Grenoble : clash entre les commerçants et la mairie

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Les commerçants dénoncent le manque de propreté du centre-ville et demandent à la ville des actions concrètes.
Les commerçants dénoncent le manque de propreté du centre-ville et demandent à la ville des actions concrètes. (Crédits : ML)
Le vélo serait-il un détonateur pour le monde du commerce grenoblois ? Depuis le 9 octobre dernier, les Assises du commerce, impulsées par la nouvelle municipalité, sont en stand-by. Des aménagements cyclables, un manque de propreté et de sécurité en centre-ville sont dans le collimateur des commerçants, qui dénoncent également un manque de concertation de la ville. Depuis ce mardi matin, des affiches "Chroniques d'une mort annoncée", ont même commencé à être distribuées et affichées dans les vitrines des commerces.

Un projet d'autoroute à vélos, qui couperait la circulation sur le boulevard Agutte Sembat, à l'entrée de la ville. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, à en croire les commerçants et les représentants des chambres consulaires.

Alors qu'ils étaient en discussions depuis plusieurs mois avec la municipalité d'Eric Piolle, l'association des unions commerciales Label Ville, la CCI et la Chambre des Métiers et de l'Artisanat ont claqué la porte. Et brandissent la menace de ne pas retourner autour de la table tant que des mesures concrètes n'auront pas été actées.

Impulsées par la municipalité en mars dernier, ces Assises du commerce étaient destinées à dresser un état des lieux des problématiques du commerce, en vue de bâtir ensuite un plan d'action commun. "Comme ailleurs, le commerce de proximité est en déclin, mais ce n'est pas spécifique à Grenoble. Sauf qu'à Grenoble, on rencontre des problématiques propres à la ville, avec le changement de municipalité et toutes les transformations qui vont ou devaient avoir lieu", résume Christian Hoffmann, président de Label Ville.

56 propositions mais pas d'actions ?

Entre mars et août 2015, pas moins de 56 propositions auraient émergé de ces Assises, concernant à la fois le monde du commerce, la végétalisation, les tags, le marketing commercial, le tourisme... Sauf que depuis, les commerçants ont constaté un immobilisme : "Les représentants de la ville nous ont dit qu'on allait tâcher de régler deux à trois problèmes prioritaires, avant la mise en œuvre globale qui devait commencer en fin d'année, mais il n'y a rien eu".

Leurs principales revendications ? La sécurité et la propreté urbaine en centre-ville, deux paramètres qui n'auraient fait que se dégrader au cours des derniers mois, d'après les commerçants. "La propreté urbaine a été laissée à l'abandon tandis que l'on a de plus en plus de gens en errance devant les commerces", affirme le président de Label Ville, qui croit savoir que les effectifs partis à la retraite n'auraient pas été remplacés suite à des contraintes budgétaires. Selon Christian Hoffman, "plus de 200 personnes ont participé, que ce soit des commerçants, des grandes enseignes ou équipements, des représentants de l'hôtellerie, de l'Office de Tourisme... Les commerçants y ont passé du temps bénévolement, et rien n'est sorti", ajoute-t-il.

Un manque de concertation ?

Mais c'est une annonce fortuite qui a fait éclater les Assises : "Nous avons appris par hasard qu'en parallèle aux discussions, la ville et la métro prévoyaient qu'en cas de pic de pollution prévoyaient de doubler le prix du stationnement pour les gens qui viennent de l'extérieur. C'est anti commercial et anti constitutionnel", s'émeut Christian Hoffman. L'annonce de la fermeture du boulevard Agutte Sembat a fait le reste : "On fait les assises et par derrière, on décide de piétonniser sans concertation tout un secteur de la ville. On nous a déjà supprimé les panneaux publicitaires alors que des commerçants du centre-ville passaient eux-mêmes des annonces pour vendre leurs whiskys ou leurs parfums", rapporte-t-il.

Chose inédite, les présidents de la CCI de Grenoble et de la CMA ont tout de suite embrayé le pas, fermant la porte aux discussions.

"C'est une situation inédite. Mais les commerçants ont eu l'impression de se faire mener en bateau, sur un nombre de projets où ils se sont retrouvés devant le fait accompli. La relation de confiance s'est rompue », concède Jean Vaylet, président de la CCI.

Plus que des mesures, c'est la méthode qui passe mal : "Je ne suis pas contre les autoroutes à vélos, mais il ne faut pas que cela se fasse sans impliquer les gens concernés", souligne ce dernier.

Une reprise du dialogue ?

Si la suspension des Assises a été actée, "la balle est désormais dans le camp de la ville", estiment les commerçants.  "Ce n'était pas une décision facile, mais j'ai été très surpris de voir la grandeur du soutien du monde commerçant, qui attendait un signe fort", affirme le président de la CCI.

Depuis mardi matin, des affiches (Commerces grenoblois : chronique d'une mort annoncée) ont même été distribuées et placardées par des commerçants du centre-ville. Trop, c'est trop ?

Pour Georges Burba, président de la CMA Isère, "il existe un mécontentement général des commerçants sur deux problèmes fondamentaux, qui sont la propreté et la sécurité et il est vrai que le projet d'autoroute à vélo n'arrange pas les choses quand on connaît les problèmes d'accessibilité à Grenoble".

Le monde du commerce serait remonté, et demanderait désormais plusieurs préalables avant de reprendre les discussions : l'arrêt de la piétonisation du boulevard Agutte Sembat, un arrêté en collaboration avec le préfet de l'Isère contre les personnes en errance et la divagation des chiens en centre-ville, et des mesures pour améliorer la propreté de la ville. D'après les commerçants, une équipe de 5 balayeurs supplémentaires aurait été mise en place, mais ne serait pas suffisante.

"Il ne s'agit pas que toute la ville soit propre demain matin, mais d'avoir un plan cohérent que l'on décline", souligne Jean Vaylet.

"Ce sont des mesures simples à mettre en place, quitte à demander l'aide du préfet ou de la police municipale. Mais il ne faudra pas refuser de prendre une délibération contre la divagation des animaux le moment venu en conseil municipal", met en garde Georges Burba.

Malgré tout, le président de la CCI estime qu'il ne s'agit pas d'une situation de blocage : "J'ai rencontré le maire une à deux fois de manière informelle à l'occasion d'autres événements. On a dit qu'il fallait avancer sur ce sujet. Le préfet est également prêt à suivre. Mais cela va prendre du temps, car on attend des engagements concrets", souligne-t-il.

Contactée, la ville de Grenoble n'a pour l'instant pas retourné notre demande d'interview.

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Commentaires
a écrit le 26/01/2016 à 10:37 :
Étrange ces commerçants !
Eric Piolle et son équipe leur proposent une ville sans voiture et ils refusent, alors qu'ils bavent devant le modèle éco de Grand Place depuis des lustres.
Il n'y a pas de bagnoles dans Grand-Place, si ?
a écrit le 30/10/2015 à 11:14 :
Une conférence internationale de plus de 1000 personnes devait recevoir une candidature de Grenoble. J'avais pour ma part prévu d'envoyer quelques photos de la place Grenette, de sa saleté et de sa faune au comité de sélection. La candidature n'a pas été poursuivie, mais je vous assure que je l'aurais fait capoter sans problème.
Je viens régulièrement au centre ville, bus et tram, jamais de voiture, mais il y a des limites à l'inaccessibilité que l'on voudrait imposer.
Oui, Grenoble est une ville extrêmement sale, que je peux comparer (en pire) à bien d'autres. Oui, la faune du centre ville me fait louvoyer entre les punks et les "t'as pas cent balles". Quand je ne peux pas regarder une vitrine parce qu'il y a devant des "errants" , leurs chiens et leurs déjections, je fais quoi? Je vais à Grand-Place ou à Comboire? Non, je rentre dans le magasin car ce n'est pas la faute du commerçant.
Je ne fuis pas le centre ville parce que je connais bien et apprécie les commerçants.
Je ne suis pas commerçant du tout.

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