Le Vieux-Lyon, 50 ans de bouleversement économique

Place du Change, au coeur de la rue Saint-Jean. © Laurent Cérino
Place du Change, au coeur de la rue Saint-Jean. © Laurent Cérino
Maxime Hanssen  |   -  762  mots
Depuis 1964, date de la sauvegarde du secteur du Vieux-Lyon, l'activité économique du quartier a profondément changé. Du commerce de proximité et de l'artisanat au dynamisme touristique tiré par l’hôtellerie-restauration, retour sur cinq décennies de mutation économique.

12 mai 1964. Pour la première fois en France, André Malraux, alors ministre de la Culture, applique la loi éponyme votée deux ans plus tôt, qui étend aux ensembles urbains historiques la notion de patrimoine. A Lyon,  il créait ainsi un secteur sauvegardé sur les quartiers de Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul. De ce jour, le quartier connaîtra une requalification architecturale et urbaine saisissante, mais également une profonde transformation économique.

D'un quartier d'artisans et de commerçants de proximité, le Vieux-Lyon est aujourd'hui devenu un secteur touristique qui vit principalement de l'hôtellerie et de la restauration. Dans le 5ème arrondissement, sur  8 600 emplois privés (+22 % en 5 ans), 1200 sont liés à ce secteur d'activité (+8 % en 5 ans), la grande majorité d'entre eux sont localisés dans le Vieux-Lyon, selon un rapport à venir de l'Opale

Mutation économique

A la fin des années 50, le Vieux-Lyon est « paupérisé, insalubre, considéré comme un quartier taudis », rappelle l'historien lyonnais André Pelletier, également ancien 1er adjoint au maire du 5ème (2001-2008). La vie économique du territoire tourne alors autour de nombreux commerçants et artisans qui occupaient les rez-de-chaussée : épiceries, boucheries, cordonneries, merceries, laiteries, marchands de vins, charbonneries. En 1960, le marché de gros quitte les rives de Saône pour s'installer au confluent. De nombreux locaux commerciaux se libèrent, « une soixantaine de commerces de restaurations est lancée, la physionomie du quartier change », explique Régis Neyret.

10 Rue Juiverie 1985

Le 10 rue Juiverie en 1985. A cette époque, les façades renaissances sont encore en cours de rénovation.  © Marc Levin/RVL

La modernité fait également muter l'activité économique du quartier. « L'apparition des grandes surfaces changent les habitudes de consommations, des commerces de proximités disparaissent », se souvient Danielle Gilbert, membre de l'association Saint-Georges village. La « destruction créatrice » joue également son rôle dans le vieux quartier renaissance : des métiers obsolètes disparaissent, à l'instar des charbonniers. La restauration du Vieux-Lyon, accélérée par l'application de la loi Malraux, déloge certains commerçants, au même titre que certains riverains, qui ne reviendront jamais à cause de l'augmentation du prix des loyers.

Le Vieux-Lyon s'ouvre au monde

Dans les années 70, Lyon devient une ville touristique. Le quartier historique, piétonisé, en plein chambardement, devient apprécié des étrangers. Véronique Nether, présidente de Renaissance du Vieux-Lyon (RVL) date précisément la fin de la transformation du quartier et l'ouverture d'une nouvelle ère : « Après 1995 et la fin de sa mutation, le Vieux-Lyon s'ouvre au monde », renforcé par le classement du site historique de Lyon au patrimoine mondial de l'Unesco, en 1998, entraînant une augmentation de 30 % de la fréquentation touristique. 

Avec environ 1,5 million de visiteurs par an, le Vieux-Lyon est le quartier touristique le plus fréquenté de la ville. Mais cet afflux d'excursionnistes ne bénéficie pas à tout le monde. Pour l'un des cadres de l'association des Artisans et commerçants du Vieux-Lyon (ACVL), « c'est un tourisme de masse qui ne bénéficie pas beaucoup aux commerçants, sauf aux restaurateurs ». Avant de poursuivre : « du reste, à notre goût, ils sont trop nombreux ». Selon la CCI de Lyon en 2012, sur 531 locaux commerciaux, 248 sont des cafés, hôtels et restaurants.

L'équilibre entre activité touristique et traditionnelle est une donnée complexe à gérer. « Il faut jongler entre pression touristique et respect du petit artisan », avoue Véronique Nether. En 2013, la Chambre des métiers et de l'artisanat du Rhône recensait 120 entreprises artisanales dans le Vieux-Lyon. 

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Une façade renaissance rénovée dans le quartier Saint-Jean. © Laurent Cérino

Dynamiser Saint-Georges

L'afflux des touristes, via les tours opérateurs, se concentre essentiellement sur la rue Saint-Jean. Pour l'historien André Pelletier, « il faut étirer le tourisme vers Saint-Georges ». Les acteurs du territoire essayent de rendre attractif un quartier moins riche architecturalement que son voisin.

Jusqu'alors dynamisé par l'unique Musée des automates, Saint-Georges tend à se rénover, notamment par des conventions « cours et traboules » signées entre la Ville et les régies d'immeubles. Mais aussi par le mécénat. Les fresques de la rue Ferrachat, à deux pas de la maison guignol, ont été rénovées pour un montant de 15 558 euros, somme financée en grande partie par le privé. Pour André Pelletier, « il s'agit de recréer une attractivité autour de l'histoire de Saint-Georges, pour ensuite dynamiser économiquement le quartier ».

A occasion du 50ème anniversaire du classement du secteur sauvegardé du Vieux-Lyon, de nombreuses manifestations sont prévues, dont une animation spécifique lors de la fête des lumières du 8 décembre. 

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Commentaires

pou  a écrit le 07/05/2014 à 12:41 :

bel article, frais, tonique et documenté
notre Vieux-Lyon a encore beaucoup à montrer, sans rester otage des marchands de gadgets touristiques