Pourquoi La Poste fonce dans l'intelligence artificielle

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Nathalie Collin (au centre), aux côtés du directeur général de ProbaYes (à gauche) et de Jean-Pierre Verjus, président du conseil de surveillance de Digital Grenoble (à droite).
Nathalie Collin (au centre), aux côtés du directeur général de ProbaYes (à gauche) et de Jean-Pierre Verjus, président du conseil de surveillance de Digital Grenoble (à droite). (Crédits : ML)
Le rachat de la société d’analyse prédictive grenobloise ProbaYes l’a confirmé. Le groupe La Poste est en marche dans sa transition numérique. Mais comment l’intelligence artificielle va-t-elle être utilisée par l’entreprise de services postaux, et qu’est-ce que cela va changer dans son offre ?

Se développer, mais sans centraliser. Cela pourrait être l'un des crédos du groupe La Poste. Car malgré le rachat de la société d'analyse prédictive grenobloise ProbaYes, appelée à devenir le centre de recherche en intelligence artificielle du groupe, la direction l'affirme : "Rien ne va changer pour la société. Nous sommes présents sur l'ensemble du territoire, et avons la vocation de servir de manière égalitaire".

Big data

Après avoir collaboré durant près de 10 ans avec la startup ProbaYes, notamment sur la prédiction des flux de colis pour améliorer ses services logistiques et sur la détection des fraudes, le groupe La Poste a choisi d'acquérir cette petite entreprise de 32 salariés, intégrée de manière transversale entre la recherche et l'industrie.

"L'intelligence artificielle va prendre une place de plus en plus importante, car le cœur de notre stratégie est de mieux connaître nos utilisateurs. Dans le cadre de la personnalisation des services que nous souhaitons développer, nous avions besoin de ressources plus fines et en méthodes prédictives", explique Nathalie Collin, directrice générale adjointe du groupe La Poste en charge du numérique.

En plein boom, le secteur des données, et notamment du big data, concerne des champs d'applications très vastes, que La Poste regarde pour diversifier son business model.

"Cela peut concerner toute la gestion des flux, les services bancaires,  la gestion de la fraude, la consommation énergétique, ou même l'assistance aux personnes à travers le numérique...ce sont tous des endroits où la prédiction des besoins devient de plus en plus importante", souligne Nathalie Collin.

Une autonomie conservée

A travers ce rachat, La Poste affirme qu'elle laissera une grande autonomie à sa filiale, tout comme elle le fait déjà avec ses deux filiales MediaPost et DocaPost, "qui ont toutes deux des clients et des activités propres". Si ProbaYes deviendra une filiale à 100 % de l'entité MediaPost Holding, "l'entreprise continuera à avoir ses propres clients et sa gouvernance est maintenue", s'engage le groupe postal.

La poste ProbaYes

Car le portefeuille clients de ProbaYes est large, et composé à la fois de banques (Caisse d'Epargne), d'industriels issus de différents secteurs tels que la microélectronique (ST), l'énergie (Areva, Schneider Electric, Cofely, la Compagnie de chauffage, Ciat), le bâtiment (Samse, Cimm Immobilier, Somfy...), l'automobile (Volvo, Toyota) ou encore la défense (Thalès).

Pour renforcer ses compétences, d'autres acquisitions seraient-elles en vue ? "On ne s'interdit rien, du moment que le but est stratégique", avance  Jérôme Toucheboeuf, président de MediaPost Communication, qui rappelle que le marché de l'intelligence artificielle présente un potentiel énorme.

Un marché estimé à 11 milliards de dollars

D'après les chiffres du cabinet d'analyse Tractica, le marché de l'intelligence artificielle pour les applications en entreprise dépassera 11 milliards de dollars d'ici à 2024 (contre 200 millions de dollars en 2015).

Quel sera l'impact sur l'offre de services de La Poste ? Il pourrait être double. Puisqu'en nourrissant le groupe en interne d'informations et de prédictions en lien avec le marché, les données ainsi analysées permettront aussi de développer de nouveaux services aux clients.

"Cela va se voir rapidement sur nos services, et notamment sur la partie B to C. Car plus on arrive à être prédictifs, et plus on peut personnaliser les services", avance Mme Collin, qui rappelle que des expérimentations concernant la livraison le soir ou le dimanche, mais aussi l'expédition en boite aux lettres ainsi que l'intégration d'objets connectés font partie des pistes en cours pour développer de nouvelles offres.

Une concurrence à plusieurs niveaux

Pour Jean-Michel Lefevre, directeur général de ProbaYes, ce partenariat va permettre de renforcer la collaboration entre La Poste et l'entreprise dans certains domaines clés :

"Nous allons notamment travailler sur la partie concernant la monétique et la fraude, la prédiction des flux logistiques, la maintenance préventive des véhicules. L'assistance aux personnes âgées à domicile est également un axe", explique-t-il.

A la suite de ce partenariat, 3 à 7 embauches sont prévues d'ici la fin de l'année chez ProbaYes, notamment sur des profils très recherchés de data scientists.

Lire aussi : Pourquoi La Poste accélère sa mutation numérique

Selon le directeur général, la concurrence sur le marché de l'intelligence artificielle se situe à plusieurs niveaux : avec, d'un côté, des concurrents spécialisés axés sur un marché en particulier (bâtiment, énergie, marketing...), d'autres plus horizontaux qui proposent des outils, et enfin, des sociétés de services dont le modèle est en train de muter pour se positionner sur ces marchés.

"Pour conserver notre avantage concurrentiel, il devient nécessaire de garder une grande proximité avec la recherche", rappelle Jean-Michel Lefevre.

C'est pourquoi la société a noué des partenariats stratégiques avec plusieurs organes de recherches, tels que l'INRIA, le CNRS, l'INPG, le laboratoire CNRS du LIRIS, ou encore des universités (Paris 6, Lyon 1 ou Nantes). "Tout ce qu'on peut faire de bon aujourd'hui ne sera plus valable dans 4 ou 5 ans", rappelle Jean-Michel Lefevre.

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Commentaires
a écrit le 09/08/2016 à 15:46 :
Cela s'annonce passionnant ; je suis curieux de voir ce que La Poste va développer comme service à partir de ces nouvelles technologies...
a écrit le 31/05/2016 à 10:42 :
marrant mais quand je parlais de traitement de donnees y a 15 ans a des boites francaises, je me faisais vomir dessus alors que leurs competitors a l'international travaillaient deja dessus..........
quelle mentalite!
apres, tt se fait dans l'urgence et l'incompetence generale!
Réponse de le 31/05/2016 à 12:36 :
Les personnes compétentes font peur à beaucoup de petits chefs et il n'y a jamais de budget pour organiser les projets dans les temps réglementaires. On préfère payer des lobbyistes plus cher pour reporter les délais légaux ou prendre le risque d'être dépassés par les concurrents.
Réponse de le 31/05/2016 à 16:10 :
Que veulent dire ces commentaires et que font ils ici ? Êtes vous parmi ces aigris qui critiquent parce qu'ils n'ont pas su ou pu faire progresser leurs idées ? Le progrès se mérite et ne vient pas tout seul, il faut aller le chercher, messieurs.

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