UberEats, Deliveroo, Foodora…des livreurs appellent à une "déconnexion massive"

 |   |  1225  mots
(Crédits : Deliveroo)
Pour protester contre leurs conditions de travail, leur faible rémunération et pour dénoncer "un salariat déguisé", des coursiers à vélo appellent à une "déconnexion massive" des plateformes, ce mercredi soir. Une initiative menée à Bordeaux, Paris, et Lyon. Explications.

"Nous ne sommes pas salariés : nous ne faisons plus grève, nous nous déconnectons." Les revendications sociales actuelles des livreurs à vélo seront-elles le pendant de celles du XIXe ? Une partie de ces nouveaux travailleurs indépendants - nés avec la révolution numérique et l'ubérisation du travail - dénoncent depuis plusieurs mois les pratiques des grandes plateformes de livraison de repas à domicile, à l'instar de Deliveroo, UberEats ou Foodora. Pour exprimer leur mécontentement, ils utilisent des moyens contemporains : des collectifs, réunis sur des pages Facebook pour fédérer leur action et leur revendication, mais aussi la déconnexion au service. Ce 15 mars, des coursiers, encadrés par des associations (Club des coursiers lyonnais, Les fusées vertes), appellent ainsi ces travailleurs indépendants à "se déconnecter en masse", à partir de 18 heures, et proposent également un rassemblement public. Trois villes sont concernées : Bordeaux (place Fernand Lafargue), Paris (place de la République) et Lyon (place des Terreaux).

La déconnexion ? Comprendre : se mettre en indisponibilité, ce qui devrait réduire le nombre de livreurs disponibles sur la plateforme, et peut théoriquement fragiliser le commerce de ces acteurs, qui promettent des livraisons aux clients en un temps limité. Encore faut-il que le mouvement soit suivi en masse.

De multiples raisons : du "salariat déguisé" à la rémunération

"Les plateformes déshumanisent en contrôlant les moindres détails de la prestation exécutée, en bafouant le droit du travail, le droit à la concurrence", peut-on lire dans un communiqué commun. Les livreurs à vélo - tous auto-entrepreneurs - payent leurs cotisations au RSI, ne bénéficient pas de congés payés et doivent souscrire à une assurance. En contrepartie, ils sont normalement libres d'organiser leur travail comme ils le souhaitent. Pourtant, selon certains livreurs, des demandes des plateformes vont à l'encontre de leur liberté de travailleur indépendant, et remettent en causse le type de contrat de "partenariats",  qui les lient aux plateformes. "Ce type de contrat permet de rompre unilatéralement et sans la nécessité d'une cause réelle ces contrats", assure le document de revendications.

Lire aussi : Demain, tout et tous uberisables ?

Notamment en cause, selon eux, le port d'une tenue de la plateforme, des sanctions, des facturations des livraisons faites par la plateforme, la tarification imposée sans prise en compte des conditions du marché ou de celles météorologiques. Le planning pourrait être imposé, du moins fortement suggéré. "L'entreprise a besoin d'un shift (ndlr, un planning) deux jours à l'avance, afin d'anticiper l'équilibre entre la demande de livraison et les repas à livrer. C'est une prévision qui va dans l'intérêt de tous. Nous n'avons de toute façon aucun moyen de pression, car ils sont indépendants", assure-t-on dans l'entourage de Deliveroo.

Mais la question de la rémunération reste un élément central, ainsi que la question du recrutement en masse qui ferait, selon les collectifs, baisser les prix.

Ce qui se dessine en creux, selon plusieurs utilisateurs et observateurs, ce sont les trois ingrédients de la subordination juridique : directives, contrôles, et sanctions. Et donc, la question d'un "salariat déguisé". Dans le domaine de "l'économie collaborative", un chauffeur VTC de l'entreprise LeCab a été requalifié en salarié en première instance.

Créer un dialogue avec les plateformes

Ainsi, les livreurs mobilisés réclament la création de vrais échanges avec les plateformes, à l'image de ce qui a été entamé en Angleterre. Mais aussi depuis quelques semaines à Bordeaux, où des livreurs bordelais se sont adossés à la CGT. La fédération du commerce, services et transports de la confédération a ainsi créé une section dévolue aux livreurs de repas à domicile. Elle épaulera ce soir la revendication en Aquitaine, aux côtés des indépendants. Les Lyonnais mobilisés construisent, eux, leurs moyens d'action et de dialogue, avec une volonté de mettre en avant des livreurs et non pas des structures.

 "Ce que nous demandons avant tout, c'est d'avoir des représentants de livreurs identifiés par les directions de ces plateformes pour nouer un dialogue constructif", assure l'un des organisateurs de la manifestation à Lyon.

En ce sens, un premier rendez-vous s'est tenu le 9 mars dans les bureaux locaux de Deliveroo à Lyon. Des livreurs lyonnais mobilisés demandaient notamment une révision du tarif de la course actuellement fixé à cinq euros, mais aussi, la prise en compte, dans la rémunération, des zones géographiques de livraison difficiles ou éloignées. Une charte tarifaire a ainsi été établie par le collectif.

Selon un document consulté par Acteurs de l'économie - La Tribune, à la suite de cet échange, le responsable régional de la plateforme a été déclaré "à l'écoute" par les livreurs concernés. Mais, selon ce compte-rendu, ce dirigeant n'a aucun pouvoir d'action sur leurs revendications. "Toutes les décisions de rémunérations sont par exemple prises à Londres, puis relayées à Paris", aurait assuré le responsable local de Deliveroo, enseigne basée dans la capitale britannique. Contacté à plusieurs reprises, et suite à un déplacement au siège lyonnais de l'entreprise, le responsable n'était pas en mesure de nous répondre, pour cause de congés. Contacté, l'entité France de la plateforme n'a pas encore répondu directement à nos sollicitations.

Lire aussi : Lyon : le grand rush de la restauration livrée à domicile

Ainsi, cette mobilisation du 15 mars doit servir d'appel d'air pour mettre sur la place publique la question du statut et de la rémunération des livreurs à vélo, assure une source. Mais la réussite du mouvement n'est pas acquise. Ils seraient nombreux à avoir peur de voir leur compte fermé et donc perdre leurs revenus. " Certains livreurs ont vu, sur certaines plateformes leur compte définitivement clôturé après des revendications publiques". Parmi ces cas, celui du "médiatique" Jérôme Pimot, qui raconte dans Streetpress "s'être fait virer dix jours après un passage à la radio, dans un reportage sur France Culture dans l'émission Les Pieds sur Terre".

Sur un groupe Facebook, l'appréhension de certains est palpable concernant la mobilisation du jour :

Facebook Livreurs

 Des coursiers satisfaits

Mais le manque de mobilisation éventuelle pourrait aussi s'expliquer par un autre fait : et si certains livreurs étaient satisfaits du modèle actuel ? "Oui, chez certains livreurs, nous constatons que ce modèle ultralibéral leur convient. Certains travaillent uniquement le weekend, en job étudiant ou pour financer une activité", confirme un livreur au coeur de la mobilisation.

Selon une étude interne réalisée par Deliveroo, "plus de 80 % des riders citent la flexibilité comme un avantage déterminant dans ce choix d'activité". Dans l'entourage de l'entreprise britannique, on précise que "80 % de nos 'riders' pratique une activité salariée par ailleurs, soit sont étudiants, soit ont une autre activité. Le taux moyen de l'activité hebdomadaire est d'en moyenne 21 heures. La flexibilité, qui est essentielle pour nous, l'est tout autant pour nos riders."

Des mesures législatives ont également été intégrées dans la loi travail pour cette nouvelle catégorie des travailleurs, même si le décret n'est pas encore signé. Signe d'une tentative d'évolution de la mobilisation d'une part, de la loi d'autre part, face aux nouveaux enjeux du siècle.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/03/2017 à 11:14 :
" appellent ainsi ces travailleurs indépendants". Il faut remplacer "travailleurs indépendants" par esclaves, et plateformes par négriers.
Ces "travailleurs indépendants" sont en réalité des "travailleurs dépendants", sans droits, sans protection sociale, de futurs chômeurs et retraités sans retraite.
L'ubérisation, c'est la misère, la précarité, l'anarchie sociale et à terme la destruction de la société.
a écrit le 16/03/2017 à 8:53 :
Ces jobs sont des jobs de complément.....et encore, .......

Deuxième remarque.....,ceux qui se font livrer n ont aucun état d ame pour les livreurs......par contre, ils sont les premiers a prendre leur rtt..et a demander l amelioration de leur condition de travail....

Je n,achete rien sur Internet....ne vais pas sur amazone....et privilegie le,commerce local....
Et soit je fais la cuisine, soit je vais au restaurant.....

Les plateforme d intermédiations sont purement et simplement une illusion uniquement destinée a faire du pognon sur le dos des autres....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :