditelli Transports, il est devenu, à 25 ans, administrateur de la Fédération nationale des transports routiers du Rhône qui « souhaitait rajeunir l'équipe ». « On vient avec sa force et ses convictions. Pour faire bouger les lignes, il fallait que je m'investisse. »

S'ensuit un parcours sans fautes : à 29 ans, il devient vice-président de la fédération ; à 34 ans, il entre à la CCI de Lyon, puis dix ans plus tard, au bureau au Medef Lyon-Rhône. L'ambition de devenir président ? « Trop exposé et trop politique », répond-il. Mais en 2012, mû par une volonté de changement, l'entrepreneur décide de tout quitter pour se consacrer à d'autres projets. Il fonde alors le club des Entrepreneurs de la Cité et s'adonne à ses activités entrepreneuriales.

Égocentricité

Faire de sa détermination d'adolescent ou d'étudiant un engagement différenciant, tourné vers son domaine d'activité, est principalement motivé par le souhait de faire « évoluer » son milieu, mais aussi de forcer les arcanes institutionnelles et de bousculer l'ordre établi. « Il existe une envie de changer le monde, une sorte de vent de révolte », explique Claire Saddy. « Nous avons des choses à dire », affirme Loïc Renart, 37 ans.

Cependant, une fois à l'intérieur, les logiques sont différentes selon les personnalités et les ambitions, et selon les réactions de l'entourage aussi. « Quelques-uns auront le souhait de s'engager par pure égocentricité, d'autres dans un intérêt intellectuel ou collectif », remarque le sociologue Serge Guérin.

L'intérêt collectif, tous le prônent. « Certains pourront sûrement trouver une forme de satisfecit personnel voire philanthropique, mais les chefs d'entreprise engagés sont motivés par la volonté d'agir tous ensemble dans l'intérêt de chacun, de trouver une forme de solidarité et le soutien d'un réseau », souligne Jean-Paul Mauduy, président de la CCI Rhône-Alpes.

Claire Saddy

Claire Saddy, présidente du réseau Rhône-Alpes Pionnières

En revanche, et ce n'est pas une surprise, personne ou presque pour affirmer ouvertement que s'engager constitue aussi une manière d'exister et de compter dans son milieu, dans « Le » milieu. Mais quelques-uns ne s'en privent pas. « Certains représentants encore en poste aiment collectionner les médailles sur la veste », peste un entrepreneur, regrettant que d'indéboulonnables (ex-)entrepreneurs élus nuisent à l'image des organisations qui doivent se rajeunir.

« Je ne suis pas sûr que les nouvelles générations de créateurs d'entreprises aient envie d'être représentées par ces personnes-là », estime un chef d'entreprise lyonnais.

Aucun nom n'est publiquement avancé. Le risque est trop important pour celui qui souhaite évoluer au cœur du cénacle lyonnais. Se froisser avec tel ou tel mettrait un coup d'arrêt à des ambitions personnelles. Entre querelles d'egos et jalousie, chacun y va de sa phrase.

Une situation symptomatique à Lyon, même si ce constat est mesurable un peu partout. En off, les masques tombent et deux noms reviennent inlassablement : Jean-Paul Mauduy, ancien président du Medef Rhône-Alpes, de la CCI de Lyon, et François Turcas, président de la CGPME Rhône et de celle d'Auvergne Rhône-Alpes. Le premier en est à son 2e mandat, et "laissera sa place" prochainement, atteint par la limite d'âge, pour la présidence d'une grande CCI régionale. Le second, « toujours en pleine forme » à bientôt 70 ans, règne d'une main de fer sur la confédération générale des petites et moyennes entreprises depuis près de 24 ans - mais devrait quitter la présidence d'ici à deux ans. Ce dernier a su faire de la CGPME une puissante organisation de 3 500 membres « plus importante que celle d'Île-de-France. Voilà à quoi sert ma notoriété », démontre-t-il.

Conflit de générations

Deux monstres sacrés du monde économique lyonnais, toujours sur scène, animant leur réseau avec conviction, qui suscitent critiques et controverses, mais aussi admiration et respect. « Ils sont de grands patrons », soutient un dirigeant. « Je parlais aussi des vieux « cons » avant ! Je peux donc comprendre et accepter ce qui est dit. Mais je peux également montrer à ceux qui me critiquent ce dont je suis encore capable, reconnaît François Turcas, affirmant que laisser le siège de président n'est pas un problème. On ne me l'a jamais demandé : chaque fois, on m'appelle ! »

Son remplaçant ? « Il faut simplement trouver la bonne personne, quelqu'un qui puisse être à la hauteur du poste. » Inamovible ? Le Lyonnais le prouve une nouvelle fois : François Asselin, président de la CGPME nationale l'a appelé pour occuper un poste de vice-président à l'international. Poste qu'il a accepté. « S'il me nomme à 70 ans, c'est que je suis encore capable de motiver et de rassembler. »

« C'est très facile de dire que l'on voit toujours les mêmes quand, en même temps, on refuse de vouloir s'engager et de faire évoluer ces instances, tempère Laurent Fiard, président du Medef Lyon-Rhône et PDG de Visiativ. C'est un réel investissement. Je me régale de ce qu'ils ont apporté, il ne faut pas l'oublier. Puis ce sont de vrais animateurs qui savent fédérer. » Et Jean-Paul Mauduy d'ajouter convaincu : « On ne s'engage pas dans l'animation de structures de promotion et de défense des entreprises pour prendre, mais pour donner ! »

L'engagement serait-il une question de génération ? Pour le patron de l'éditeur de logiciels, ce « n'est pas une question de jeunes ou moins jeunes. C'est avant tout une démarche collective composée de toutes les générations », souhaitant néanmoins que « ces organisations se réinventent en s'ouvrant davantage ».

Laurent Fiard

Laurent Fiard, président du Medef Lyon-Rhône

Le Medef Lyon-Rhône a ainsi créé Génération Medef où « le plus jeune a 25 ans et le plus âgé 35, avec l'envie de faire avancer ». « Encourager de nouveaux chefs d'entreprise à l'engagement collectif est notre démarche perpétuelle, d'autant plus à l'approche des élections », précise Jean-Paul Mauduy.

Cependant, enthousiastes au départ, d'aucuns ont vite été échaudés, et ce en dépit de leur motivation :

« Même si tu as réussi, que ton entreprise fonctionne, que tu montres ta volonté et ta motivation à vouloir t'engager, il existe encore de sempiternels élus qui bloquent ton évolution », regrette un entrepreneur.

« Hommes, blancs, âgés de plus de 60 ans... le conservatisme dans les organisations patronales est toujours prégnant », claque Claire Saddy, restée seulement deux ans à la CGPME.

« Des élus disposent d'une légitimité, mais nous sommes en droit de nous interroger sur leur efficacité quand ils sont en poste depuis très longtemps », soulève Stéphane Béraud, fondateur du réseau Next. Et d'autres gardent l'image tronquée des organisations, notamment patronales. Ce que Michel Offerlé, professeur à l'ENS étudie dans ces enquêtes (auteur de l'ouvrage Militer en patronat, éditions Sociétés contemporaines, 2015) :

« On constate que les organisations patronales sont souvent perçues comme lointaines, peuplées de dirigeants et d'apparatchiks parisiens défendant les grandes entreprises et s'intéressant avant tout aux questions sociales. Chaque adhésion est de motivation consumériste afin de bénéficier de services, mais n'implique pas forcément un engagement. »

Effets pervers

Au cœur de la métropole lyonnaise, les chefs de file et quelques vice-présidents de ces organisations sont très exposés, en particulier dans l'ordre protocolaire. Une visibilité et une puissance qui suscitent un désir naturel de pouvoir. Quelques-uns l'ont bien compris qui en usent, bénéficiant généralement d'un puissant réseau, d'un entourage dévoué et d'un système à leur avantage.

« Ils réussissent à mettre en place un pacte autour d'eux, faisant en sorte d'être toujours là. « Tu me protèges, je te protège » », précise un entrepreneur.

Pour s'en prémunir, certaines organisations ont pris des mesures, en limitant, par exemple, le nombre de mandats. « Nous ne sommes pas une génération pour le pouvoir, mais une génération du faire », soutient Florence Poivey. Ancienne présidente du puissant réseau d'entrepreneurs lyonnais Le Prisme, elle a proposé une présidence de l'association écourtée, d'un mandat de deux ans, renouvelable une seule fois. « Ainsi, vous êtes dans l'obligation de penser à votre succession », ajoute-t-elle.

Même initiative au Centre des jeunes dirigeants de Lyon. « La force du CJD réside dans le changement de gouvernance tous les deux ans, souligne Loïc Renart. Je prends un costume qui ne m'appartient pas. Je ne suis ni dans une routine ni dans une logique de carrière. Ce qui donne à la structure une énergie magnifique. »

À la CCI de Lyon, les présidents successifs ont fait le choix d'occuper la fonction bénévolement, refusant l'indemnité mensuelle de 6 000 euros. « Je suis avant tout chef d'entreprise. Je n'occupe pas le poste de président de CCI pour faire carrière comme certains dans le milieu consulaire. Je le fais bénévolement avec la volonté de laisser la place », affirme Emmanuel Imberton, 58 ans, élu pour la première fois en 2015. Et de souhaiter : « Si demain, une élection avait lieu, il faudrait rajeunir et féminiser les élus de la chambre. »

Nouveaux réseaux

Autres freins à l'engagement patronal des entrepreneurs, les affaires médiatiques et les intrigues politiques. « Cela fait du mal à ces institutions », confirme Claire Saddy. « Elles font d'abord de la politique. Donc l'image renvoyée et l'actualité qui en est faite ne contribuent pas à les rendre attractives, ni à les valoriser », explique Serge Guérin, également professeur à l'Inseec.

Des raisons qui poussent certains entrepreneurs à rejoindre de nouveaux réseaux, correspondant davantage à leurs attentes et à leurs valeurs, ou à en créer, s'éloignant alors des institutions et de toute forme de militantisme qu'elles peuvent parfois renvoyer. Des regroupements qui prennent la forme d'associations, de clusters, de syndicats.

La Cuisine du Web en est l'exemple. L'association regroupant les professionnels lyonnais du numérique a été créée en 2013 afin de répondre à un besoin de fédérer les acteurs.

« Un syndicat patronal ou une CCI restent sur un schéma de gouvernance traditionnel qui ne nous correspond pas. Le nôtre repose sur une hiérarchie très plate, sur du collaboratif, explique Grégory Palayer, son président. Nous sommes sur l'action thank plutôt que sur le think thank, et les enjeux et intérêts politiques. »

Sébastien Bernard en est convaincu. « Après avoir fait un tour des différentes structures, j'ai décidé de créer la mienne. » Next regroupe une trentaine de membres, de « nouveaux chefs d'entreprise ayant besoin de se retrouver, de créer du lien et qui ne sont pas dans une logique de compétition, à l'opposé des structures existantes. Nous n'avons pas besoin d'elles pour développer nos activités ». Des initiatives qui attirent de plus en plus.

Grégory Palayer La Cuisine du web

Grégory Palayer de la Cusine du Web.

Engagement de l'ombre

Peu médiatisée, une autre facette de l'engagement reste importante, celle dans l'ombre avec la seule conviction que l'intérêt général et intellectuel est moteur. Des personnes qui n'ont pas d'ambition de pouvoir ni de visibilité, mais plutôt le souhait de « donner et recevoir ». Mandataires à l'Urssaf, au RSI, au tribunal de commerce, mais aussi dans des commissions de la CCI ou du Medef. « Lorsque vous êtes élus à la commission des impôts, par exemple, ce n'est pas très honorifique et pourtant, c'est très utile », explique Benoît Soury qui avait mené campagne en 2012 pour emporter la présidence de la CCI de Lyon.

« Ce n'est pas un travail de saltimbanque sur les planches, prévient Michel Thomas, longtemps juge au tribunal de commerce de Lyon. C'est une vraie mission, qui implique d'acquérir des compétences. Nous sommes dans l'engagement de service, pour l'utilité locale. »

Et à 70 ans, l'homme à fait le choix de se proposer à la présidence du tribunal de commerce pour poursuivre « sa mission ». « Je ne recherche pas la reconnaissance dans cette nouvelle fonction mais elle n'est pas désagréable lorsqu'elle survient. Elle est gratifiante. » Une activité bénévole (seulement défrayée) qui demande du temps et une technicité qui implique une contrepartie non quantifiable : la reconnaissance. « Il est difficile de s'engager et de n'avoir rien en retour », souligne Denis Payre. À 67 ans, Bernard Gaud, dont le mandat à la tête du Medef Rhône-Alpes prendra fin en juin prochain, le confirme : « En retour d'un acte bénévole, il est normal d'être reconnu pour ce qu'on a entrepris, et de donner le sentiment d'avoir fait avancer les choses. »

Se repenser

Ces nouvelles formes d'engagement bousculent ainsi les structures historiques qui tentent désormais de s'adapter à une génération d'entrepreneurs qui s'en éloigne. « Le vrai pouvoir ne se situe plus là-bas. Il a changé et se trouve dans les communautés », estime Claire Saddy.

« Les jeunes générations de dirigeants sont sûrement en attente de modèles différents, davantage axés autour des outils numériques et des moyens de communication actuels. Le réseau des CCI l'a bien compris et y travaille », relève Jean-Paul Mauduy.

Tous s'accordent à dire qu'un grand chantier est à mener pour que toutes les structures se « repensent » et « évoluent » de l'intérieur, afin de continuer à exister et à peser.

« La CGPME n'est pas vieillotte, martèle François Turcas. Nous ne fonctionnons plus « à la papa ». Aujourd'hui, nous ne sommes plus un syndicat revendicatif, mais préférons la proximité et les services avec des jeunes engagés et dynamiques. Jusqu'au bout je défendrai ces valeurs. »

« Une bonne expérimentation de ces clivages entre militantisme et organisations générationnelles différenciées a été le mouvement des pigeons qui a inauguré une forme de mobilisation numérique en 2012, sur un créneau entrepreneurial très particulier. Une bonne partie des intéressés avait moins de 40 ans », conclut Michel Offerlé. Car aux âmes bien nées, l'engagement n'attend pas, forcément, le nombre des années.

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