Agriculture urbaine : une ferme pilote innovante à Lyon-Écully

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Nous souhaitons que cette ferme-pilote soit un lieu d'expérimentation de l'agriculture urbaine et ainsi faire connaître la culture de végétaux hors-sol, explique l'entrepreneur Eric Dargent, porteur du projet (à droite sur la photo).
"Nous souhaitons que cette ferme-pilote soit un lieu d'expérimentation de l'agriculture urbaine et ainsi faire connaître la culture de végétaux hors-sol", explique l'entrepreneur Eric Dargent, porteur du projet (à droite sur la photo). (Crédits : La Petite Ferme du Grand Lyon / Facebook)
Cultiver des légumes en milieu urbain, sur une petite surface et en grande quantité, tel est l'objectif de la ferme pilote lancée par Eric Dargent. Initié à Lyon au printemps 2014 le projet d'agriculture urbaine expérimentera la polyculture intégrée circulaire.

À Detroit, hier capitale mondiale de l'automobile, de nouvelles activités naissent pour redonner vie aux immenses friches industrielles. Parmi ces initiatives, l'agriculture urbaine a pris une place prépondérante dans cette ville du Michigan. Une action mise en lumière dans le film Demain, qui tend à montrer des solutions positives et innovantes pour résoudre les crises écologiques, économiques et sociales. Ces actions locales ont pour but de répondre à des enjeux globaux. Dans cette logique, une initiative a pris racine à l'ouest de Lyon.

"Nous souhaitons que cette ferme-pilote soit un lieu d'expérimentation de l'agriculture urbaine et ainsi faire connaître la culture de végétaux hors-sol, concept ayant été éprouvé avec succès aux États-Unis", explique l'entrepreneur Eric Dargent, porteur du projet. "La Petite Ferme du Grand Lyon" - dont la serre, élément central des exploitations de cultures verticales, est en cours de construction - pourra, dès la rentrée 2016, approvisionner les citadins lyonnais en légumes-feuilles, herbes aromatiques et champignons.

 Implantation idéale

L'ambition de la ferme est de produire six tonnes de végétaux par an pour une surface de culture de 320m2, rendement bien supérieur à l'agriculture traditionnelle.

À l'origine du projet, le souhait de renforcer les liens entre les agriculteurs et les consommateurs et la nécessité de retrouver le caractère circulaire et local de la production maraîchère. Les habitants de la zone urbaine pourront acheter leurs légumes sur la ferme, l'équipe souhaite aussi proposer ses récoltes à la restauration locale.

L'entrepreneur a trouvé l'implantation idéale, dans une agglomération déjà bien desservie en produits agricoles de qualité : la ferme pilote cohabite avec les étudiants du lycée horticole et paysager de Dardilly, l'équipe espère ainsi profiter de la dynamique des lieux et faire connaître les techniques d'hydroponie auprès de ces futurs professionnels du secteur agricole.

Une polyculture circulaire

La technique expérimentée à Lyon regroupera trois pôles de production :

  • la pisciculture (un rendement de 600kg de truites arc-en-ciel à l'année est attendu);
  • la culture de pleurotes sur marc de café et bois fragmenté ;
  • l'hydroponie à étages.

L'innovation se situe dans ce dernier pôle, pensé comme un cercle vertueux : les truites font des déjections qui produisent de l'ammoniaque, élément idéal pour la croissance des végétaux; ces derniers filtrent et purifient le bassin d'eau (l'hydroponie n'utilise que de 5% de l'eau utilisée en agriculture industrielle ainsi les dépenses en eau ne représentent qu'une mince partie des dépenses de l'entreprise).

Pour Eric Dargent l'intérêt pour ces techniques réside surtout dans le fait qu'elles ne nécessitent aucun apport en pesticide ni en herbicide. L'entrepreneur, qui a précédemment mis en place le programme développement durable chez Rip Curl, s'est lancé dans l'agriculture urbaine avec le souhait d'offrir au consommateur des produits écologiques et locaux.

Vers une multiplication des fermes urbaines ?

La polyculture hors sol a l'avantage d'occuper peu d'espace de terres.

"Les serres hydroponiques telles que celle que nous développons pour notre ferme- pilote peuvent être apposées sur des friches urbaines, des toits d'immeubles ou des parkings, explique l'entrepreneur. Nous souhaitons voir des fermes comme celle-ci se multiplier à moyen terme dans les villes et les périphéries françaises."

Une multiplication qui ne se fera pas grâce aux aides publiques, qui pour le moment, sont inexistantes dans le projet de la ferme pilote. Eric Dargent rapporte n'avoir obtenu aucun soutien de la métropole de Lyon, de la région Auvergne Rhône-Alpes, ou du ministère de l'Agriculture.

"Au sortir de la COP 21, c'est un mauvais signal que donne l'État aux projets d'agriculture innovante", peste l'entrepreneur.

Ainsi, pour financer ce projet innovant, l'entrepreneur compte sur une autre activité qu'il développe au sein de sa société Refarmers. Celle-ci commercialise depuis 2015 dans plusieurs pays des ZipGrows, ces colonnes dont la technologie permet la culture de végétaux hors sol. Une partie de ces recettes sera consacrée au développement de cette ferme urbaine pilote. Un financement participatif a permis également de récolter 7 211 euros, auprès de 89 contributeurs.

Soutien européen

Si les collectivités locales se montrent frileuses pour soutenir le projet, celui-ci a, en revanche, été retenu dans un programme-cadre de l'Union européenne. Cette sélection devrait permettre à la ferme urbaine d'obtenir des financements. En effet, ce programme communautaire vise à soutenir, à l'horizon 2020, le développement des techniques de micro-méthanisation et micro-fermentation en France.

Ces procédés permettent de valoriser les processus naturels de dégradation des déchets organiques et d'en extraire un "biogaz" obtenu grâce à la fermentation des aliments jetés, déchets végétaux, etc. Ce biogaz peut ensuite être utilisé pour produire de l'électricité, du gaz naturel pour véhicules, ou pour alimenter des cimenteries ou chaufferies collectives.

Ainsi, Eric Dargent collectera les déchets organiques locaux pour développer des techniques de revalorisation de ceux-ci sur leur territoire d'émission. Une action locale supplémentaire pour imaginer le monde de demain.

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Commentaires
a écrit le 22/07/2016 à 17:28 :
le traité (maastrich) de 1960 sur l EUROPE AGRICOLE COMMUNE .. un bilan catastrophique pour l agriculture francaise avec un ministre absent
a écrit le 22/07/2016 à 15:34 :
Ce qu'il se passe à Detroit mérite énormément que l'on s'y attarde, détruite par la crise la ville se réinvente, enfin plutôt ses citoyens la réinventent et le peuvent car comme il n'y a plus de fric à y faire les requins de la finance et autres ont tous dégagé laissant place à l'intelligence de la liberté.

Comme quoi l'idée qu'il faut attendre que tout s'écroule pour pouvoir reconstruire enfin une société digne de ce nom semble hélas être confirmée. Tant que les détenteurs de capitaux parasitent un lieu la vie ne peut pas éclore et s'y épanouir.

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