Le Centre Léon Bérard sous haute tension

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©Laurent Cerino/Rea
©Laurent Cerino/Rea (Crédits : Laurent Cerino/Rea)
Le 23 juin est examiné le renouvellement du mandat de Sylvie Négrier à la tête du Centre anti-cancéreux de Lyon Léon Bérard. La situation financière et managériale fait l'objet de contestations et d'oppositions. Elles pourraient décider le conseil d'administration à engager un processus de remplacement.

C'est le 23 juin 2014 que le conseil d'administration du Centre Léon Bérard, présidé par le préfet de Rhône-Alpes, Jean-François Carenco, doit décider du renouvellement du mandat quinquennal de Sylvie Négrier. Elle avait succédé en 2009 à Thierry Philip (aujourd'hui maire PS du 3ème arrondissement de Lyon et 9ème vice-président du Grand Lyon) à la direction générale.

Selon nos informations, le renouvellement de Sylvie Négrier est loin d'être acquis. L'arbitrage final reviendra à la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine. Elle tranchera à la lumière des futures recommandations, que le bureau d'Unicancer (fédération des 20 centres anti-cancer de France) établira, après un avis émis par le CA du Centre Léon Bérard.

Sylvie Négrier (qui, en déplacement à l'étranger, n'a pu être jointe) fait face à une contestation interne. En cause : d'une part, le « trou financier » de l'établissement qui, en 2013, s'est établi à 7,6 millions d'euros (pour une perte prévisionnelle de 3,5 millions et un budget d'environ 180 millions) et le placerait parmi les plus déficitaires de France dans sa catégorie, d'autre part un style managérial insuffisamment collégial ou délégataire.

Infime majorité

Cette contestation s'est cristallisée sur le projet médico-scientifique, dont les orientations ont été adoubées par seulement 52% des votants au sein de la commission médicale présidée par le docteur Philippe Zroumba. « Un projet insuffisamment ambitieux et innovant : voilà ce que des médecins ont sanctionné, traduisant le désarroi d'une partie de la communauté médicale et scientifique », synthétise l'un de ses membres. « La présentation n'a peut-être pas explicité de manière suffisamment limpide les volets opératifs, projectifs et scientifiques ; mais le projet final, lui, mettra clairement en œuvre l'articulation », veut rectifier le directeur général adjoint Robert Greslin.

Contexte national

A la décharge de Sylvie Négrier, le contexte dans lequel elle a piloté l'établissement est délicat. Succéder à Thierry Philip, qui a marqué l'histoire du Centre Léon Bérard, n'était guère aisé. « Tout le monde a le souvenir d'un grand directeur, d'une personnalité charismatique qui a bouleversé l'organisation, l'envergure, et le rayonnement de l'établissement », résume un médecin.

Tout aussi complexe a été de déployer la stratégie et la gestion de cet « établissement privé participant au public » dans un environnement instable et peu propice à cimenter une vision à long terme : recomposition des règles de remboursement, tension extrême des financements publics, accroissement des charges de travail, durcissement des contraintes normatives, raréfaction des missions d'intérêt général, d'expertise et des rémunérations liées « au recours et à l'innovation » (recul d'environ 2 millions d'euros par an), ou encore fluctuations des objets de facturations.

Des causes endogènes

D'autre part, les explications endogènes du déficit sont, affirme Robert Greslin, « parfaitement connues et sous contrôle ». Elles émanent en premier lieu des investissements liés à l'ouverture du troisième bâtiment de soins (10 000 m2 et un nouveau bloc opératoire pour un montant total, équipement compris, de 50 millions d'euros) et à l'anticipation des recrutements inhérents, augmentant momentanément la courbe antagonique des charges et des recettes.

L'ampleur de l'endettement, 70 millions d'euros, est-elle supportable ? « Elle peut inquiéter à l'extérieur, mais nous la considérons normale, eu égard auxdits investissements et aux situations des autres établissements du secteur. Par le passé il fut reproché au Centre de ne pas être suffisamment endetté, ne lui faisons pas aujourd'hui le procès d'investir » souligne Robert Greslin. Et de retenir qu'en la matière la tutelle ARS (Agence régionale de Santé) n'a manifesté aucune défiance.

Plan de retour à l'équilibre

Un plan de retour à l'équilibre, baptisé Cap 2016, sera prochainement mis en œuvre. Une « modification de trajectoire » - les contorsions sémantiques sont sensibles - validée avec l'ARS et qui doit permettre à l'établissement de recouvrer en 2016 un équilibre originellement programmé en 2014-2015. Dans l'entourage de la hiérarchie, on déplore « la stigmatisation d'une situation financière somme toute normale au vu du contexte et bien moindre que celles constatées dans nombre d'établissements hospitaliers ». Puis de s'étonner « qu'en 2004-2005 le Centre avait connu pareille situation et s'en était sorti selon les mêmes dispositifs. Qui donc s'en était alors ému ? ».

« Emu », c'est peut-être en revanche le sentiment qui enveloppe les silences élusifs ou les dénégations embarrassées du directeur général adjoint à l'évocation des méthodes managériales de Sylvie Négrier. « Elle a son style, qui peut convenir à certains et disconvenir à d'autres. Dans le contexte propre au secteur et à l'établissement, les orientations à prendre sont parfois difficiles. Mais elle s'y emploie ».

Des candidatures possibles

Pour l'heure, exhorte l'une des figures emblématiques du corps médical, « c'est « entre nous » que nous devons régler les problèmes et dessiner des solutions. Le futur projet, quelle que soit la personne qui le portera, devra et parviendra à répondre aux difficultés et écueils constatés, qu'ils soient financiers, stratégiques, organisationnels ou managériaux. Je suis confiant ». Interrogé sur sa décision de voter favorablement ou non la reconduction du mandat de Sylvie Négrier, Jean-François Carenco décline : « Vous n'imaginez pas que je vais vous le dire ?! ». Si, comme certains pronostics se concrétisent, les avis de renouvellement sont négatifs, un processus de candidatures sera alors lancé. Des postulants se présenteront en interne. Selon nos informations, l'un de ceux qui, dans ce cas, figurerait parmi les favoris a pour nom Jean-Yves Blay, professeur en cancérologie médicale et membre du conseil d'administration.

 

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Commentaires
a écrit le 23/07/2014 à 18:04 :
pourquoi pas installer en DG un "vrai manager " ???
a écrit le 15/05/2014 à 11:20 :
Bonjour
a écrit le 10/05/2014 à 18:57 :
Le bilan de la gestion manageriale du CLB de madame Négrier a été catastrophique. Absence totale de communication, investissements hasardeux, absence de vision à Long terme, exercice purement comptable de sa fonction (avec quels résultats !), audits couteux et inutiles pour masquer l absence de prise de décision, inféodation à un directeur adjoint se croyant tout puissant, et dénué de toute retenue, d habilité et de modestie, défiance vis à vis du corps médical dont elle fait (faisait?) pourtant partie. Tout cela a conduit à une situation explosive, qui aurait dû conduire madame Négrier à ne pas se représenter...telle Ubu roi elle se représenta, tant et si bien s'en ira (quand même).
Réponse de le 28/12/2014 à 17:41 :
le pauvre monsieur FAUCON premier sous directeur doit se retourner dans sa tombe , 30 ans au service du centre ! qu'il a crée , mettre en place un directeur adjoint a la hauteur !!!!
Réponse de le 28/12/2014 à 17:45 :
bravo monsieur , le directeur adjoint qui et dénué de toute retenue , ce n'est pas tout !!
a écrit le 06/05/2014 à 15:39 :
ou en est l'ardoise algérienne au clb ?

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